Revue des Deux Mondes, du 1: octobre
prendre. la nôtre, pour servir de milieu, n’en sera point écrasée ; il nous semble, au contraire, qu’apprenant à mieux connaître son centre, mais en le jugeant sans s’y asservir, élle en recevra, avec plus de lumière, plus d'excitation et d'originalité. »
«La Suisse enfin dans son‘ensemble, avec sa nationalité composite ét sa vie à part mais toujours si mêlée à tout, la Suisse, disons-nous, a, presque plus que d’autres, besoin d’une étude pareille. Peut-elle, en particulier, rester indifférente à ce qui lui vient de la France, que ce soit pour l’accepter ‘ou pour s’en défendre? Il suffit, là-dessus, de se rappeler l’histoire et de ne pas trop oublier‘les faits contemporains. Voyez même l'Helvétie allemande ; si, littérairement, elle est moins francisée que jadis, l’est-elle-moins politiquement? »
« Puis, le fait qu'il y a une Helvétie française dont l'influence sur la Suisse, depuis trois siècles, est toujours allée en augmentant, ce fait n’est point quelque chose d’accessoire, mais au contraire un des éléments constitutifs de la nationalité de la Suisse, de son existence et de son avenir. Or, tout comme nous sommes intéressés à ce que, dans cette nationalité, qui n’a rien de matériel, nos frères allemands conservent le principe germanique, ils ne le sont pas moins à ce que nous conservions, nous, le ‘principe français. La Suisse entière a donc intérêt, ét un intérêt national, à ‘bien connaître la France, le mouvement de ses idées et celui que les idées peuvent préparer dans les faits; à juger enfin, sans passion comme sans illusion, un pays avec lequel le nôtre a tant de points de contact ét de si antiques liens. »
La suite. de la chronique donne deux copieux extraits et comnrentaires de la Revue des Deux Mondes avec laquelle Ta Revue Suisse se déclare ‘en communauté de vues.
‘La Chronique de décembre (p.757 et sqq) cite encore et approuve VPattitude de la Revue des Deux Mondes. D'ailleurs, toutes les chroniques étrangères de l’année sont consacrées à la France.
Un dépouillement des divers numéros dela. Revue Suisse jusqu’au moment où.elle devient La Bibliothèque Universelle, Revue Suisse et étrangère (en 1858), publication paraissant désormais trois fois par an, nous a montré une (prépondérance notable d’articles consacrés à la France. Alors que pour la Suisse et les'autres pays, la revue bibliographique est trisannuelle, elle est mensuelle pour ‘la France. Malheureusement les Chroniques sont supprimées, alors que "cette ‘rubrique ‘permettait dans une certaine mesure de suppléer aux quotidiens. Quoiqu'il en soit, on peut déduire de celle-ci l’appréciation suivante:
Ta Suisse romande accordait alors la plus grande attention à tous les événements de France (politique, littérature, arts). C’est, de loin, à ces événements que la Revue Suisse attribuait le plus de place dans sa publication. Maïs ilne faudrait pas inférer que son point de vue national füt tenté de s’infléchir dans le sens français. La Suisse romande, comme les publications où elle s'exprime, demeure essentiellement suisse du point de vue national, tout en tenant à demeurer française dans son mode d’expression. C’est pourquoi la Revue Suisse combat le projet de créer une Université fédérale à Berne. Elle soutient que, fatalement, avec le temps, ce centre d’attraction des intellectuels entraînera l’introduction de germanismes dans le français et dans l'italien parlés dans leurs cantons respectifs. Elle proteste contre cette éventualité. Elle ne trouve pas mauvais que la Suisse allemande oriente ses recherches littéraires vers l'Allemagne, mais elle entend que les cantons de langue française ou italienne, puissent poursuivre en toute indépendance le perfectionnement de leurs idiomes en s'inspirant des maîtres de la littérature en France et en Italie, sans subir aucune orientation officielle.
D’après ce qui précède. on peut constater l’existence indubitable dans cette partie de la Suisse, au temps de la formation intellectuelle de Cherbulliez, d’un centre d'influence française sinon par son ‘affinité sentimentale mais du moins par esprit. En somme si l’auteur des rubriques exprime bien ‘effectivement une opinion généralement admise parmi ses compatriotes, et il est sans doute probable qu’il le fait, la Suisse romande ayant échoué dans sa tentative de création d’une littérature franchement autonome se serait remise à l’école de la France. Le passage longuement cité plus haut semble comme un écho moderne du célèbre « Splendide Mendax.… » de nos auteurs de la Renaissance se tournant vers l'Italie pour lui ravir son bien... Le but d'interpréter une civilisation pour la faire servir à une autre même s’il était voué à l’insuccès est digne d’intérêt.
Sainte-Beuve au tome IT des Portraits contemporains dans l'édition de 1846 ‘ écrivait : « C’est une étrange situation, et à laquelle nous ne pensons guère, nous qui ne pensons volontiers qu’à nousmêmes, que celles de ces écrivains qui, sans être Français, écrivent en français aumême titre que nous, du droit de naissance, du droit