Martino, déjà cité
2, Odeurs de Paris, Veuillot.
LA TRADITION JDÉALISTE 513
la mode Revue des Deux Mondes? Bien peu d'écrivains, pour peu qu'ils considèrent la littérature comme un gagne-pain honorable, Zola n’a pas été le seul à vitupérer contre eux : Parlant de l’auteur de Dominique, Veuillot proclame : « M. Fromentin, ce maître teinturier en bleu-Buloz » (Odeurs de Paris). Ce bleu d’azur idéal devait beaucoup se porter alors malgré les tons ternes qu’affectaient les réalistes ; autrement pourquoi s'en indigner? Il serait intéressant de déterminer exactement la nature de cette indignation véhémente de la part des champions de la vérité intégrale. Pourquoi Zola qua- Bilie-t-il par exemple Louis Enault de : « pommade de l’idéal, de sirop du romanesque »? Ce n’est pas assurément par jalousie d'auteur, car Énault, auteur de second ordre, n’atteignit jamais à la notoriété. N'est-ce pas plutôt pour discréditer un genre où les naturalistes craignaient sans cesse de voir se rallier leurs adeptes? C. de Bernard, le disciple direct de Balzac, n’avait-il pas lui-même été coupable de défection par ses peintures de vieilles filles à marier, ses jeunes filles charmantes, ses tableaux de la nature élégante et de la bonne compagnie ? On retrouve tous ces éléments, dont devait s’emparer l’école idéaliste proprement dite, dans ses œuvres marquantes : Lesailes d'Icare, Un gentilhomme campagnard, Gerfaut, etc.
Avant de considérer la solide phalange idéaliste dont nous avons étudié le chef incontesté, G. Sand, il est opportun peut être de nous arrêter aux « francs-tireurs » de lidéalisme, à ceux qui par la nature sentimentale et moralisatrice de leurs tendances se sont, inconsciemment sans doute, rapprochés de la formule de l’école, Émile Souvestre qui décrivit surtout la vie bretonne fut de ceux-là, Dans la longue série de ses romans dans lesquels le but moral persiste sans toutefois y assumer un caractère agressif, citons Le Philosophe sous les toits paru en 1850. Auguste Brizeux, autre poète inspiré de l’Armor mérite par sa Marie (4832), souvent rééditée et par ses Brerons (1845), d'être rangé dans la même classe. De X.-B. Saintine, également moralisateur et sentimental, Picciola (1836), treize fois rééditée, et Seul (1857) doivent être cités. Deux livres qui accusent semblable inspiration : Le Lion amoureux (1839, 11 éditions) et Huit jours au château (1843-1844) en cinq volumes, font de Frédéric Soulié un de ces « ouvriers de la première heure ». Avec lui mentionnons (René Lefebvre) Laboulaye qui se délassait
de ses œuvres plus savantes par des fantaisies romanesques :
Abdallah (1859), Contes bleus (1863), Nouveaux contes bleus (1867), etc... Mon oncle Benjamin qui date de 1843 et a connu
plusieurs variantes et 14 réimpressions assure à Claude Tillier par son tour léger, aimable et surtout par son caractère anodin une certaine réputation, réputation, et ceci est particulièrement significatif, qui s’est maintenue principalement hors de France dans les pays où la littérature morale est essentiellement en honneur.
Faisons enfin mention pour finir d'Ulric Guttinger dont l’Arthur (1836) représente le type du roman sentimental et personnel, et aussi de ces auteurs moins connus : M”° d’Arbouville, la comtesse d'Agoult, la vicomtesse Dash, premiers en date de cette série d'écrivains mondains dont Le public fut avant tout féminin.
Passons maintenant à l’école idéaliste reconnue officiellement comme:telle.
Elle est ‘établie vers 1830. Son succès est affirmé par le très sérieux et passablement pédant Gustave Planche, critique du moment, qui affirme avec grandiloquence : « Le roman consacré à l'analyse des ‘passions humaines foule aujourd’hui les cimes les plus hautes dela philosophie-et de la poésie’. » Il est bon de’noter sans doute que cet élan fougueux vers l'idéal n’a pas eu exclusivement son origine dans les manifestations désordonnées du « beau désordre romantique ». Le culte du classicisme n'était pas éteint, loin de là. La guerre de l’indépendance de la Grèce secouant le joug turc venait de se terminer en 1829. La France en avait suivi les péripéties avec passion. Un sentiment national aussi profond, preuve d’un tenace attachement à l'idéal antique, ne pouvait manquer de se faire jour dans la littérature. C’est ce même esprit qui fera plus tard de Renan un champion de l’idéalisme, à sa façon.
Quels sont les noms des plus authentiques fervents de cette tradition? D'abord ceux des disciples directs de G. Sand, de ceux qui suivirent très fidèlement sa « manière » :
Louis Ulbach ; Mario Uchard ; Maurice Sand (qui signa Miss Mary); Alphonse Karr.
Puis les autres (outre Sandeau, 1811-1883, déjà cité) qui se créèrent un genre propre :
Octave Feuillet (1821-1890) ; Victor Cherbuliez (1829 1899) ; Hector Malot. (1830-1907) ;