‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 271 sur 298 · Lilléralure française contemporaine, Lalou. 2. Ibid · texte numérisé non relu

Lilléralure française contemporaine, Lalou. 2. Ibid

On ne saurait malgré tout ranger Curel parmi les vrais idéalistes. Ses autres pièces (dans lesquelles le « miraculeux équilibre » est d’ailleurs rompu) respirent un esprit trop inconciliable; mais de même que les symbolistes, il a ouvert pour eux une nouvelle voie. Le conflit d’idéals ou plus simplement d'idées qui dépassent les personnes a été repris à l'heure actuelle par Paul Raynal, par exemple, dans Le Tombeau sous l'Arc de Triomphe (1924), le sera par d’autres à coup sûr, redonnant ainsi au théâtre une autre formule renouvelée de la classique qui est peut-être, après tout, celle qui lui convient Le mieux.

Où en est la tradition idéaliste à l’heure présente? Un fait assez bien établi est que depuis le commencement du xx° siècle son importance est allée grandissant. En 1904, É. Rod écrivait déjà : « Il est bien certain que l'idéalisme est aujourd’hui à la hausse — si l’on ose lui appliquer cette vilaine expression.

« Pénétrons dans le monde des jeunes revues. Celles qui comptent déjà plusieurs années d'existence relèvent encore des doctrines « anti-idéalistes » de la veille; tel Le Mercure de France qui vient de publier avec grand succès un roman de M. Pierre Louys, Aphrodite, mais les périodiques plus réellement jeunes arborent un programme intransigeant... Ainsi fait L'Art et la Vie dont les collaborateurs sont pour la plupart des universitaires cultivés, nourris de fortes études philosophiques. Ceux-ci — je ne cite aucun nom pour mieux accentuer le caractère collectif de leur œuvre — revendiquent les droits de « l’idéalisme intégral »; se réclament de Novalis, de Frédéric Schlegel, de Maurice de Guérin; célèbrent les artistes qu’ils appellent « les artistes de l’âme » en opposition aux simples ouvriers de la forme; se délivrent de la tyrannie du fait... Quelques-uns qui ressemblent aux collaborateurs de L'Art et de la Vie par beaucoup de traits se rattachent franchement à l’Église ; ce sont entre autres les rédacteurs du Sil/on que conduit M. Paul Renaudin. Ils poursuivent le rêve de réconcilier le catholicisme et le socialisme, et de bâtir sur cette alliance la cité future de laquelle ils ne voudraient pas exelure une troisième puissance dont le monde moderne ne saurait prétendre se passer : la science... » Il dit encore ailleurs : « Il y a vingt ans on bannissait l’idéalisme, on le raillait, on le conspuait.. Et voici que maintenant on linvoque, on le prêche; on revient aux idéalistes ; on recherche ceux qui sont plus près de nous. Octave Feuillet, si dédaigné pendant les dernières années de sa vie a son regain de gloire : Le Roman d'un Jeune Homme pauvre ramène des foules à l’Odéon.

L’adjectif n’est plus une injure : il est presque un compliment... »

L'esprit idéaliste nouveau fut amené par réaction et fut par conséquent d'autant plus fort qu’il avait été plus durement réprimé. Partout à la fois ses manifestations sont perceptibles : « M. Brunetière dans une retentissante conférence qu'il a faite à Besançon... a montré que l'esprit d'aujourd'hui diffère profondément de celui d'hier; que le règne du fait est passé comme celui de l’individualisme à outrance; qu’en musique le triomphe définitif du wagnérisme; en peinture le succès de M. Puvis de Chavannes; au théâtre celui d’A. Dumas fils, sont autant de victoires remportées par l’idéalisme ; en politique de même‘. »….

Mais il serait inexact de dire que l’idéalisme a dès lors eu ses coudées franches. Lui aussi a été contraint de souscrire à un compromis avec la réalité. Déjà une entente se faisait vers la fin de sa période d’épanouissement :

« Il apparaît à relire les œuvres de Theuriet, de Ferdinand Fabre, de Léon Cladel, d'Émile Pouvillon qu'une sorte d'accord s'était opéré dès la naissance du naturalisme entre le réalisme et l’idéalisme*. » L'un et l’autre, après tout, défendaient l’art, cet art défini ainsi par Ruskin : « Je dis que le plus grand art est celui qui suggère à l'esprit, par n’importe quel moyen, les plus grandes idées... »; définition à laquelle les deux écoles ne pouvaient que se rallier, mais qui chez le naturalisme ne pouvait rencontrer qu’hostilité.

Depuis son triomphe, ou plutôt son retour en grâce, car il ne saurait guère escompter les éclatants succès des groupes à programmes bien définis, l’idéalisme a évolué dans le sens de la conciliation. Il est vrai qu’il a persisté à se produire aussi dans certains genres bien délimités et qui sont strictement de son domaine, mais cela en marge seulement de son développement général et naturel. Le « roman honnête » à inspiration vertueuse a encore ses adeptes. Citons quelques auteurs et quelques œuvres :

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