Bon lettré aussi, il édita l'œuvre de Tôpffer
empreinte sur l'enfant, notamment l'oncle Joël qui s’intéressa particulièrement aux débuts littéraires de son neveu.
Guidé par ces robustes et saines influences familiales, l'esprit de notre auteur se développa sans heurt ni contrainte.
Des influences extérieures exercées sur lui durant sa première période de croissance, la plus importante, et qui a été notée par tous ses biographes, a été sans contredit celle de Tôpffer.
Il l’eut comme professeur de belles-lettres au Gymnase où se firent ses premières études. On n’a pas été sans remarquer les ressemblances frappantes qui existent dans les styles de ces deux auteurs. Les idées que le professeur se plaisait à discuter avec ses élèves, et en particulier sans doute avec le jeune Victor pour qui il s'était pris d'amitié’, durent aussi avoir leur influence sur l’auteur des Causeries athéniennes et de l'Art et la nature. L'auteur des Réflexions et Menus propos d'un peintre genevois se posait sur limitation de la nature par l’art quelques-uns des problèmes qu'examinera plus tard Cherbuliez. Quand il entendit pour la première fois Tôpffer, en 1843° probablement, celui-ci était déjà célèbre et son nom bien connu en France. Il avait été introduit par Xavier de Maistre avec lequel il n’est pas sans quelques rapports. Que l’admiration que tout enfant peut avoir pour une célébrité au contact de laquelle il se trouve ait conduit Cherbuliez à se modeler sur son maître et à désirer devenir plus tard lui aussi un écrivain, cela nous semble assez probable. Que Tôpffer ait accompli œuvre solide et durable en guidant son jeune disciple, cela est incontestable :
« Tôpffer enseigne la rhétorique à l'Académie et forme des élèves qui lui feront honneur, M. Victor Cherbuliez par exemple »°.
Une autre grande influence est à noter également, influence si profonde qu’elle persistera pendant toute la vie du romancierpublisciste, celle du grand maître de la pensée claire et familiale du xvin® siècle :
« Il eut aussi un autre maître : ce fut Voltaire, qu’il découvrit à cette époque, et dont il s’enivra »*.
4. « Le charmant et original Tôpffer prit son élève en amitié »; Revue des Deux Mondes, E. Montégut, 15 mai 1867.
2. 11 entra à l'Académie à l'âge de quatorze ans « dans l'auditoire de belleslettres ».
3. Histoire littéraire de la Suisse française, 1889, P. Godet.