Revue des Deux Mondes, du 15 février 1875, Valbert
60 à VIE ET OEUVRE DE VICTOR CHERBULIEZ
La situation telle qu’elle s’offrit à Cherbuliez lorsqu'il arriva à Madrid et sur laquelle il s’est particulièrement étendu était la suivante : Depuis la révolution de 1868, qui avait chassé Isabelle, les Juntes militaires ayant à leur tête Prim, Serrano et l’amiral Topete, aprèsavoir rédigé une Constitution voulaient un roi. Le duc d'Aoste, Amédée, ayant accepté la couronne se heurta dès son arrivée à ditférents partis.
Découragé, il abdiquait au bout de deux ans, le 12 février 1873, et la république était proclamée. À son tour elle se trouva en butte à des ennemis multiples.
Au mois de mai de la même année un coup d'état détruisait les chances d’un gouvernement centralisé. C’était le triomphe de la formule fédérative. Mais à son tour celle-ci fut battue en brèche par les partisans de la thèse « cantonaliste », ce qui eut pour résultat de susciter des troubles sanglants parmi les groupes socialistes du nord.
La gravité de la situation étant devenue évidente aux Cortès la dictature fut placée entre les mains d’un républicain modéré, Castelar. Cherbuliez arriva en Espagne sur ces entrefaites. Dans son ouvrage il chercha à expliquer le sens profond des troubles et des désordres qui ne cessèrent alors de se succéder. Par son interprétation sans doute judicieuse des crises que traversa le parti de l’ordre, celles du 23 avril, du 1* juin et du 8 septembre, il montra que : «le cantonalisme a tué le fédéralisme » et prédit que « la seule république possible en Espagne est la république unitaire ‘ ». La modération et l’esprit de conciliation que Castelar essaya de faire partager aux différents partis aux prises lui fit espérer que tout finirait par s’arranger : « Quand M. Castelar prouvait par des exemples que les conservateurs seuls peuvent réaliser des plans conçus par les révolutionnaires, il exprimait d’un mot deux grandes vérités. La première est que la révolution livrée à elle-même, s'entend mieux à détruire qu’à fonder, la seconde que les conservateurs ne font œuvre qui dure qu’à la condition de mettre leurs talents au service des idées nouvelles* ». Mais sans doute des dissensions trop profondément irréductibles existaient-elles : « La république et l’alphonsisme sont les deux champions qui se disputent l'Espagne” ».
Dans ces conditions, 1l ne pouvait que conclure sur une note