‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 267 sur 298 · Lasserre, Cinquante ans de pensée française, p · texte numérisé non relu

Lasserre, Cinquante ans de pensée française, p

5. Citation de Liebnecht par Brunetière : « Nous avons ce qui constitue la force de la religion. La foi dans la victoire de la justice et de l’idée. Cette religion ne nous fera jamais défaut, car elle ne fait qu'un avec le socialisme... »

Revue Socialiste, vise à prouver que le socialisme n’est autre chose que la continuation de la religion transposée à son usage et adaptée à ses besoins... Le socialisme va donc rejoindre l’idéalisme. Il devient une religion. Il aspire à l'infini‘. »

Cet idéalisme politique eut d’ailleurs sa répercussion dans le domaine littéraire proprement dit : « Il faut », dit G. Lanson, « signaler avec la fin du dernier siècle et les premières années de celui-ci une, vogue très apparente du roman social ou sociologique. »

Mais revenons à présent à la littérature et en particulier au roman qui est l’objet direct de cette étude. Nous l’avons laissé à ce qu’on pourrait appeler sa «deuxième génération idéaliste ». La troisième devait prendre une tournure sensiblement différente des deux précédentes : L'importance croissante de l'élément psychologique dans l’esprit du temps, élément s’alliant à l’imaginatif, s’est, comme on l’a vu, développé grâce à la critique, à la philosophie et à l’histoire. Le courant qui va donner naissance au roman dit « d'analyse » vient de se constituer. Il serait aisé de montrer que ce dernier remonte à beaucoup plus haut, que Stendhal, par exemple, lorsqu'il prophétisait son succès futur pour 1860 ou 1880, s’avérait devancier authentique dans ce genre; mais nous voulons considérer un mouvement d'ensemble et non point des cas particuliers. Un tel mouvement n’est possible que lorsque le terrain a été dûment préparé, que lorsque les circonstances s’y prêtent.

Le roman d’analyse, quant au fond, répond d’ailleurs parfaitement à une disposition permanente de l'esprit français :

« Au cours de ses études sur Racine, Saint-Simon, La Bruyère, La Fontaine, M" de la Fayette, Taine se fait une notion du caractère français qu'il reprendra sans cesse... C’est l'esprit critique ; il en déduira sa théorie de la Révolution française et cette idée deviendra l'idée maîtresse des Origines de la France contemporaine* ». Cet esprit critique est, nous permettrons-nous de l’affirmer, l'esprit d'analyse vu sous un angle un peu diminué. Il est le complément, ou, si l’on préfère, le correctif de cette forme si essentiellement française qu'est l’enthousiasme impulsif et quelquefois désordonné dont nous nous montrons constamment si prodigues. La France est le pays qui exalte le plus ardemment ses idoles et qui les détruit le plus vite.

L'esprit d'analyse est devenu partie intégrante de l’idéalisme (sa

1, Nouvelles études sur le XIXe siècle, Ed. Rod (Perrin). 2. Discours de réception de l'historien Albert Sorel.

concession à son récent engouement scientifique) et son moyen de renouvellement. Le principe directeur du roman d'analyse se retrouve dans La Princesse de Clèves, se retrouve dans Dominique également. C’est la sensibilité vrai dominée par le sens moral tel que le comprenaient les grands classiques.

Avec Le Daisciple commence en 1889 la vraie série des romans d'analyse. On y retrouve la physiologie, mais ramenée à sa juste importance qui est celle de moyen et non plus de but (c'était d'ailleurs jusqu’à un certain point la manière de Balzac). Bourget dans la préface de son livre fameux a écrit : « La science d’aujourd’hui, la sincère, la modeste, reconnaît qu’au terme de ses analyses . s'étend le domaine de l’inconnaissable ». La dissection ayant fait son lemps, on se met désormais à étudier sur le vif la nature cachée de l’âme.

Il serait hasardeux de vouloir dresser une liste exacte des auteurs de romans psychologiques se conformant entièrement aux principes de la tradition idéaliste. Presque tous s’en écartent en effet par quelque côté. Citons toutefois les écrivains qui suivent et en regard leurs œuvres les plus susceptibles de se rattacher au mouvement :

J. H. Rosny (frères Boëx) avec :

Daniel Valgraive (1891) ; Vamireh (1891) ; L'Impérieuse Bonté (1894) ; L'Indomptée (1894).

chez lesquels se manifestent : « un noble souci de moralité individuelle et de moralité sociale, un idéalisme généreux et fervent‘ ».

Paul Margueritte, qui déserta la cause naturaliste. Dans des romans tels que :

Pascal Gavosse (1889) ; La force des choses (1891) ; Fors l'honneur (1895).

se retrouvent les marques d'une saine moralité.

Marcel Prévost, psychologue féminin, est lui aussi moraliste. Dans la dédicace à L’Automne d'une femme (1893) il a écrit ces lignes significatives : « Puissiez-vous trouver dans les pages que vous allez relire un peu de cette grâce sentimentale, de ce romanesque du réel où vous croyez voir comme moi le plus aimable attrait des œuvres d'imagination. »

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