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Histoire de la liltérature française, Lanson et Tufrau

Le lyrisme sera la création de l’atmosphère propice dans laquelle se déroulera lintrigue, l’amour le pivot de cette intrigue, et après tout, que serait un vrai roman sans amour ? « Le roman serait une œuvre de poésie autant que d'analyse. Il y faudrait des situations vraies et des caractères vrais, réels même, se groupant autour d’un type destiné à résumer le sentiment ou l’idée principale du livre. Ce type représente généralement la passion de l’amour, puisque presque tous les romans sont des histoires d'amour. Selon la théorie. annoncée il faut idéaliser cet amour, ce type... Dans aucun cas il ne faut l’avilir dans le hasard des événements » (Histoire de ma vie).

La réputation de George Sand fut faite par Indiana qui parut en 1832. Il n’est pas question dans la présente étude d’estimer ou d’apprécier l’œuvre de cet auteur. L'histoire de ses amours alors même qu’elles aident si puissamment à faire comprendre l'orientation de cette œuvre ne nous concerne pas davantage ; nous avons simplement affaire au chef de l’école idéaliste sans plus.

On a invariablement fait observer dans chaque essai critique de l'écrivain les transformations que son talent a subies entre l’impression d’Indiana et celle du Marquis de Villemer; celui-ci beaucoup plus pénétré de vérité concrète que celui-là. Sans doute entre ces deux extrêmes peut-on tracer la courbe ascendante et descendante du génie de l’artiste et s’efforcer d’en déterminer la nature. Mais cela nous entraînerait trop loin. Qu'il nous suffise par conséquent de constater que (reorge Sand a su exprimer son idéalisme particulier des quatre manières qui semblent possibles dans le roman. C'est en quoi on est en droit d'affirmer que ce fut là l’idéalisme complet. Grâce à lui pris comme commune mesure on sera à même d'évaluer celui des autres auteurs qui se réclament de son école.

Cet idéalisme fut tout d’abord sentimental et se caractérisa par l'étude de la passion.

Il fut ensuite philosophique, surtout philosophique militant. Il devint après cela inspiré de l’amour de la nature, le genre rustique ou de terroir en fut la forme.

Finalement, il affecte la tournure idyllique, romanesque. Cette dernière manière participe, comme on l’a fait observer, de la première et de la troisième. On voit donc que l’idéalisme de George Sand gravite autour de trois points d'attraction : l’amour, l’humanité, la nature.

Si l’on veut bien se rappeler que chez elle l'amour a été l’objet d’un véritable culte, qu’elle lui a attribué une essence pour ainsi

dire divine, et que bien qu’elle l’ait souvent opposé aux « convenances », aux préjugés et aux institutions qu’elle en a fait la condition même du bonheur et de la vertu, on pourra constater : premièrement, qu'elle fut spiritualiste, puisqu'elle donna une conception représentative du monde, c’est-à-dire de la société idéale; ensuite qu’elle créa un horizon, un fonds intellectuel et moral destiné à encadrer le spectacle de la vie. Ce sont les principes antérieurement énumérés comme étant les plus favorables à la libre croissance de l'esprit idéaliste.

Conteur et moraliste (sinon moraliste orthodoxe) tels sont les deux aspects de George Sand écrivain, le but de la littérature de fiction étant, comme il a été dit ailleurs, d’amuser et d'élever l’esprit ou de l’instruire. Conteur et moraliste sera également Jules Sandeau. Ceci est évident dans la plus marquante de ses œuvres, Mademoiselle de la Seiglière(1848). De Rose et Blanche (1831) écrit en collaboration avec George Sand à Jean de Thommeray (1819) se situe sa production littéraire.

« Les gracieuses idylles de M. Jules Sandeau... » c’est ainsi que les caractérise Nettement; cependant malgré le ton de distinction, d’urbanité même, perce l’esprit légèrement narquois de l’auteur. Les lecteurs friands d’idéalisme commençaient à se recruter parmi les gens du monde pour lesquels un tour enjoué vaut mieux que les tirades les plus passionnées, les envolées les plus lyriques. On conçoit très bien que Le Gendre de M. Poirier, tiré de Sacs et parchemins ait pour cette raison remporté un succès si soutenu.

La note aristocratique deviendra essentielle à ce genre de roman; et tout héros vraiment idéal devra le plus souvent, afin d'intéresser le public restreint auquel l'écrivain s'adresse, posséder un titre nobiliaire. Le comte A. de Pontmartin se servira des mêmes procédés que Sandeau (le persiflage en moins) dans ses meilleurs ouvrages, Marguerite Vidal et La fin d’un procès. Cherbuliez, Octave Feuillet à leur tour suivront la même mode, et aussi leurs successeurs immédiats. Ceci est d’ailleurs assez explicable car c’était l’époque où une sorte de fusion ou du moins d'entente, s’opérait entre la noblesse et la bonne bourgeoisie. En outre, une crise du roman avait lieu dont le résultat était une rupture d'équilibre et la création d’un genre destiné à créer un intérêt nouveau parmi la masse du peuple, et cette division servit à accentuer encore davantage le caractère exclusif des productions franchement idéalistes : « Sainte-Beuve… en 1839 jetait un cri d'alarme : il constatait l'avènement de la littérature industrielle... » car : « vers 1850 le roman n'avait plus la

même faveur que quelques années auparavant; les circonstances politiques, la Révolution de 1848 surtout, n’avaient point été favorables au marché du roman. A. Dumas et G. Sand qui se tiraient à 2.000 exemplaires vers 1835 ne tirent plus qu’à 700... Les ouvrages de pure imagination ont perdu de 1842 à 1850 environ moitié du débit qu'ils trouvaient de 1830 à 1842... Le roman-feuilleton nouvellement inventé menaça de supplanter la fiction légitime. La résistance s’organisa contre ce courant jugé vulgaire par les critiques. La Revue des Deux Mondes mena le combat avec obstitination, le 15 septembre 1839 elle publia sous la signature de Sainte-Beuve un véritable manifeste de Brunswick : La prétention de La Revue serait de. maintenir publiquement certaines traditions d'art, de goût et d’études. Pendant vingt ans La Revue des Deux Mondes poursuivit vigoureusement avec une mauvaise humeur inlassable ce programme ; même après le triomphe du réalisme elle ne désarmera pas”. »

Et c’est ainsi que cette publication, la plus officielle organisation littéraire en France après l’Académie (qui d’ailleurs comme l’a dit - Zola prit l'habitude d’aller choisir chez elle ses élus) devint le bastion de la tradition idéaliste. Ainsi se constitua le groupe fidèle à cette tradition. À combien évaluer au juste la force de ce groupe ? « On donne à La Revue », déclara Veuillot, son ennemi juré, « douze ou quinze mille abonnés. Ces douze ou quinze mille abonnés répandus par tout le pays composent le sommet de la civilisation humaine*. » Le chiffre n’en est peut être pas imposant, mais ils se trouvent « répandus par tout le pays », et ce sont des abonnés de toujours. En cela réside leur influence. De plus, La Revue des Deux Mondes qui paie bien qui veut la servir comme elle l'entend, et à cet égard elle sait se montrer exigeante, peut, le cas échéant, faire des recrues jusque dans le camp adverse. Murger, par exemple, vers la fin de sa carrière consent à se laisser embrigader par Buloz et idéalise d’une auréole de respectabilité Mimi et Musette, le pittoresque y perdant d’ailleurs. -

Dans Adeline Protat (1853), on se trouve en présence d’un romanesque passablement banal, indice habituel d’un idéalisme devenu métier. Dans Les vacances de Camille (1857) le procédé d’idéalisation est encore plus poussé.

Qui donc pourra se vanter d'échapper au soupçon d’idéalisme à

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