‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 32 sur 298 · Temps, 31 mai · texte numérisé non relu

Temps, 31 mai

2. Revue des Deux-Mondes; Cent ans de vie française, p.390, 1929, À, Bellessort. 3, Eloge de Cherbuliez, par E. Faguet, séance du 18 avril 1901.

la plus grande épreuve qu’elle ait connue depuis qu’elle existe.

Dès que les devoirs qui vous retenaient à Genève vous l'ont permis, vous avez profité de la loi réparatrice de 1790... Dans notre éducation intellectuelle, nous avions été l’un et l’autre à cette grande école allemande de science et de critique qui, à la fin du dernier siècle et au commencement de celui-ci, a renouvelé tant de branches de l'esprit humain... Oui, je ne crains pas de le dire, c’est votre ancienne éducation allemande qui vous a fait Français en 18170: C’est ce haut idéalisme de Kant et de Fichte qui vous a donné la force de regarder en face le succès, de le critiquer et de vous constituer par libre choix l’avocat des vaincus” ».

Homme de deux patries, Cherbuliez avait senti se réveiller son amour profond pour la France à l’heure tragique de son histoire. Il eût pu se comparer à l’un de ses personnages dont il a dit :

« Le canon de Reischoflen et de Forbach s’était chargé d'apprendre à ce cosmopolite qu'il y avait une France. :

Les vérités éternelles lui étaient apparues dans le feu dévorant d’un éclair”.

Le geste de Cherbuliez lui gagna la sympathie de bien des gens et ce fut de ceux-là que le duc d’Aumale se fit l’interprète quand il vint le féliciter en lui disant : « Je n’oublierai jamais que vous avez rendu un bon Français à la France ». Ilest vrai, toutefois, que certains émirent des doutes sur la sincérité de cet acte, y voyant une manœuvre intéressée de sa part pour pouvoir pénétrer à l'Académie. Un Suisse distingué a fait d’une manière qui l’honore justice de ces bruits peu charitables :

« On suggérait à Rod de renoncer à la nationalité suisse afin de pouvoir le faire entrer à l’Académie et on lui citait l’exemple de Cherbuliez. Il répondit : « Il faudrait cesser d’être Suisse. Je ne m'estimerais pas de renier mon pays pour un motif d'ambition. Cherbuliez est venu à la France au lendemain de la guerre de 70 et de vos malheurs. Cela justifiait tout. Aujourd’hui, il penserait, il agirait comme moi»*.

Ce qui est certain c’est que « peu à peuil s’était détaché de Genève: son échec à la Faculté des Lettres, l’hostilité qu’avaient rencontrée ses romans dans certains milieux y contribuèrent » car : « décidément, il fallait à Cherbuliez un plus vaste théâtre et un public aux

4. Discours et conférences, E. Renan. Séance du 25 mai 1882, pp. 105-106. 2. Le fiancé de Mit de Saint-Maur, p. 11.

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