Leguay, pp
petite, jolie, condensée, et toujours la même unité en dépit de la diversité des sujets traités.
Cherbuliez, Valbert; Valbert, Cherbuliez : deux auteurs traitant des sujets bien différents, mais les traitant avec même langage, style identique reconnaissable à cette « simplicité savante, spirituelle... qui déroutait' ». Surtout déroutait-elle dans les sujets vraiment graves ou techniques : « C’est dans de pareils sujets » (voyages de Brazza, de Stanley, etc.) « surtout qu’apparait un peu trop coquet et apprêté le style de Valbert. Il ne veut perdre aucune de ses grâces même en accompagnant des Allemands dans les oasis de la Tripolitaine ou dans les forêts du Brésil. On croit toujours entendre Fontenelle expliquer à une marquise lastronomie : « Les autres mondes vous rendent celui-ci petit; mais ils ne vous gâtent pas de beaux yeux ou une belle bouche ; cela vaut toujours son prix, en dépit de tous les mondes possibles. C'est une étrange chose que l'amour, répondit-elle en riant, il se sauve de tout, et il n’y a point de système qui lui puisse faire du mal. Mais aussi parlez-moi franchement : votre système est-il bien vrai? Ne me déguisez-vous rien? Je vous y garderai le secret... C’est exactement le ton de Cherbuliez-Valbert? ».
Cet aimable persiflage, ce ton de causerie familière soutenu, est bien en effet la marque la plus facilement discernable du style de l’auteur. On lui a reproché cette persistance à aflecter letour primesautier, pensant sans doute que « ceux qui écrivent comme ils parlent écrivent mal », et que Cherbuliez écrivaient un peu trop comme il parlait. Il est vrai qu’il devait parler bien joliment, et telle fut en effet l’opinion de son entourage et de celle de ses amis célèbres comme Renan, Brunetière, qui ont noté le charme prenant de sa causerie.
Montesquieu jadis fut blâmé pour avoir donné à son Esprit des Lois le ton léger et badin qui fait à juste titre le succès des Lettres Persanes ; mais Voltaire qui, malgré la diversité étonnante de ses sujets, maintient le ton caustique et scintillant de son style si entièrement personnel, n’a pas été critiqué pour cela. Est-ce parce que celui-ci a été plus naturel que celui-là, ou est-ce simplement parce que l’étude de la loi, semblable à l'interprétation du dogme, devait Jusqu'à cette époque se faire dans un jargon rébarbatif, et que la rendre en langage clair s'était se rendre suspect d’irrévérence ?