‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 57 sur 298 · Comte Ghislain, p · texte numérisé non relu

Comte Ghislain, p

Signalons encore, comme dans le Cid, le procédé de la pitié employée comme moyen de révéler à l’amante inflexible l'étendue de sa passion et de son devoir :

«Elle pousse un cri... Défiguré, aveugle! Ah, mon Dieu ! aveugle ! Allez lui dire bien vite que je suis à lui, que je veux être sa femme !, »

« Figurez-vous qu’Albert est allé se promener au bois, que son cheval s’est emporté, s’est abattu et que le cavalier a été tué sur le coup?. »

Du mystère rappelant fort les escaliers dérobés et les grandes aventures dans la manière d'Alexandre Dumas père se rencontre souvent :

«Minuit sonnait... une voix murmura : « Par ici... » une main saisit la mienne. »

L'homme mécontent parce que son bonheur lui vient trop facilement et même sans lutte concrétise un procédé très rituel de presque chaque roman de Cherbuliez. Très caractéristique aussi lemportement de l’amoureux peu sage, dont l'importance excessive accentue beaucoup trop le type simplifié de marionnette, et cela encore dans la plus vraie tradition romantique, celle du jeune homme qui ne représente plus qu’une passion devant laquelle tout se trouve étrangement rapetissé :

« J'espère, m'écriai-je avec un rugissemeni, que vous venez m’annoncer qu'elle est morte*. »

Ces colères olympiennes fréquentes chez les personnages impétueux de ses romans, et dénotant un moi tout de sensations, sont bien des procédés romantiques.

Comme moyen mécanique, conscient ou non, du style de Cherbuliez, il convient de noter la phrase à trois temps, généralement descriptive d'états d’âme après une crise, une sorte de rythme ternaire :

« Elle prouvait à cette heure qu’on peut décroire sans avoir cru, qu'on

peut se réveiller sans avoir dormi et rêvé, qu'on peut désespérer sans avoir eu d'espérance . »

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