Leguay, p
Après avoir passé quelques temps à Saacy-sur Marne où son fils avait été médecin, il était allé durant le mois de juin villégiaturer à Combs-la-Ville, également dans la Marne, où il avait une propriété. Avec lui se trouvaient sa belle-fille et ses petits-enfants.
Il s’y était mis tout de suite à la préparation d’un nouveau roman qui devait paraître dans la Revue vers l'automne. Son existence active de toujours avait en apparence l'air de se poursuivre; il s'était même rendu à la date du 29 juin à Paris pour y assister à une séance de l’Académie et avait pris part à la discussion du prix de Jouy. De même nous apprenons que de retour à la campagne il] avait continué à faire preuve de beaucoup d’allant, faisant notamment une longue promenade en compagnie de sa belle-fille dans la forêt de Sénart. Le lendemain de cette excursion, il descendit vers les neuf heures dans son jardin pour aller inspecter ses rosiers, Rentré à la maison, il s’installa dans son fauteuil, demanda ses journaux. Au moment où son valet de chambre les lui remettait, il tomba à la renverse sans un cri. Il était mort.
Son état de santé n'avait pas été, il est vrai, sans inspirer quelque inquiétude à son entourage. Quelque temps auparavant le docteur Pierre Marie appelé en consultation lui avait trouvé le cœur assez gravement atteint mais jugea inutile d’alarmer sa famille. Lui-même avait dû réaliser dans une certaine mesure la gravité de son cas : Dans son dernier roman Jacqueline Vanesse il s'était attaché à décrire les symptômes accompagnateurs de l’urémie, de l'artério. sclérose qui étaient aussi les siens, puisant ses renseignements dans les livres de médecine ayant appartenu à son fils.
Telle était la cause physique, suffisante certes de la mort de ce vieillard. Mais il en était une autre plus profonde, plus tenace encore contre laquelle la faculté était sans remède et sans recours: il avait cessé de vouloir persister à vivre. A très peu d'intervalle, presque coup sur coup il avait perdu sa femme, puis son fils. Ce dernier, le D' Ernest Cherbuliez était décédé deux mois auparavant à l’âge de trente-huit ans, et depuis lors le père désolé était resté dans un état de prostration dont on parvenait à peine à le tirer. Il avait cependant fait des eflorts pour réagir, s'était remis au travail avec une activité fébrile : « La littérature est ma seule raison d’être », déclarait-il à ses enfants, « je vais me remettre au travail »".
Mais peine perdue, il restait plongé dans le désespoir. Lui qui jusqu'alors avait su jouir de l'existence, avait trouvé, comme l'a