Buchat, Ed. Rod et le Cosmopolitisme
idées moins étroites. Il n’avait pas, observe Eugène Ritter, le vif patriotisme local d’Amiel.
Le seul article que Valbert ait écrit sur son pays : Une défaite de la démocratie autoritaire à Genève, est assez froid.
Par contre, ilaimait la France à laquelle tant de liens l’attachaient ; ii l'avait aimée dans les beaux jours du second empire; il l’aima davantage dans ses malheurs »‘.
D’autres ont vu dans sa renonciation à la nationalité suisse l'effet d'une soi-disante rancune contre Genève. On sait que son roman Paule Méré avait provoqué de vives critiques de la part d’une partie de la société de sa ville natale. critique à laquelle il s’était montré fort sensible.
De même une attaque dirigée contre lui par Bugener qui l'avait accusé d’athéisme a pu l’irriter. Mais ce sont là de simples conjectures; encore que l’auteur ait dit lui-même :
« Genève est un pays de forte vie publique, et à de certaines beures la voix populaire y est toute puissante ; mais c’est aussi un pays où règne un esprit de coterie étroit, exclusif, qui est à proprement parler la maladie genevoise, car tout peuple a ses maladies »°.
Que Genève ait conçu quelque dépit de la défection d’un de ses enfants qui lui faisaient le plus honneur est assez compréhensible et en somme justifiable. C’est ce que suggère Albert Thibaudet déjà nommé que nous citons ci-après, sans toutefois nous rallier dans son entier à son point de vue:
« Malgré tout, Genève eut préféré que Cherbuliez gardât la nationalité de sa naissance. On voit à la bibliothèque de Genève, une bible que la République avait fait exécuter pour Henri IV, et qu’elle garda parce qu’il avait prononcé ce Paris vaut bien une messe! Peut-être quelques Genevois seraient-ils tentés de traiter leur hommage à Cherbuliez comme leurs pères traitèrent la Bible du roi de France. Et l’on comprend ces sentiments. Mais vraiment Cherbuliez, excellent écrivain français, est bien le moins Genevois des écrivains nés sur le territoire de Genève. Il n’a ni les qualités, ni les lacunes de ses compatriotes. Écrivain brillant qui savait mener un dialogue (ce dialogue léger, spirituel, d’un -parisianisme un peu fabriqué, comme celui de Dumas fils), il manquait singulièrement de profondeur de tourment intérieur, de timidité scrupuleuse.
I] fut quelque temps en relations fréquentes avec Amiel.