‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 36 sur 298 · REP · texte numérisé non relu

REP

« Quand il se tourne en passion, l’amour du bien a, comme le crime, ses délices et ses ivresses. » « La vertu est plus grande que tout système. Ceux qui méprisent ce qu’ils appellent les vertus athées et ceux qui déclament contre les vertus cléricales oublient tous que tant vaut le cœur tant vaut la doctrine. »

Ceux dont il tenait à honorer la vertu et la charité et dont il venait de lire la liste sont, dit-il en cette occasion : « de très pieux croyants, d’autres n’ont jamais eu la foi ou l’ont perdue. Ceux-ci font le bien par générosité, par honneur, par humaine tendresse, par fanatisme du devoir ; ceux-là sont des modèles de religieuse et catholique bonté... Messieurs, en distribuant vos prix, vous n’avez Jamais pensé à vous informer de ce que peuvent croire ou ne pas croire les glorieux inconnus dont on vous signalait les belles actions. Vous êtes aussi tolérants que le malheur. Pourvu que Peau qu’elle lui présentait pour étancher sa soif fût saine à boire, il n’a jamais dit à la pitié : Quelle est ta foi ? D’où sort ton eau, et par qui a-t-elle été bénie ? »

Pour ceux qui désireraient retrouver au complet les textes des discours académiques dont il vient d’être question nous ren- Voyons :

Pour celui prononcé par Cherbuliez lors de sa réception et surtout pour la réponse fameuse que lui fit Ernest Renan à la brochure des publications de l’Institut par Firmin-Didot ainsi qu’à celle publiée par Calmann-Lévy.

Pour celui prononcé sur la tombe d'Henri Martin également à la brochure de l’Institut ci-dessus indiquée.

Pour le discours de François Coppée et la réponse de Cherbuliez à une brochure in-8° chez Émile Perrin. Un fragment de la réponse de Cherbuliez a été publié par M. Paul Gautier au tome XI de son Anthologie de l’Académie Française.

Quant au rapport de Cherbuliez sur les prix de vertu, il a été publié avec celui de Camille Doucet sur les concours littéraires, en une brochure in-8° chez Perrin.

Lorsque Cherbuliez mourut, l'Académie désigna Ferdinand Brunetière comme Directeur chargé de prononcer le discours des obsèques (le 4 juillet 1899) et se faire l'interprète de tous.

Les derniers paragraphes de son discours feront suffisamment sentir combien sensible fut pour ses collègues la perte causée par la mort de ce parfait honnête homme :

« Ge que nous regrettons de lui : l'alliance du plus rare talent et de la plus complète humanité. »

« La postérité donne des rangs et juge les œuvres : les contemporains seuls sont capables de dire quel homme, de quelle valeur morale ou sociale et digne de quels regrets ou de quels souvenirs, il y avait dans un auteur. »

Le successeur de Cherbuliez fut, comme on sait, Émile Faguet.

Ce fut le 48 avril 1901 qu'il prononça à son tour l’éloge traditionnel; et c'est à nouveau à la personnalité morale de l’écrivain qu’il pensa surtout à rendre hommage : « Cet homme fut heureux, pour avoir cherché le bonheur là où il est : dans le travail, dans le culte du beau et dans le devoir ou plutôt, tant ces pratiques lui étaient naturelles, pour n'avoir pas eu besoin de le chercher. »

A ce témoignage du nouvel Immortel, Emile Ollivier qui l’accueillait joignit également le sien.

Théâtre. — Cherbuliez a fait du théâtre et il a échoué. Sur cela la plupart des critiques sont d’accord, et lui-même dût être d’avis semblable, car il ne persista pas dans son entreprise dramatique.

Dans un article de la Revue‘ il esquissait en, 1878, un amusant portrait de Sardou « que possède le démon du théâtre ». Ce démon finit sans doute par le posséder à son tour car on retrouve dans sa correspondance une sorte d’idée fixe de vouloir mettre quelques-uns de ses romans à la scène : À Ludovic Halévy il demandait s’il ny aurait pas dans Miss Rovel (paru en 1875) matière à une « comédie en trois actes ». De même pour Prosper Randoce qui était antérieur au premier ; et c’est encore au même Halévy qu’il suggérait de tirer un drame de La Revanche de Joseph Noirel.

Les objections que son ami vraisemblablement crut devoir soulever ne découragèrent pas son ambition; il semblait dès lors bien décidé à tenter sa chance comme beaucoup de ses contemporains qui, de romanciers s’étaient faits dramaturges, sans y réussir pleinement d’ailleurs pour la majorité. Il admettait le bien fondé de la critique qui lui était adressée : « Vos remarques touchant Joseph Noirel me semblent justes et je chercherais vainement à m’aveugler sur les difficultés que vous me signalez... » Mais cela admis, il donnait à entendre qu’il savait parfaitement qu'un roman n’est pas une pièce de théâtre, que des difficultés de cet ordre existent toujours quand il s’agit de tirer une pièce d’un roman, que d’ailleurs la pièce ne doit pas être la reproduction du roman, qu’il faut enlever

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