Des Granges. Liltérature française
2. Pellissier. Précis de l’histoire de la littérature française, 1948.
de lune. Je m'identifiais tellement au mode d'existence de ces choses tranquilles, prétendues inertes, que j'arrivais à participer à leur calme béatitude ». Cherbuliez de même a dépeint les états d'âme où domine la note idéaliste, et lui aussi s’est servi d’un cadre de réalité, mais ses personnages ne se perdent pas dans l'intime pénétration des choses même poétisées; à la nature il assigne au contraire la tâche d’aider l'individu à se retrouver, elle devient son image ou son écho ou bien encore par contraste le fait ressortir davantage. À l’idéalisme statique de G. Sand, Cherbuliez oppose un idéalisme dynamique constant, et ceci est d'autant plus surprenant que Sand voulait souvent plaider quelque cause, tandis que notre romancier ne tenait apparamment qu'à disserter.
Octave Feuillet est naturellement le romancier idéaliste dont le nom à été le plus fréquemment rapproché de celui de Victor Cherbuliez, Tous deux ont écrit durant une période sensiblement égale et à la même époque (Feuillet né en 1821 et mort en 1890). Le Comte Kostia a remporté son gros succès cn 1863, Le Roman d’un jeune homme pauvre lança son auteur en 1858.
Ce roman fit de Feuillet un romancier mondain, ce fut dans la haute société qu'il fut contraint sans doute de chercher ses modèles et son idéalisme en est teinté. Ce qu’elle peut présenter de faux, d’artificiel, de convenu devait ainsi passer dans sa manière. Ses romans sont « au début des œuvres aimables où la grâce n’exclut pas toujours la vigueur mais qui embellissent visiblement la réalité, et quelquefois l’affadissent* ». Mais lui aussi subit son évolution ou eut le courage de sortir de ce cadre étroit imposé par son public de « salons et de châteaux », du moins à intervalles : « Il écrivit des œuvres plus fortes telles que M. de Camors (1867), Julia de Trécœur (1872) ou de plus étudiées telles que L'Histoire d’une Parisienne et La Morte. Même dans celle-ci il se distingue du naturalisme ou s’y oppose par un goût de romanesque, par des procédés factices, par l’audace candide avec laquelle il met le roman au service de la morale et de la religion » (Pellissier, voir supra). M. Lanson lui a cependant rendu hommage. Il a par exemple trouvé que « Feuillet est précieux par son expérience du monde : certaines parties aristocratiques de notre société n’ont été vues et bien rendues que par lui. Sous l'élégance un peu maniérée de son style, il y a plus de réalité qu’on ne croit... » (G. Lanson, Histoire de la littérature française, p. 1086).