‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 25 sur 298 · Lettre à M. Buloz datée du 5 novembre · texte numérisé non relu

Lettre à M. Buloz datée du 5 novembre

Toute la « petite cuisine littéraire » y apparaît de même. Le souci de la forme et l'exactitude méticuleuse sont ici, comme ailleurs, en évidence : « Si la phrase : Chose, c'était Shakespeare, etc... vous déplaît, il faut la supprimer; elle ne me paraît point nécessaire. C’est bien Marvellous, avec un a, qui est le mot anglais... » Et ce qui pourrait fort bien constituer la meilleure réponse à ceux qui accusaient Cherbuliez de ne pas savoir le français et de se servir sans discernement de termes de dialecte ou d'expressions périmées : « Gagner au pied l’expression consacrée; je viens de consulter le dictionnaire de l’Académie... »

Là où le ton des lettres change, là où sans doute Buloz révèle le mieux l'affection qu’il portait à son collaborateur, c’est dans la correspondance échangée entre eux avant el pendant la guerre contre la Prusse. « Bon 1870 » avait souhaité le vieillard à son jeune ami ! Résidant à Genève pendant la tourmente, c’est par les lettres de Buloz que Cherbuliez maintenait son contact avec la France. Peut-être est-ce à lui qu’il dut de comprendre l'étendue du malheur qui frappait notre pays; peut-être sont-ce les paroles de désarroi de celui qu'il respectait et qu’il aimait qui éveillèrent en lui le sentiment de profonde pitié d’où sortit sa résolution de redevenir Français de fait après l'avoir longtemps été d’esprit puis de cœur ?

Cherbuliez survécut à son chef, puisque celui-ci mourut en 1877. Une lettre de Buloz écrite vers la fin de sa vie est comme un indice de découragement. Son état-major d’autrefois n’a plus l’air de pouvoir ou de vouloir le seconder; Cherbuliez lui-même peut-être n’a plus cette docilité exemplaire et agréable au directeur. À moins qu’il n’ait visiblement faibli. On aimerait s’en assurer : « Je me demande parfois sérieusement si je ne dois pas planter là la Revue et aller plutôt planter mes choux à Ronjoux. Je suis vieux, je suis malade, je n’ai pas d’auxiliaires suffisants... Les Barbares arrivent, ils sont venus; ils nous faudrait ici un George Sand nouveau, un nouvel Alfred de Musset, un jeune Mérimée, un Victor Cherbuliez toujours prêt à chasser les ombres genevoises, un G. Planche et un Sainte-Beuve de trente ans (sans Bonapartisme) pour faire face à tout cela. Voilà pourquoi l'heure de la retraite sonne pour moi. »

Mission en Allemagne. — On lit dans le Journal de Genève‘ :

« La direction de la Revue des Deux Mondes probablement sous l’influence du gouvernement impérial chargea en 1869 Victor Cherbuliez

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