Leguay
2. Revue des Deux Mondes, Valbert : Une défaîte de la démocratie autoritaire à Genève, novembre 1878.
On ne saurait imaginer deux êtres de nature plus absolument contraire. On définirait fort bien Amiel, ce vrai Genevois, comme un anti-Cherbuliez, et Cherbuliez, si peu Genevois, comme un anti- Amiel {la dernière phrase de Meta Holdenis s'appliquerait singulièrement à Amiel). En quittant Genève, Cherbuliez ne quittait presque rien de lui-même, et à Paris il se retrouvait tout entier »’.
Quoiqu'il en soit, Cherbuliez n'aurait pu, alors qu'il l’eût désiré, renier complètement sa patrie d’origine. C’est bien là l'avis d’un de ses compatriotes :
« Il est impossible de nier que Cherbuliez soit de la même race, de la même terre que M” de Staël et Benjamin Constant, que Stôepfler et Petit-Senn, avec son originalité propre. Ce n'est ni le diminuer ni le compromettre que de montrer sa marque et d’indiquer sa filiation morale*. »
Jusqu'à la fin de sa vie, il continua à aimer la Suisse et à s’intéresser à tout ce qui de près ou de loin pouvait la toucher. A Eugène Ritter, il écrivait le 31 janvier 1881 : « Soyez sûr qu’on ne cesse jamais d’être Genevois. Je le serai jusqu'à la fin, par mes souvenirs, par mon éducation, par le tour et les habitudes de mon esprit, par ma façon de raisonner et d’écrire. C’est indélébile comme la tonsure, et cette tonsure me sera toujours chère* ». Citons encore :
« Il ne nous avait d’ailleurs jamais oubliés ni reniés; je me rappelle » {dit E. Godet) « lavoir trouvé plus d’une fois lisant le Journal de Genève qu’il parcourait d’un bout à l’autre sans sauter la page d'annonces” ».
Nous avons étudié ailleurs les jugements que portait Cherbuliez sur Genève et sur les Suisses.
Académie. — En 1881, Émile Zola écrivait : « J’ai bien peur que le jour où l’Académie aura un romancier à nommer, elle ne choisisse M. Cherbuliez qui est un élève direct de George Sand. M. Cherbuliez est une autre colonne de la Revue des Deux Mondes et l’on sait que cette publication a la spécialité de fabriquer des académiciens... »