Histoire de la littérature contemporaine, Lalou
USE D EU mt, + 4
PCT NRA OT ER 7, CN
À né:
DA
béat qui caractérise malheureusement trop fréquemment les auteurs de cette école. Il est, si l’on peut dire, un « idéaliste quand même », la dureté de l’existence demeurant sans cesse présente à son esprit. Il n’en a donc que plus de mérite. Ses ouvrages les plus connus sont Le Pasteur Naudié (1898), L'Ombre s'étend sur la montagne (1907), Le Glaive et le Bandeau (1940).
À la tradition idéaliste se peut rattacher également Jean Rameau dont la production littéraire débute, comme pour nombre de ceux qui appartiennent, à la génération immédiatement postérieure au naturalisme, vers 1886. Il n’a jamais atteint à la grande notoriété et il serait malaisé de signaler de lui, Moune (1890) mise à part, parmi les quelques cinquante romans qu'il a écrits, beaucoup d'ouvrages marquants.
Ferdinand Fabre (1830-1898) est parfois considéré par les critiques comme appartenant en propre à la tradition idéaliste. Il doit l'être si on admet, comme le fait Lanson (Littérature, p. 1087) qu'il s'est avant tout signalé comme romancier moraliste, qu'il « est arrivé à rendre supérieurement certains milieux particuliers avec les espèces morales qui s’y développent... » Pellissier constate : « qu’il s’est parfois discrètement plaint de ne pas atteindre la grande réputation... » Ce fut dans un sens un « naturaliste » pour lequel la réalité extérieure de la morale existait et dont il s’eflorçait de déterminer les genres... « Lucifer (1884) est une des œuvres les plus fortes de notre littérature romanesque pendant la dernière moitié du siècle; Le Chevrier (1868) vaut les idylles rustiques de G. Sand » (Pellissier, déjà cité). L'abbé Tigrane (1873, huit éditions), Mon oncle Célestin (1881) et Ma Vocation (4889) sont les mieux connus de ses romans.
Le roman aimable et mondain, qui est comme un succédané du genre idéaliste et qui renaît aux belles époques de ce genre au point d’en paraître la caricature, retrouva ses fidèles : En opposition au type décrit par Hervieu, Rabusson, H. Lavedan, Gyp et Donnay que dénotent l'ironie et l’amertume, les descendants de Feuillet prennent position. Léon de Tinseau (1844-1921), qui en est, à écrit abondamment à partir de 1882. Encore une fois nous notons la date. La Meilleure part (1885), Le Charme rompu (1888) suffiront à donner sa mesure. Gustave Droz (déjà étudié) a composé des fictions semblables. Ludovic Halévy (1834-1908) ressemble aux précédents, surtout par son très prisé Abbé Constantin (paru en 1882, ré-édité et mis ultérieurement à la scène) et sa Famille Cardinal (1873) dont les suites attestent la popularité, Cet Abbé Constantin « gracieuse pas-
quinade », dit M. Strowski, « avait montré par son succès que le public se lassait du naturalisme... » « Mais ce fut en 1897, l'affaire Dreyfus », dit en substance ce critique, « qui fut pour Zola (et son groupe) le choc décisif ». En effet, au delà des raisons politiques, économiques et sociales, la crise témoignait dans l’un comme dans l’autre parti d’une poussée violente d’idéalisme, d’un tumulte prodigieux d’idées abstraites s’emparant de la société et se muant en actes. La fermentation des esprits n’aurait pu se faire que grâce à la présence préalable de forces morales trop longtemps contenues, endiguées par la réalité casanière.
Il y avait désir de changement et il y en avait nécessité. La question qui se posait avec insistance et que le naturalisme malgré l'appui de la science n’avait pu élucider, et encore moins résoudre, avait rapport à la conduite des hommes vivant au seuil d’un âge nouveau. Conduite sous-entend morale; or le naturalisme, conséquence du déterminisme, s’était borné à nier ce qu’on dénomme moralité. Taine, son théoricien, y avait en quelque sorte veillé, car quelle place y aurait il eu pour un idéal moral dans un système où la colère et l'amour étaient ramenés aux proportions de réactions chimiques semblables à quelques degrés à celles du sucre et du vitriol?
Et cependant l'esprit du monde changeait. Le contact avec la réalité avait déçu; et cette même réalité définitive et à tous instants contrôlable n’était même plus aussi réelle pour Taine qu’on l’avait cru tout d’abord : « Lui qui n’était pas exaspéré n’appelait-il pas la sensation une hallucination vraie‘ »? En 1889, quand parut Le Disciple, Taine écrivit à Paul Bourget : « ma génération est finie... » Toutefois jusque là la morale, et partant avec elle la cause même de l'idéal, était battue en brèche. De qui donc se réclamerait-elle?
M. Lanson a écrit: «Taine, Renan et Darwin voilà lestrois grands modificateurs des esprits contemporains » (Littérature, p. 1091) Darwinet son déterminisme étant méprisés ; Taine se dérobant, il restait Renan. Mais qu’avait-il donc à offrir de nouveau au monde moral? «Je reconnais », a-t-1l dit, « que le sens moral ou ses équivalents sont de l'essence de l’humanité... Pour mon usage particulier, je substitue à l’idée de bien, de préférence, le nom esthétique... En face d’une action je me demande plutôt si elle est belle ou laide que bonne ou mauvaise”... » … Dieu est pour lui: «la catégorie de
1. Racines de l’idéalisme, R. de Gourmont. Mercure de France, octobre 1904. 2. L’Avenir de la Science, 1870.
j À Fr À £ à >
l'idéal et la religion c’est la beauté dans l’ordre moral. Par la religion se satisfait l'instinct moral de l'humanité ; aussi aucune religion n'étant vraie, toutes les religions sont vraies; et toutes sont bonnes quand on les applique à leur office. L'idéal philosophique n’est pas à l’usage de toutes les intelligences ; l’idéal religieux est accessible aux plus humbles esprits » (Cité par Lanson).
Renan dépassa néanmoins quant à lui ce spiritualisme réconfortant à la portée des gens peu compliqués, mais ce fut simplement pour se rallier à l’idéalisme d’abstraction auquel il sut rester fidèle. « Pour lui l'idéal devint la base de la nature morale, de même que l'esprit d'analyse fut le fondement sur lequel repose le caractère intellectuel » (Cité par Pellissier).
Cette intégration de l’intellectuel et du moral devait donner à l'école idéaliste comme une nouvelle doctrine, presque une religion. On est libre de faire des réserves sur la sincérité de Renan; et certains ont manifesté quelque surprise de le voir sacrifier à l’autel des dieux de la Grèce antique eten même faire montre d’adoration pour les obscures divinités nordiques. Cherbuliez en avait fait tout autant. « Renan », remarque Lasserre, « dit dans la Prière sur l’Acropole que tout n’est ici-bas que symboles et que songes ». Parole étrangement placée; car elle est la plus opposée qui se puisse contevoir au génie des Grecs ; elle est purement allemande. « Les Allemands, » disait Nietzsche, «se meuvent plus volontiers parmiles allégories des choses que parmi les choses elles-mêmes... » On ne pourrait, à notre avis, affirmer que Renan, homme d'esprit ondoyant, d'idées souvent contradictoires, n’a pas en cela simplement obéi à son « moment » qui était tant soit peu trouble et déconcertant. Nous croyons pour notre part qu’il a subi au contraire une évolution assez explicable et parfaitement représentative ; c'est pourquoi nous avons pensé qu'il importait de faire sur lui plus qu’une remarque passagère.
« Du christianisme de sa jeunesse il avait retenu... que la morale n’est pas affaire de science mais article de foi... Faire de la vérité le but de la pensée, du bien la fin de l’action, le vrai étant l’exclusion du miracle et le bien l’exclusion de l'égoïsme.…. cette philosophie n’est pas un jeu de dilettante indiflérent... » (Lanson, Littérature). Le scepticisme de Renan a pu porter les critiques à croire qu'il était coupable de dilettantisme: « Le dilettante est d’abord un sceptique », a-t-il été affirmé quelque part; et encore: « c’est l’épicurien de l’intelligence ». Bourget parlant de Renan a défini le dilettantisme : « Moins une doctrine qu'une disposition de l'esprit
très intelligente à la foi et très voluptueuse qui nous incline tour à tour vers les formes diverses de la vie et nous conduit à nous prêter à toutes ces formes sans nous donner à aucune‘ ». Anatole France plus tard représentera cet esprit que les idéalistes dénonceront avec âpreté.
Renan a pu, il est vrai, inspirer de la défiance à bien des gens car: « malgré son déterminisme scientifique on hésitait à prendre au sérieux un savant qui tirait tant de révérences à l’idéal » (Lanson). La philosophie allemande dont il s'est si largement inspiré était représentée par deux courants : « deux perspectives: celle de l’unité et de l'identité universelles, celle du devenir éternel. Taine, philosophe et esthéticien, est surtout attiré par la première. Renan s’est infiniment complu dans la seconde » (Lasserre). Hégélianisme et Kantisme furent les deux forces vives qui redonnèrent à la philosophie idéaliste son regain de vigueur. La dernière, offrant des possibilités plus illimitées, devait plaire davantage aux esprits plus hardis en quête de formules plus neuves. De 1870 à 1880, le néo-kantisme professé dans les universités et les lycées, après s'être dégagé de l'emprise naturaliste, avait attaqué à son tour l’éclectisme cousinien. La morale renaissait : « En 1883, Fouillée publiait sa Critique des systèmes de morale contemporains ; en 1884 paraissaient Les Principes de la morale de Secrétan et L'Esquisse d'une morale sans obhgation ni sanction de Guyau. »
Alfred Fouillée, donnant sa théorie des idées-forces par laquelle l'idéal devient le principe du réel et la vie étant la fusion intime de Pexistence individuelle et de l’existence collective, concluant par conséquent à la nécessité d’une esthétique et d'une morale, proclamait le triomphe de la tradition.
« M. Alfred Fouillée », a écrit assez ironiquement Rod à propos d'une controverse à laquelle cet auteur avait participé, « a tenu à nous démontrer que dans le domaine spécial de la haute philosophie, l’idéalisme avait reconquis les positions autrefois prises par les doctrines adverses, et cela simplement parce que la science positive n’a pas réussi à supprimer la philosophie. Celle-ci a repris tous ses droits et s'efforce de déterminer l'idéal qui n’est que le sens le plus profond et l’anticipation de la réalité future ».
Que Fouillée se soit exagéré ou non l’importance du mouvement avec lequel il s’est identifié importe peu. Qu'il nous suffise. de reconnaître que ce mouvement a vraiment existé et qu'il a recruté