Leguay, p
Nous ne saurions l’affirmer. Contentons-nous d’observer que de même que ces deux grands vulgarisateurs, ses parrains, Cherbuliez écrivit légèrement parce que tel était son tour d'esprit,
La partie proprement personnelle du style ne s’acquiert sans doute pas : «Il me semble qu’on a du style et qu’on n’en fait pas‘ ». Il est à présumer en effet que si le style est une expression du rythme émotionnel d’un individu, « un mouvement de l’âme, » comme disait Michelet*, ce rythme intérieur, émanation de la vie elle-même, l'essence de la personnalité de l’écrivain ne peut se remplacer. En littérature surtout, cette transposition des émotions est importante, car en littérature il est rare qu’on exprime la pensée pure, la pensée y est toujours soumise à quelque émotion.
Mais il est une partie technique du style susceptible de s’acquérir, de progresser, de s’améliorer ou de se perdre. C’est la connaissance du métier, celle sur laquelle les critiques sont généralement en mesure de porter un jugement assez sûr. Que dire du style appris de Cherbuliez ?
Marc Monnier, ami de notre auteur, fait dans la « Bibliothèque Universelle » la remarque suivante : Par droit de conquête, Victor Cherbuliez s’est annexé bien des styles divers, il ne se les est pas encore assimilés. »
Comme on pouvait s’y attendre, on a déclaré que le style de l'écrivain était médiocre parce qu'il ne possédait qu’une connaissance imparfaite du français. M" Amstel rapporte cette boutade de Francisque $Sarcey : « Comment, m'écriai-je, vous n’avez pas encore lu le dernier roman de Cherbuliez? Non, dit-il, vous savez bien que je ne comprends que le français; c’est une fâcheuse lacune dans mon éducation. »
E. Faguet, qui certes pouvait prétendre à posséder à fond notre langue, a dû entendre à maintes reprises semblables remarques méchantes; et il en fait justice en ces termes :... « C’est ce qui induit certains chroniqueurs, qui prennent Thespis pour une déesse et mettent un solécisme dans chaque versde leurs drames, à assurer qu'il faudrait apprendre le français à Cherbuliez, lequel ne sait que le suisse ». Et il conclut : « Ces choses-là sont toujours divertissantes ».
L. Ducros* nous semble assez près de la vérité quand il déclare