‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 272 sur 298 · Florian-Parmentier · texte numérisé non relu

Florian-Parmentier

G. Duruy. L'Unisson, Andrée, La garde du corps. 4 Gennevraye. Pour l'honneur.

( Marie A. de Bovet. Fausse voie.

E. Delpit. Yvonne, Bérangère.

] Th. Bentzon (M"°Th. Blanc). Jacqueline.

) J. Claretie. Pierrille.

| M"° À. Hermant. Eddy et Paddy.

3 C. Margueritte. Ame d'enfant, l’'Avril, Ma Grande.

Et des nouvelles à foison, ce qui indique assez nettement que le genre ne saurait s'adapter à des œuvres de longue haleine. On aime encore les contes bleus; et la Bibliothèque Rose a toujours des fervents, mais le rythme de l'existence moderne s’est accéléré et n’accorde plus beaucoup de loisir au simple délassement. Citons donc seulement pour mémoire :

Me Marie Poradowski. Le Mariage du fils Grandsire. M"° Janine Eljen. La Chambre nuptiale.

Ch. Fuster. L'amour de Jacques.

Mr Caro. Fruits amers, Ame de jeune fille.

H. de Chenevière. Les Passions honnétes.

François Villard. Le Passé de sœur Monique.

Me Mary Floran. Un an d'épreuves.

Ch. Deslys. Le Roi d’Yvetot.

José de Coppin. Courageuse.

Souvent quelques-unes de ces œuvres sont populaires, telle par exemple La neuvaine de Collette de M*° Jeanne Schultz qui a conquis le gros public, mais anodines dans l’ensemble quoiqu’assez indicatives de la vitalité du mouvement sur le terrain qui lui est le plus propice.

D’autres idéalistes de tous ordres, et point toujours fidéles d’ailleurs au mot d'ordre de l’école, pourraient constituer une liste relativement étendue. En voici quelques-uns :

M*®° Juliette Adam. Chrétienne.

Jules Bois. . L'éternel retour.

Francis Jammes. La Pomme d'anis.

Louis Bertrand. Saint Augustin.

Charles Morice. Il est ressuscité.

Jacques Trèves. Vain amour, Prince royal.

Jean Schlomberger. Heureux qui comme Ulysse.

P. Faure. La Chapelle enchantée.

H. Strentz. Images simples et ferventes; Les amants

sur la rive.

De l’idéalisme on en trouve encore dans nombre de nos écrivains contemporains les plus connus : E. Jaloux, moraliste psychologue,

peintre de mondes où la réalité et la fantaisie se mêlent; Romain Rolland qui a donné plusieurs pages empreintes d’idéal poétique ; À. Maurois par Ariel ou la Vie de Shelley s’est octroyé des titres à la tradition, et bien d’autres.

Passons au théâtre idéaliste :

Là non plus pas de très grands succès mais beaucoup de diversité et de profusion dans les pièces.

« L’idéalisme », dit le critique Florian-Parmentier à qui nous avons déjà fait des emprunts, « n’a jamais renoncé à la lutte sur le terrain dramatique, » et en particulier le théâtre en vers s’esttoujours maintenu en face du réalisme — avec des fortunes diverses, il est vrai — grâce à : Catulle Mendès, François Coppée, Henri de Bornier, Albert Samain, Emile Bergerat, Ernest d'Hervilly, E. Rostand, Jean et Jacques Richepin, Maurice Donnay...

Citons encore :

Jean Moréas. Iphigénie.

Louis Tiercelin. Marguerite d'Écosse, Corneilleet Rotrou. R. de Villehervé. L'ile enchantée, Le mystère de Saint Nicolas.

E. Haraucourt. Héro et Léandre.

Camille de Sainte-Croix. Armide et Gildis.

S.-Ch. Leconte et À. Dumas. Esther, Princesse d'Israël.

Gabriel Nigond. Le Dieu Terme, Le Cœur de Sylvie.

Maurice Magre. Le Retour, Le dernier réve, Le Marchand de passions.

Alfred Mortier. Marius Vaincu.

Louis Payen. Tiphaine.

Jules Bois. Hippolyte couronné.

E. Verhaeren. Le Cloître, Hélène de Sparte.

F. Jammes. La Brebis égarée.

P. Souchon. Phyllis, Le Dieu nouveau.

André Rivoire. La Peur de souffrir, Il était une ber. gère.

M. Zamacoïs. Les Bouffons, La Fleur merveilleuse.

Il ne faudrait pas oublier non plus l’accueil flatteur fait aux productions idéalistes et symboliques de l’Italien Gabriel d’Annunzio.

Plus défini enfin est le mouvement qui porte le nom de Théâtre Idéaliste fondé en 1912 par Carlos Larronde, Xavier Lambert et Olivier Hourcade, qui montre une orientation volontaire du genre.

Mais puisqu'il est question de « chapelles », et après tout quelle

école n’a pas la sienne? signalons deux mouvements concertés de l’Idéalisme dans le sens d’une reprise du Classicisme :

Le premier est un retour à l’Humanisme. Cet esprit est chez nous particulièrement bien acclimaté, car non seulement il représente l'amour de la culture mais encore il se mêle à toutes les manifestaons de la vie des gens, et ils sont nombreux, ceux qui se passionnent pour les choses de l’intelligence. Peut-être assimilera-t-on ce mouvement au spiritualisme, préocupé du désir d’imiter le meilleur de la pensée antique, de /’ École Romane de Moréas et de Maurras. Quoiqu'il en soit, la grande préoccupation de l’école fut de tendre vers un noble idéal. Un grand chef viendra peut-être qui redonnera au mouvement de nouvelles directives. P. Valéry en est à l'heure présente le porte-drapeau incontesté.

L'autre mouvement est celui que Saint-Georges de Bouhélier a défini dans ses Éléments d'une Renaissance. Il est désigné par le nom de « Renaissance » et ne veut pas être confondu avec le premier : « Notre mouvement », dit Ch. Morice, « n’est pas humanité. Il est simplement humain; c’est pour être humain avec plus d'intensité qu'il est national... L'autre « Renaissance » est l'aboutissement du symbolisme... »

Dans l’un et l’autre cas nous nous trouvons en présence de tentatives de reconstitution d’une élite, du groupe restreint dont il a été question au début de cette étude et grâce à quoi les œuvres idéalistes de réelle valeur seront susceptibles d’être goûtées. La noblesse et la richesse ont cessé de délimiter le public de choix si désirable pour ce genre de littérature; une aristocratie de l'intelligence leur succèdera-t-elle? Parti du classicisme, le mouvement idéaliste y retournera-t-il? voilà le fond du débat.

Le classicisme le plus large et le mieux entendu, qui est une affirmation de sagesse sereine et de goût sur, ennemi de toute violence et de tout excès, n’a à la vérité nul besoin de manifeste ni de défenseurs pour revivre chez nous. Il n’a jamais complètement disparu. C’est ce que les fêtes en l’honneur du centenaire de la mort de Goethe célébré avec tant d’éclat en France en 1932 ont bien montré. Les conditions propices à l’épanouissement de l'Idéalisme sont donc toujours existantes, mais les chefs-d'œuvre se font attendre... Il semblerait malheureusement que l'école, trop peu agressive, n’ait pas le don d’attirer les grands talents : Au moment de sa plus forte vogue, lorsque George Sand avait indiqué la route à suivre, on se serait cru en droit d'attendre d’elle ce roman immortel qui eût dépeint la passion, ce qui après tout est son affaire, avec l’art le plus consommé,

mais quelle fut donc l'œuvre marquante de l’époque? : Madame Bovary.. étude des phénomènes de la sensibilité par un auteur qui se défendait d’en avoir.

À défaut de chefs-d'œuvre, la tradition continuera sans doute de progresser et de faire bonne besogne, s’efforçant de demeurer ce que Ghampfleury a autrefois défini : « Une littérature honnête, sérieuse et morale ».

Le succès de l’œuvre de Cherbuliez peut se mesurer par des chiffres. Ce n’est pas sans doute la méthode la meilleure ni la plus juste, car elle ignore trop de facteurs qu’on ne saurait évaluer numériquement. Par exemple, le genre de lecteurs sur lesquels cette œuvre est susceptible d’avoir des effets durables. Elle possède néanmoins le mérite de la preuve non réfutable. Il serait inexact de parler du « jugement de la postérité » pour ce qui est de notre auteur, dont la mort ne remonte qu’à quelque trente-six ans; et cependant, étant donnée l’accélération sans cesse plus rapide qu’a subie le roman durant cette période de sa croissance, n’est-on pas en droit de considérer comme symptômatique la faveur dont ont joui certains de ses livres à mesure que chaque génération successive prenait sa place et manifestait ses préférences et ses opinions ?

Voici pour les divers ouvrages les renseignements que nous avons pu nous procurer quant au nombre de leurs éditions, à leurs dates et à leur popularité. Nous en tirerons ultérieurement nos conclusions.

Les Causeries Athéniennes, parues en 1860 (également, À propos d'un Cheval, où Un Cheval de Phidias), édition Joël Cherbuliez, chez Calmann-Lévy en 1864. C’est pour ses qualités de finesse et d’érudition que cet ouvrage se recommanda aux lettrés ; c’est lui qui attira l'attention de Sainte-Beuve, de Renan, de (George Sand dont les appréciations louangeuses ouvrirent les portes de la Revue des Deux Mondes au jeune écrivain encore totalement inconnu.

Le Comte Kostia, 1863 à la Revue, la même année chez Hachette, puis en 1864; en 1907, en 1910 chez Nelson. Ce roman qui fut le plus connu entre tous ceux qu’il a écrits, a eu 12 réimpressions chez Calmann-Lévy. Dans son article chronologique sur Cherbuliez, Jules Claretie disait que c'était « un vrai chef-d'œuvre et son chefd'œuvre ». Il faut croire que le public en jugea de même puisque

ce livre est de ceux qui se vendirent le mieux. En 1941 il en était, à la librairie Hachette, à sa 18° édition, ne le cédant qu’au Roman d'une Honnéte Femme qui en était à sa 19°. Mais Le Comte Kostia eut de plus l’honneur d’une édition à la librairie Nelson en 1910 avec une introduction de M. Wilmotte. « Un film en a été tiré plus de soixante ans après la notice dédaigneuse de Prévost-Paradol » (Journal des Débats, 14 janvier 1925 ; compte-rendu d'un film tiré du Comte Kostia). Ce roman que rappelle invariablement le nom de Cherbuliez, celui qui amorçant un genre nouveau est devenu le type même de sa production romanesque, fut en définitive et malgré le témoignage des rééditions son grand succès sinon son chef-d'œuvre : « Ce fut », nous dit Faguet, « un événement littéraire » et ce fut aussi une promesse faite au public, promesse que certains ont estimé n'avoir pas été tenue : « Le Comte Kostia est un de ces livres qu'il est presque dangereux de faire, ear ils donnent aux lecteurs le droit de trop attendre de ceux qui le suivent » (E. Montégut, 4867).

Le Comte Kostia (auquel André Cherbuliez, père de l’auteur, collabora) parut dans la Revue du 1° juin après avoir été annoncé pour avril. Le fascicule du 1° août en apporta les dernières pages. Buloz entre temps avait cherché un éditeur. Il annonçait à Cherbuliez, le 2 juillet, qu'il avait traité avec Lévy, que celui-ci tirerait à 3.000, qu’il donnerait 1.200 francs à l’auteur, soit 40 centimes par volume : c'était 10 centimes de plus qu’il n'avait accoutumé. Cette négociation, d’ailleurs, n’eut pas de suite. Lévy ne publia jamais que la réimpression du Cheval de Phidias et Le Prince Vitale. Comme à

peu près toute l'œuvre de Cherbuliez, Le Comte Kostiaæ parut à la

librairie Hachette. Le livre était annoncé dans la Bibliographie de la France du 10 janvier 1863.

Indépendamment du succès purement matériel que lui assura son roman, Cherbuliez devait, grâce à lui et grâce à l'opinion particulièrement favorable émise par George Sand, alors très puissante, voir sa fonction de collaborateur officiel à la Revue décidemment affermie, sa carrière désormais assurée, sa voie nouvelle, si surprenant que cela ait pu paraître, tracée. Dans sa réponse académique, Renan à la date du 25 mai 1882 le lui rappelait : « Le suecès du Comte Kostia justifia pleinement le jugement de M*° Sand. Le roman était dès Lors la forme que vous aviez adoptée. Ceux qui connaissaient la direction philosophique de vos idées en éprouvèrent d’abord quelque surprise... »

En 1864 paraissait Paule Méré. Ce roman réédité en 1905 chez

Hachette ne semble pas avoir remporté un bien gros succès’. Peutêtre en effet Le Comte Kostia avait-il rendu le public exigeant. Nous avons vu ailleurs comment cet ouvrage eut du moins pour effet de brouiller son auteur avec une partie de Genève (qui avait cru s’y reconnaître) et de contribuer à le décider à aller s'installer définitivement à Paris.

En 1864 également parut un autre livre par Cherbuliez, ce livre étant par sa nature même voué au demi-succès : Le Prince Vitale, problème de la folie du Tasse. Les lettrés spécialisés ont dû s’intéresser vivement à l'ouvrage, ou même nombre de gens cultivés qui y retrouvèrent la parfaite exposition d'idées claires qui avait fait le mérite principal des Causeries Athéniennes ; mais le reste du public y resta assez étranger. L'Italie avait cessé d’être dans la pleine actualité depuis 1859. On est surpris par ailleurs de découvrir dans le Journal d’Amiel les marques d’un enthousiasme délirant. Il note, par exemple, qu'il a lu l’ouvrage, deux fois, « avec admiration et presque éblouissement ». Et pendant deux pages il nous fait part de ses impressions un peu outrées : « Quelle richesse d'idées, de faits, de couleurs, quelle érudition! » etc. Le Prince Vitale ne fut pas réimprimé.

En 1865 paraît Le Roman d'une Honnête Femme, celui, et ceci est paradoxal, des romans de Cherbuliez qui a connu le plus de tirages. C'était à la Revue du 15 août au 15 septembre 1865. L'année d’après il sortait de chez Hachette. En 1911 paraissait la dix-neuvième édition qui surpassait comme on l’a remarqué le chiffre du Comte Kostia lui-même. Pourquoi cette faveur des acheteurs que les critiques ne semblent pas partager? Merlet a fourni l'explication qui est probablement la plus admissible : En écrivant ce roman Cherbuliez voulut plaire aux Parisiens et montrer qu’il était moins genevois que sa réputation. De tous ses romans, aucun ne rappelle comme celui-ci Octave Feuillet. Le succès prouva qu'il avait réussi et que le public français n’aime rien tant que de rencontrer chez un écrivain, avec quelques variantes, une forme de talent qu'il a déjà goûtée chez un autre.

Cependant, le livre, s’il faut en croire Renan, eut du succès également en Allemagne où l'héroïne Isabelle était tenue « pour une des créations les plus délicates du roman moderne ».

La même année que Le Roman d'une Honnéte Femme Cherbuliez,

4. En 1888, vingt-quatre années après sa parution, il n’en était qu'à sa sixième édition.

fidèle au principe adopté par lui dès le débui de sa carrière, celui de l « assolement », donnait Le Grand Œuvre.

En 1888 Hachette indique que cet ouvrage en est seulement à sa troisième édition’. Faguet aura beau l’appeler « un hymne magnifique au progrès », il n’en marque pas moins un presque insuccès, à nouveau en raison de son caractère hybride, Cherbuliez ne pouvant se résoudre à abandonner sa chère philosophie pour se mettre tout uniment à raconter l’histoire romanesque qu’exigeait de lui le public... Heureusement pour nous!

En 1868, Prosper Randoce (quatrième édition, vingt ans plus tard”) est publié. Autre succès d'estime malgré que nous ayons là une tentative en somme assez originale faite dans le domaine de la pathologie, mais sans doute Cherbuliez ne voulut pas rendre les armes aux maîtres du moment.

En 1869 (du 1° avril au 1° juin) paraissait à La Revue un roman, L'Aventure de Ladislas Bolski, qui eut l’honneur de s’attirer l’attention de la critique, parfois louangeuse, d’autres fois hostile. Ce roman parut chez Hachette en 1870. IL s'y agit encore d’un cas de folie, mais cette fois, si scientifique qu’en soit l'étude, elle est intentionnellement débordée et noyée dans la plus romanesque des intrigues.

Nous savons par Eugène Rambert que L'Aventure de Ladislas Bolski, à Genève du moins, eut beaucoup plus de succès que Paule Méré, qu’elle saisit fortement les imaginations et valut à Maxilly et aux environs où se déroula l’action, quantité de pélerins. En France, la guerre qui éclata peu après son apparition en librairie, nuisit peut-être à son succès *.

Les événements du mois de juillet firent à un autre livre de Cherbuliez un tort plus grand encore en le déclassant immédiatement; ce qui était injuste car l’ouvrage avait un mérite considérable.

‘était l'Allemagne politique depuis la paix de Praque (1866-1870).

La veille même du jour où Paris fut bloqué, le 18 septembre, Buloz mandait à Cherbuliez de lui envoyer par la légation suisse le manuscrit de son prochain roman, La Revanche de Joseph Noirel. Mais il était trop tard. Les communications étaient coupées avec Paris, et La Revanche ne put paraître que l’année suivante, du 15 juillet au 1° octobre 1871. Ce roman ne fut publié d’ailleurs en

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