‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 60 sur 298 · Après Fortune Faite, p · texte numérisé non relu

Après Fortune Faite, p

. Comte Kostia, p. 334.

. Apépi. p. 72. à

« Elle avait une robe écossaise à carreaux blancs, verts et rouges, une casaque en velours garnie de ruches et d’effilés et serrée à la taille par une ceinture. Les brides de son chapeau étaient en velours brodé de dentelles et terminées par des bouts de satin pareils à sa robe !. »

« Les écrivains réalistes », a dit Sainte-Beuve, « ont le défaut de rechercher peut-être outre mesure la vérité?. Exagérez cette tendance vers le bizarre et vous aurez un des procédés du symbolisme :

« Comme la lune est pâle ! On dirait une tête coupée ! * » Laissez-la s'égarer vers le général et vous obtiendrez une méthode du style romantique :

« Ses gros yeux ronds qui ressemblent à des juges d'instruction *. »

Et dans l’un comme dans l’autre cas c’est eneore Balzac, Balzac toujours, ou, si l’on veut, Hugo, dans ce réalisme rapporté à la mesure humaine :

« Il se souvint d’un panneau de boiïserie contre lequel était venue s’abattre une bouteille; il y était resté une grande tache de vin qui ressemblait à un visage. »

C’est là du réalisme, certes ; mais dans cette identité le terme important est le moins concret, le plus universellement intéressant : l'image de l’homme. Ce réalisme s’apparente donc très nettement à l'idéal classique des Grecs qui avaient pris l'espèce humaine comme terme de comparaison en tout. Moyen par conséquent légitime chez un auteur préoccupé surtout d'idéalisme.

L'humble fait qui ramène aux grandes entités, c’est là sa marque ; et sur cette route il ne croyait guère se fourvoyer, car il y voyait d’illustres et vénérés devanciers :

« On raconte que Gœthe passa deux heures à contempler un joli petit caillou blanc*. »

Le style balzacien est à notre avis supérieur lorsqu'il anime la phrase et la rend propre à une pensée. Cela constitue les « mots

. Aventure de Stanislas Bolski, p.256.

. Nouveaux Lundis, II, p. 14.

. Revanche de Joseph Noirel, p. 289.

. Paule Méré. p. 41.

. Samuel Brohl et Cie, p. 102.

. Prosper Randoce, p. 268.

profonds » de Balzac. Cherbuliez sait quelquefois en trouver de semblables :

« Il faut attendre jusqu’à demain. On ne voit les taches que de jour *. »

« Je fermais les yeux par un mouvement de cette haine instinctive pour la lumière qu’a ressentie quiconque a souffert?. »

« C’est le métier des enfants de dépouiller les pères”. »

« Le cœur était atteint, mais ce fut l'orgueil qui tint la plume *. »

Insistons toutefois sur un point: l'exactitude du détail observé par Cherbuliez n’est pas à proprement parler l'indice ou la preuve du réalisme véritable. Des centaines de détails techniques ne feront pas que tel ou tel livre de l’auteur (Noires et Rouges, par exemple,

le plus typique de tous à cetégard) puisse oudoive se rattacher à ce genre, c’est-à-dire se conformer à ses règles essentielles. Dans le roman réaliste nous voyons une nouvelle loi littéraire s’établir, un nouveau règne qui commence. De même que le système de Newton déplace le centre d’attraction de l'Univers et relègue la terre en quelque obscur canton du firmament, de même le roman réaliste enlève à l'homme sa place prépondérante et en fait la machine destinée à réagir dans le domaine des idées suivant l’hérédité, le milieu, la profession. Le roman réaliste est ainsi décentralisé, désaxé si l’on peut dire ; et si forte que soit la charpente, l’unité n’y est plus aussi apparente que dans le roman pychologique proprement dit. Ce manque d'unité a cependant pour corollaire immédiat la nécessité de peindre une fresque, de voir en grand, comme l’a innové Balzac, de créer des séries de « sagas » comme le pratiquent les modernes, car il faut un ensemble, et ces œuvres immenses ont besoin d’être éclairées sur plusieurs plans pour paraître intelligibles. Le volume de deux ou trois cents pages cesse désormais d’être l'unité parce qu’un seul individu n’en est plus le cosmos, n’y peut plus suffire. Cherbuliez, lui, est trop préoccupé de l'Homme (n'est-il pas après tout philosophe-psychologue) pour suivre cet exemple, et cela d'autant plus que les procédés crus et souvent charlatanesques de l’école en vogue exaspèrent sa sensibilité d’ « homme d'Alexandrie ».

« Boileau disait : Ce ne sont que festons, ce ne sont qu'astragales. Aujourd'hui on pourrait quelquefois dire : Ce ne sont que viscèresf. »

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