‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 261 sur 298 · D SU SP 4 N · texte numérisé non relu

D SU SP 4 N

la moralité bourgeoise ne s’est pas sensiblement amoindrie, A toute période de relâchement relatif succède une accalmie et quelquefois survient un regain de sévérité relative. Répétons-le à satiété : Le Français moyen est par nature moraliste; c’est sa loi. Sinon comment expliquer son amour extrême des vérités d’abstraction?

Pour en revenir à Theuriet, citons de lui comme œuvres saillantes : La Maison des deux Barbeaux (1879), Sauvageonne (1881), L’Affaire Froideville (1887), Le Fils Maugars (1878), M Heurteloup (1878), L’Abbé Daniel (1884), etc... Le premier nomméa eu des variantes ; le dernier dénote une caractéristique très particulière au genre idéaliste : le prêtre sympathique, type de bonté, tout à fait dans la tradition, bien entendu, professionnellement pourrait-on dire. A ce trait s'ajoute le plus souvent la sagesse tempérée de malicieuse gaîté. C’est le type du « curé à treilles et à ruches », comme l’a défini Cherbuliez qui l’a maintes fois placé dans ses livres. Avec lui aucun danger que l'intrigue ne tourne au scabreux. Il est le gardien des bienséances.

La prodigieuse production romanesque de Theuriet, preuve de l'existence d'un marché constant d'acheteurs, puisqu'il faut à tout prendre considérer le point de vue mercenaire, a eu pour rivale celle d'Henri Gréville (M*° Alice Durand, 1842-1902) dont la vogue est due en partie du moins à l’exploitation d’une veine nouvelle, la Russie, non point celle dont Tolstoï avait révélé le bouillonnement intérieur et les doctrines humanitaires, mais celle que Cherbuliez avait fait connaîlre, celle qui présente ce contraste troublant de la barbarie et du raffinement vivant côte à côte, celle qui donne tant d’attrait au mystérieux caractère slave. Cet exotisme, ce mélange du réel et de l'étrange devait offrir un dérivatif intéressant à tous ceux que lassait la vulgarité morne des sujets naturalistes dont, le pittoresque était sévèrement exclu.

De 1876 à sa mort survenue en 1902, H. Gréville a donné des romans dans le genre russe et d’autres. Nous notons que chacune des années de cet assez long intervalle a vu l’apparition d’un et quelquefois de deux, trois et même quatre ouvrages de sa plume. En moyenne une seule réédition par roman semble bien indiquer que le public de cet auteur était en somme assez localisé et restreint. Quoiqu’on en ait dit, ce sont les œuvres de mérite permanent qui survivent et que la postérité aime à relire. Citons Sonia (1871) qui eut quatre éditions, L’Avenir d'Aline (1889) et La Petite Princesse (1891).

Nous arrivons maintenant à Georges Ohnet, romancier dont la

« manière » a tellement donné de prise à la critique. A part deux ouvrages publiés respectivement en 1876 et en 1877, ce n’est que passé la trentaine, de 1881 à 1889, après le déclin dunaturalisme, que commença sa carrière littéraire et que parurent ses grands succès, Serge Panine (1881), Le Maître de Forges (1882), La Comtesse Sarah (1883), La Grande Marnière (1886). L'adaptation à la scène de ces romans montre leur popularité. On a qualifié ces succès de surprenants car on a souvent relevé lecaractère banal des intrigues et les procédés à effets inlassablement répétés, l’abus des clichés et le peu de profondeur de sa moralité bourgeoise. On a vu chez lui la reprise sur un plan social plus élevé du roman-feuilleton qui dans la période précédente avait fourniaux masses populaires cette fameuse « littérature industrielle » tant décriée mais à tout prendre elle aussi imbue d’un certain idéalisme vulgaire. On a imputé aux attaques à la fois cruelles et spirituelles de Jules Lemaître le tort fait à sa réputation d'auteur naissant. Cependant lui aussi continua à produire ses deux et trois romans par an, toujours de même facture; et bien qu’ils aient été d’éphémère durée ils n’en prouvent pas moins -que le courant idéaliste s’était reconstitué et qu’il persistait avec vigueur.

Parmi les autres de ses livres qui paraissent avoir été sauvés de l’oubli total, il convient de mentionner encore Nemrod et C* (1892), La Dame en Gris (1895) et Le Colonel Roquebrune (1898). On a cité de même comme représentants du roman-feuilleton modifié au goût du jour Albert Delpit et Jules Mary.

Beaucoup plus digne d’une réputation durable fut le vicomte Melchior de Vogüé : « Il obtint l'estime des lettrés pour ses études sur le roman russe autant peut-être que pour la valeur personnelle de Jean d'Agrève (1897) et des Morts qui parlent (1899)*. » C’est lui que l’on considère assez généralement comme l’initiateur du roman russe en France, un peu à tort sans doute, puisque Le Comte Kostia de Victor Cherbuliez remonte à l’année 1863 ; mais c’est après tout au dernier quart du dix-neuvième siècle que l’influence slave s’est surtout fait sentir chez nous avec son maximum de puissance. De Vogüé en fut l'interprète le plus heureux.

Edouard Rod, littérateur de grande valeur, renonça comme bien d’autres aux déprimantes doctrines du naturalisme pour se rallier à un idéalisme mitigé. On ne saurait dire de lui qu’il entra entièrement dans le courant en vogue, car il ne sacrifia jamais à l’optimisme

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