Florian-Parmentier, déjà cité
Dans toutes, l’Idéal est la grande Présence qui plane et à laquelle tous les personnages au cœur généreux s'offrent en quelque sorte en holocauste. Cyrano, qui a remporté le succès le plus persistant de notre époque, est sans contredit un drame de l'idéal. 11 marqua le commencement de cette époque nouvelle; et malgré ses emprunts évidents aux grands maîtres de l’âge précédent, Banville, Hugo, Gautier, les critiques le louèrent avec transport, Faguet lui-même dont le jugement était sûr... Chantecler : hymne au soleil, la dernière de ses grandes pièces, resta dans la tradition « Il n’est de grand amour qu’à l’ombre d’un grand rêve... »
Plus en harmonie avec l’école idéaliste évoluée, celle qui dans le roman est sous l'influence de la philosophie régnante, devenue l'analyse psychologique, celle qui fait une place plus large à l’idée qu’à la sensibilité, Paul Hervieu paraît à bien des égards mériter de prendre rang parmi les auteurs dramatiques du moment. L'Énigme (1912) raconte la classique lutte des passions et des devoirs, La Course du Flambeau (1900) expose les sacrifices consentis pour que s’accomplisse l'idéal de la race.
Toutefois, dans la dernière année du xIx° siècle paraissait une œuvre dont le succès devait affermir la réputation de son créateur et donner une des plus fortes interprétations du genre intellectuel porté à la scène : La Nouvelle Idole de François de Curel. On y voit « trois êtres en présence qui incarnent trois idéals : la foi religieuse, la foi en l'amour, la foi en la science. Ils se heurtent d’abord; puis chacun d’eux est conduit à comprendre la grandeur des autres et la lutte n’est plus qu’un combat de générosité. Curel a réalisé dans la Nouvelle Idole cet équilibre entre l’acte et l’idée qu'il qualifie de miracle‘. » Cette conception de l’auteur se rapproche donc comme on voit de la théorie des idées-forces chère au philosophe Fouillée. Cependant il reconnaît aux manifestations de la sensibilité, jugée indispensable par les idéalistes, des droits réels : « Tant il est vrai que l’idée n’a de pouvoir que si la passion la mène » (Curel).
L'influence de cet écrivain est sans doute plus considérable qu’on ne l'a cru pour un temps : « Si l’on ouvrait un scrutin pour désigner un prince parmi les dramaturges français des trente dernières années (ceci en 1928), François de Curel serait élu sans aucun doute?. »