‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 273 sur 298 · Nouvelle édition en · texte numérisé non relu

Nouvelle édition en

3. En 1911 elle n’avait eu que douze éditions chez Hachette. Une édition parut chez Nelson en 1913. En 1888 (chez Hachette) elle en était à sa septième.

librairie que beaucoup plus tard. Cherbuliez le garda en réserve jusqu’en 1882. Mais puisqu'il était écrit dès avant la guerre, que les lecteurs de La Revue l'ont connu dès 1871, il convient de le mentionner à cette date. C’est d’ailleurs un roman genevois; et ajoutons par surcroît un ouvrage fort agréable; c’est « un de ces livres que des lettrés peuvent lire avec agrément et qui font les délices d’une midinette. Il est curieux qu'ayant eu en 4911 huit éditions, il n’ait pas été réimprimé dans une collection à très grand tirage et à bon marché. Sans doute, tel mot rare, technique ou ancien, comme le holement d'une chouette, le giron d’un escalier, le sang aduste, ou telle expression purement genevoise, comme « une vraie langue de la Pentecôte » arrêterait la midinette. Ils font le divertissement du lettré qui les marque d’un coup d’ongle ».

Dans les livraisons de La Revue du 1° janvier au 15 février 1873 paraissait Méta Holdenis. Le volume était annoncé dans la Bibliographie de la France du 14 juin. Il faut noter que Méta Holdenis en dépit de l'admiration de Renan, de celle aussi de Faguet, qui en admirait « la psychologie pénétrante »', n’eut qu'un succès moyen : la dixième édition était en vente en 1911. Or en 1888 le roman en était déjà (en raison sans doute de l'actualité) à sa sixième. Ce ralentissement est une indication. L'attrait de cette créature perverse et cependant fortement attachée à sa morale, que Buloz comme le veut l’anecdote avait tellement ressenti, fut, au dire de Renan, assez puissant pour susciter partout l'intérêt : « Un art savant maintient d’un bout à l’autre l’équivoque qui fait Pessence même du livre. A mesure que le récit approchait de sa conclusion dans La Revue, des lettres arrivaient de toutes parts qui vous suppliaient de ne pas faire trop mal finir la jeune personne sur laquelle vous avez concentré tant d'intérêt » (Réception du 25 mai 1882). S'il y eut un tel engouement pourquoi faiblit-il à ce point? Encore une fois on peut constater que le goût du public est changeant et, ce qui est peut-être plus important encore, que lecteurs et critiques ne s'accordent guère en ce qui concerne notre écrivain.

L'année où paraissait Méta Holdenis, Cherbuliez donnait ses Études de littérature et d'art (deux éditions en 1888) et en 1874 son reportage : L'Espagne politique. L'importance grandissante du publiciste qui devait prendre le nom de Valbert lui assurait dès cette époque un second public de fidèles, celui des gens qui s'intéressent à l'actualité et aiment à voir les événements interprétés par des lois

1. « Meta Holdenis est le chef-d'œuvre pour moi de M. Cherbuliez », Revue Bleue,

générales. Bien entendu l’ascendant qu'il acquit ainsi ne peut se mesurer en termes d'éditions à tirages plus ou moins forts. Et pourtant quelle force n’a-t-il pas représentée derrière l’opinion !

1875 marque un des grands succès de Cherbuliez. Miss Rovel est après Le Roman d'une Honnéte Femme et Le Comte Kostia le plus apprécié de la grande masse des lecteurs. Il avait en 1911 seize éditions chez Hachette et la même année Nelson en publiait une autre dans sa collection. Notons qu’en 1888 le livre en était déjà à sa neuvième édition.

Ce qui fit le succès de ce roman ce fut sans contredit le mélange de romanesque et de raison, le brin de risqué ou du moins d’un peu osé qui semble un facteur si puissant dans la vente des fictions de l’auteur... Un film a été tiré de Miss Rovel, qui était projeté à Paris au commencement de 1922.

Qu'il nous soit permis de faire observer ici que les grands succès de Cherbuliez (ils sont trois comme on l’a dit) se situent de 1863 à 1875, soit le premier tiers de sa carrière. Continuant à remplir sa tâche de romancier romanesque créateur d’un roman en règle générale par an, nullement en danger de perdre son emploi, car il avait atteint à la notoriété d'autre façon et quant à son rôle d’écrivain, d'œuvres d'imagination, il avait créé un public incapable de se dérober.

Si nous admettons (selon la théorie de Sainte-Beuve) qu’il avait donné dès cette dernière date ce qu’il avait de meilleur dans le genre de la pure fiction, nous devrons nous attendre à le voir s’eflorcer de produire selon une formule, se maintenir à un degré satisfaisant d'excellence en vertu de sa parfaite entente du « métier » et enfin se risquer à tenter des renouvellements. C’est précisément ce que l’on peut constater dans la suite de ses œuvres. Le Fiancé de Mademoiselle de Saint-Maur qui suit (1876), est l'application d’une formule, celle de lidéal pris suftisamment haut dans le domaine du sentiment, placé dans un cadre également embelli (le milieu aristocratique), cet idéal renié puis reconquis par quelque noble sacrifice... Cette formule, nulle part ailleurs Cherbuliez ne semble l'avoir appliquée avec plus de précision mécanique et avec moins de naturel bien entendu. Quant aux tentatives de renouvellement (qui ont fait l'objet d’un autre chapitre) elles ne tardèrent guère ; par exemple Amours fragiles, Olivier Maugant, La Ferme du Choquard surtout et aussi les adaptations théâtrales.

Le Fiancé de Mademoiselle de Saint-Maur est du 15 janvier au

ere

1° mars 1876. En volume la même année. En 1888 cinq éditions. La huitième était en vente chez Hachette en 1911. Une nouvelle a paru en 1930 dans la collection Nelson. Le succès assez marqué de ce roman un peu banal s’explique peut-être par le fait qu’il est le premier roman « parisien » de l’auteur, ce qui devait achever de satisfaire le public des « salons et des châteaux ».

En 1877, l’essayiste publiait Hommes et Choses d'Allemagne, recueil d'articles écrits pour La Revue. À la date de 1911 Hachette n’en mentionne aucune réédition; il est vrai que les ouvrages plus « sérieux » de l’auteur se vendaient plus cher que ses romans. Il est intéressant de faire observer que quelques quarante articles (signés Valbert) à part, qui furent par les soins de l’auteur réunis en volumes, la grande majorité reste toujours dispersée dans les divers fascicules de La Revue. Quoiqu’en leur temps ils aient attiré l'attention et mérité les éloges, leur popularité n'a vraisemblablement pu durer, passé leur mérite d'actualité.

Samuel Brohl et Cest de 1877. Ce roman qu’on pourrait sans doute intituler : « les bons côtés d’un demi-coquin » atteignait sa sixième édition en 1888, sa neuvième en 1911 et en 1931 paraissait à la Collection Nelson.

L'Idée de Jean Téterol, livraisons du 15 mai au 1° juillet 1878. En volume la même année. 6° édition en 1888, 11° en 1914. C’est le roman de la volonté et son cadre est la province.

Les Amours fragiles, trois contes (ou nouvelles) dont l’un (Le Bel Edward) avait, à en croire Cherbuliez, son point de départ dans la réalité, ayant comme personnage principal l’acteur Booth, l’assassin d'Abraham Lincoln. Ils parurent séparément : le 4° août 1879, le 45 septembre et le 45 décembre. Dans le volume paru en 1881, Le Roi Apépi précède Le Bel Edward qui en livraison venait avant lui. 3° édition en 1888, 6° en 1911. Sur ces trois nouvelles lire l'article un peu trop indulgent d'Henry Houssaye dans son livre Les Hommes et les Idées, Paris, 1886. Malgré son médiocre succès apparent, cet ouvrage dut plaire subséquemment car il s’en imprima une édition spéciale chez Borel en 1895 dans la Collection du Chardon Bleu avec des illustrations de Georges Picard. De plus, une comédie en quatre actes et cinq tableaux en a été tirée par Camille Saint-Saëns. Ce sont bien des honneurs qu’auraient pu mériter davantage d’autres œuvres de Cherbuliez.

Noires et Rouges datent de 1881 (livraisons du 15 novembre 1880 au 15 janvier 1881). En volume la même année. 7° édition en 1888, 11° en 1911. Dans ce roman Cherbuliez fit manifestement un effort

pour se renouveler. Il voulut, dans une fiction romanesque, présenter à ses lecteurs la peinture d’un certain monde politique et d'un certain monde religieux aux prises. Le réalisme alors de mode y trouve sa part. Renan le reprocha amicalement à l’auteur.

La Ferme du Choquard, qui est un effort dans le même sens, rappelle par bien des côtés Madame Bovary. L'art y occupe toutefois une plus grande place que dans Noires et Rouges. Le lecteur esttenu en haleine jusqu’à la dernière page. Aussi s’explique-t-on son succès et les treize éditions qui le classsent après Le Roman d’une Honnête Femme, le Comte Kostia et Miss Rovel parmi les ouvrages de Cherbuliez les plus répandus. Un film en a été tiré qui passait à Paris au cinéma en janvier 1922. Notons que plusieurs passages du livre sont dans la manière de Georges Eliot, auteur très apprécié dans l’entourage du romancier. La même année (1883) Cherbuliez publiäit une nouvelle série de ses articles parus précédemment à la Revue : Hommes et choses du temps présent. Pas d'édition ultérieure.

En 1884, du 15 septembre au 15 novembre, il nous donne Olivier Maugant ; l'année suivante en librairie. 7° édition en 1888, 9° en 4911. C’est le type du roman social-scientifique à la façon de Zola, les crudités en moins et l'idéal en plus. La critique naturaliste y vit sans doute un empiètement et lui prodigua ses attaques.

La Bête, 15 décembre 1886-15 janvier 1887. En volume cette même année. 8° édition en 1888, 10° en 1911. Une nouvelle chez Nelson en 1929. Outre l'intrigue vaguement romanesque rapportée sous forme de lettres, l’auteur nous livre une étude sur l’évolution et l’hérédité.. et l'idéal. Encore une fois la critique ne se montra pas tendre en dépit de la faveur évidente du public. Voir à cet égard dans Biré, Romans et romanciers contemporains, quelques passages fort injustes.

En 1888 sort La Vocation du Comte Ghislain qui atteint dans le courant de l’année deux éditions, et six celle qui suit; mais qui en 1911 n’est parvenu qu’à sa huitième. Voir sur ce livre un compte rendu intéressant dans la Zeitschrift für franzosische Sprache und Litterature, tome XI, 1889.

En 1889, nouveau recueil d'articles : Profils étrangers ; 3° édition en 1911; et en 1890 le premier des romans de Cherbuliez dernière manière : Une Gageure (1* janvier-15 février 1890), En volume, la même année, 11° édition en 1911. On a reproché à Cherbuliez à propos de ce roman d’avoir introduit l'élément scabreux afin d’aider à la vente. Ceci nous paraît tout à fait injustifié. Anatole France par contre en à fait un éloge délicat.

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ki

L'art et la Nature (1° juillet-15 août 1891) qui parut en volume en 1892n’en était en 1911 qu’à sa deuxième édition. C’est compréhensible, car le sujet en est en somme trop abstrait pour intéresser grandement l'opinion. Mais c’est dommage aussi car c’est un charmant petit livre, dont la lecture par les soins habiles de l’auteur est rendue fort aisée. |

Nous arrivons maintenant au Secret du Précepteur(du 15 décembre 1892 au 15 février 1893). En volume en 1893, 9° édition en 1911. Tous les éléments du romanesque moyen, tempéré, s’y retrouvent. Cherbuliez, définitivement rentré dans sa spécialité et s’y résignant, sait servir à ses fidèles le genre de littérature qu’ils réclament. On a comparé ce roman, non sans justesse, à un développement en prose du sonnet d’Arvers.

Finalement, les dernières œuvres en date publiées du vivant de Vauteur : Après Fortune Faite (15 août-15 novembre 1895); en volume même année; 6° édition en 1912; et Jacquine Vanesse (1898) ; 6° également en 1911. Toutes deux ont eu un succès d’estime.

Nous avons choisi autant que faire se pouvait ces deux dates, 1888 et 1911, comme points de comparaison dans la parution des éditions des ouvrages de Victor Cherbuliez parce qu’elles représentent deux étapes significatives dans la courbe de ses succès en librairie. La première dix ans ou à peu près avant sa mort, époque où son prestige était bien établi et par conséquent moment tout indiqué pour les maisons d’édition désireuses de redonner au public les premiers succès d’un auteur à la mode; la seconde dix ans après sa mort pour permettre d'évaluer jusqu’à quel point, l'écrivain ayant disparu, son œuvre parvenait d'elle-même à se maintenir, On a pu constater, d’après les indications qui précèdent, que sa popularité n'avait pas sensiblement décru, au contraire. En 1911 en effet il paraît y avoir progression sensible dans le nombre des tirages. La publication par Hachette d’une œuvre posthume de Cherbuliez : L'idéal romanesque en France de 1610 à 1816 doit être interprêtée dans ce sens.

Ce qui précède ne signifie point que Cherbuliez n’ait pas à la vérité souffert des atteintes de temps et de son inséparable auxiliaire l'oubli. Si on en juge par la critique (laquelle heureusement ne s’accorde pas toujours avec le grand public dont nous venons d'étudier les réactions), Cherbuliez après sa mort entra très rapidement dans l’oubli. On parla de lui encore à l’occasion de la réception de Faguet, son successeur à l’Académie, le 18 avril 19014. A lire entre les lignes Le discours d'Émile Ollivier qui lui répondait,

on devine que ce dernier savait gré à Cherbuliez, « spéculateur avisé, d’un imperturbable équilibre », qui aurait pu naturellement être enclin à dédaigner les passionnés qui « ne réussissent pas », de lui avoir pas fait grief de son ministère d’empire libéral ni de son cœur léger. C'était encore une de ces raisons d'aimer Cherbuliez dont il parlait au cimetière Montparnasse; mais celle-là ilne l’a pas dite. Le parfait honnête homme, le lettré fin et disert était regretté par tous; mais l’œuvre elle-même, peu se souciaient de la définir ou d’en dégager la portée. Pour beaucoup Cherbuliez était un écrivain bien doué qui avait mal tourné vers le roman, genre assez peu en honneur encore. Et cependant la même année 1901 paraissait un volume d'extraits de Cherbuliez à l’usage de la jeunesse avec une notice sur sa vie et ses œuvres par Georges Meunier‘.

Quoiqu'il en soit, le nom de Cherbuliez apparaîtra désormais très rarement sous la plume des critiques littéraires. Ge sera d’ailleurs souvent dans une phrase désobligeante. Rémy de Gourmont reprochera, dans une de ses Promenades littéraires, à Émile Faguet de l’avoir appelé « un écrivain extrêmement original », jugement qui lui paraît hien mieux convenir à Villers de l'{sle-Adam dont Faguet ne parle point”. M. Charles Maurras accole à son nom l’épithète de métèque”. M. René Johannet s’interrogeant sur la valeur d'Anatole France comme écrivain, le place « plus bas encore que Zola, dans les environs de Cherbuliez*. » M. Louis Thomas observant que les Confessions, Adolphe et Corinne sont l’œuvre d'écrivains romands, ajoute que ces « précieuses exceptions » méritent « que l’on passe sur cinquante Cherbuliez à peine plus médiocre, d’ailleurs, qu'Octave Feuillet*. » Cette restriction ouvre une porte à l’indulgence. M. Léon Blum va y passer. Définissant la manière de Vogüé dans Les Morts qui parlent, il nous dit de ces « longs récits modelés sur la narration balzacienne », qu’ils ne sont « pas supérieurs aux récits de M. Georges Ohnet et ne valent pas, à beaucoup près, ceux de M. Victor Cherbuliez®... » M. Benjamin Crémieux dans son roman Le premier de la classe”, nous montre un vieil homme de province,

1. L'œuvre de Cherbuliez, extraits choisis à l'usage de la jeunesse, Paris, Hachette,

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