‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 260 sur 298 · Cité par Nettement · texte numérisé non relu

Cité par Nettement

Gustave Droz (1832-1895) ;

André Theuriet (1833-1907) ;

Georges Ohnet (1848-1918) ;

Le vicomte Melchior de Vogüé (1850-1910) ; Edouard Rod (1857-1910) ;

Jean Rameau (Laurent Labaigt) (1859).

Telle est la ligne directe de ce qu’on pourrait appeler la deuxième génération idéaliste. On peut voir par les dates des morts de ces auteurs qu’elle s’est poursuivie très avant dans notre propre siècle,

Les années où les ouvrages les mieux réussis ou les plus appréciés de ces auteurs ont paru peuvent nous servir à faire le « point » des succès remportés par l’école.

La réputation d’Alphonse Karr a été faite surtout par Sous les Tilleuls (4832), son premier et son meilleur roman, et par Geneviève (1838).

Les grands succès d'Octave Feuillet furent : Le Roman d'un Jeune Homme pauvre (1858), le type du genre; Monsieur de Camors (4867), Julia de Trécœur (1872). Ajoutons-y également L'Histoire de Sibylle (1862), quipoétise l'humanité. Feuillet, « Le Musset des familles » (comme l’ont appelé les Goncourt) ou encore en parlant de son œuvre « Un délayage de Musset et de G. Sand » (Zola), a obtenu dans son Roman d'un Jeune Homme pauvre le plus retenlissant des succès de l’école de G. Sand. Cet ouvrage défini par l’auteur lui-même : « l’histoire des sentiments exceptionnels » se vendit d’une façon remarquable en librairie. On peut aussi faire observer que la moyenne de ses romans se tira à 30.000 exemplaires; ce qui était fort beau pour l’époque, surtout étant donné que l’on entrait alors -en pleine période réaliste.

De la popularité des romans de Victor Cherbuliez nous avons parlé ailleurs. Qu'il nous suffise de rappeler le très grand succès de son Comte Kostia (1863) qui fit sa renommée, ceux, quelque peu surprenants mais à certains égards mérités, du Roman d’une Honnèéte Femme (1867), de Miss Rovel (1875) et enfin de La Ferme du Choquard (4883) qui eut treize éditions. Ce dernier en pleine période paturaliste était, il est vrai, jusqu’à un certain point pénétré de l'esprit morbide du moment, mais tout juste pour ne pas trop détonner parmi tant de productions dans lesquelles cet esprit régnait en maître.

Hector Malot est connu avant tout pour son roman de Sans famille (1878) si prisé par les Anglo-saxons et certainement apprécié chez nous aussi, à en juger par le nombre de ses éditions, ainsi

que par la publication d'épisodes dans lesquels les mêmes personnages refont leur entrée en scène. A citer également de lui Romain Kalbris (1869), qui lui aussi a donné lieu à des remaniements. On a dit d’Hector Malot qu’il avait le respect de la décence littéraire, autre forme de ce « goût » caractéristique du mouvement en question.

À propos de l’auteur précédemment nommé, lequel a souvent situé ses intrigues en Angleterre, faisons remarquer que l'influence de ce pays et de sa littérature d'alors, mi-idéaliste, mi-réaliste s’est précisément manifestée en France vers ce temps. L'élément moralisateur qui lui est particulier ne pouvait guère trouver à s’acclimater que parmi les romanciers de l'école idéaliste, la renforçant par réaction : George Eliot (qui, comme on l’a fait observer, avait beaucoup influencé Cherbuliez notamment) fut connue en traductions chez nous pendant cette période : Adam Bede (écrit en 1859, traduit en 1861 et 1886), Le Moulin sur la Floss (publié en 1860, traduit en 18817), Silas Marner (publié en 1861, traduit en 1885 et 1889).

Gustave Droz, surtout connu comme l’auteur de Monsieur, Madame et Bébé (1866) et d'Un Paquet de Lettres (1870) a peu écrit, mais il reste bien dans la tradition quoiqu’à la vérité celle-ci devienne bien ténue par ces temps de carence de l'idéal optimiste.

André Theuriet, assez proche parent intellectuel de Cherbuliez en ce qu'il s'intéresse spécialement au romanesque bourgeois, les types de la noblesse ayant fait leur temps, a la franche horreur des brutalités naturalistes. Comme l’avait fait George Sand ilse détourne de la vie des grandes villes pour aller chercher l’idéal où il se cache encore, dans les campagnes, dans la province. Il décrit donc le terroir, l'existence simple épurée de la bestialité qu'y voyait si volontiers Emile Zola. Nombreuses sont les œuvres de cet écrivain prolifique qui écrivait jusqu’à quatre romans par an et davantage. Cette continuité dans sa vaste production maintenue malgré vents et marées prouve une chose sans conteste, que le public des lecteurs épris de littérature idéaliste ne diminuait pas. Le fait que presque tous ses romans bons ou faibles ont été ré-édités et certains à plusieurs reprises fortifie cette opinion. Il est des livres que les mères de famille françaises n'hésitent pas à mettre dans les mains des jeunes filles, et cela sera vrai tant que l'émancipation complète de la jeunesse ne sera pas accomplie chez nous. Nous sommes loin sans doute de Paul et Virginie ; et une certaine évolution subséquente à la période de guerre, et due en partie à la plus profonde connaissance des mœurs anglaises ou américaines s’est produite ; mais cependant

Page 1