‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 8 sur 298 · Buloz él ses amis, Mw Pailleron · texte numérisé non relu

Buloz él ses amis, Mw Pailleron

__ Lorsque Cherbuliez quitta le Gymnase pour entrer. Pa Pope RE EU RENDUE Abe à SC ER de Genève, Tôpffer était déjà mort depuis un an. = Cest vers cette époque (1847) que nous voulons

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la deuxième phase de la formation de Cherbuliez.

Études à Genève. — Lorsque Cherbuliez entra à l’Université, les programmes d’études devaient être régis d’après l’article 31 du règlement de 1835 et Les articles 38 et 71 de la loi de 1848 où s’est trouvé incorporé par la suite, sans discrimination documentaire l’article 7 du règlement de 1858.

Voici ce que donnent les tableaux publiés par Amiel et Bouvier, en 1878, pour l'Enseignement supérieur à Genève à la faculté des lettres.

1835. — (Règlement, art. 31).

Enseignement préparatoire (trois ans). Littérature grecque. Littérature latine. Antiquités grecques et romaines. Rhétorique, belleslettres générales. Histoire générale.

Enseignement de faculté (deux ans).

Littérature classique. Histoire et critique des littératures grecque et latine. Histoire comparée des littératures françaises, anciennes et étrangères. Esthétique. Archéologie générale. Histoire.

6 Chaires.

I. Grec dans les deux divisions. IT. Latin dans les deux divisions. III. Antiquités, archéologie. IV. Histoire. V. Rhétorique. VI. Luttérature comparée, Esthétique.

Section littéraire de la faculté des Sciences et des Lettres.

Loi de 1848, art. 38.

Littérature grecque. Littérature latine. Archéologie. Littérature française. Histoire comparée des littératures anciennes et modernes.

Histoire. Esthétique. Histoire de la philosophie. Philosophie sociale. Philosophie morale. Hébreu.

1848 (Loi, art. 11), et 1858, Règlement (art. 7)

I. Littérature ancienne et archéologie. — II. Histoire comparée de la Littérature française et des autres littératures modernes. — III. Esthétique et littérature française (Belles-Lettres générales). — IV. Histoire. — V. Philosophie générale. Histoire de la philosophie ancienne et moderne. — VI. Économie polilique, Histoire des sciences sociales et morales.

À défaut d'indication plus précise, on pourrait presque prétendre que l’ensemble de ce programme a égalementintéressé Victor Cherbuliez puisque toutes les sciences et connaissances, qui eurent chez lui ce programme comme point de départ ou pour base, se trouvent tour à tour traitées ou reprises dans ses œuvres et dans ses conférences.

Le jeune étudiant fut certainement en mesure d’y accroître le cercle de ses connaissances et d'y acquérir cette érudition et cette tournure d’esprit encyclopédique que lon a si souvent signalées chez lui. Jusqu’à quel point ses études furent poussées ou du moins étendues est assez bien montré par ce détail : qu’il ne lui fut permis de quitter l’Université de Genève qu'après avoir passé trois ans à la Faculté des sciences, stage exigé par son père qui désirait que le futur homme de lettres fût bon mathématicien, et qu’il étudiât même le calcul infinitésimal.

Si on tient compte des études poursuivies ultérieurement par lui tant à Bonn qu’à Berlin et qu’à Paris, on concevra à quel degré sa longue préparation et son contact prolongé avec l’élite intellectuelle de trois pays ont dû contribuer au développement de son esprit dans sa période plastique.

Ernest Renan qui reçut Victor Cherbuliez à l’Académie Française, parlant de la jeunesse du récipiendaire a dit :

« Votre éducation supérieure dura plus de douze ans. Cette période où le talent se forme, et où l'essentiel est de pouvoir attendre en toute liberté l'heure de la maturité, se continua pour vous jusqu'à trente ans ».

Si nous ne pouvons qu'indiquer la nature des cours que suivit l'étudiant, nous pouvons du moins déterminer dans une certaine mesure ses réactions probables à l’endroit de quelques professeurs avec lesquels il lui fut donné de se rencontrer. En effet, pendant la période de présence de Victor Cherbuliez à l’Université de Genève,

les professeurs à la Faculté des Lettres furent: Amiel, pour la Philosophie, la Littérature française et l’Esthétique; André Cherbuliez, pour les Langues et Littératures anciennes et l’archéologie ; Albert Richard, pour les Littératures modernes et les Littératures eomparées ; E.-H. Gaullieur pour l'Histoire.

Des deux derniers nommés Cherbuliez n’a pas à notre connaissance fait mention. Toutefois, il est possible que ce soit dès cette époque que son enthousiasme pour les chefs-d’œuvre étrangers se soit manifesté. Caldéron, Shakespeare, il les a lus et s’en est pénétré. Il a affirmé quelque part relire chaque année « son vieil ami Fielding » ; Gœthe a toujours été pour lui une source d’inspiration et une idole.

De l’histoire, hors les grandes routes déjà frayées, celle d’Oderic Vital par exemple, il s’est montré passionné'. Plus tard, il a su intelligemment en appliquer les données et les lois dans ses enquêtes sur l'Allemagne et sur l'Espagne. Peut-être l’éclosion de ces intérêts multiples est-elle due à ces deux professeurs passés sous silence ? Qui le dira ?

Ce qui l’intéressait le plus vivement cependant au dire de ceux qui reçurent ses confidences à cette époque et plus tard (E. Montégut entre autres *), c'était la philosophie. Nous renvoyons au chapitre où est traité le développement de sa formation dans cette branche pour plus amples détails sur ce que nous estimons être la première manifestation vraiment énergique de sa personnalité active, une opposition très nette contre un professeur (non désigné). Ce dernier avait voulu faire de lui un disciple de Reid et de sa philosophie introduite sur le continent par Royer-Collard et dont s’était enchantée la génération précédente. C'était là une raison suffisante pour que la doctrine ne plût ni à lui ni à ses camarades. Par esprit de contradiction ou pour d’autres raisons Cherbuliez se consacra avec ardeur à l’étude d’Aristote et de Kant. Non sans profit.

Qu'il nous soit permis de citer ce qu'il écrivait en 1848 à M. F. Abauzit, son ami d'enfance : « Pendant que vous nagez dans la philosophie de l’Absolu, je me plonge dans l’Organon. Je vous jure que ce n’est pas chose facile que de labourer ces grandes pages serrées de l'édition de Becker... J’en suis au milieu des Secondes Analytiques. On est du reste bien récompensé de cette peine : au milieu de la dissection du syllogisme on rencontre des oasis méta-

1. C'est l'histoire qu’il désirera ultérieurement enseigner à l’Académie. 9, Revue des Deux Mondes; 1867. E. Montégut.

physiques dont la physionomie n’est pas différente de celle de votre Hegel. »

Pour ce Hegel qu’il semblait déjà un peu connaître, il devait par la suite se passionner à son tour, suivant en cela la pente de son esprit et obéissant à l'impulsion que subissaient la plupart des jeunes gens de sa génération.

L'influence d’Amiel sur Cherbuliez à cette époque est contestable. Il est très probable que contrairement à ce qui s'était passé dans le cas de Tôpffer, il y eut en dehors des cours peu de contact entre le maître et l’élève. Nous savons, en effet, par les relations d'Amiel lui-même sur son temps d’études dans les universités allemandes que l'intimité et, pour ainsi dire, la camaraderie entre professeurs et élèves de ces universités l'avait vivement choqué. Mais cela ne l'empêche pas plus tard d'avoir manifesté une grande admiration (tempérée d’ailleurs d’une certaine méfiance) pour Victor Cherbuliez, conférencier et écrivain.

Nous avons cité ailleurs l’opinion d’Amiel sur Cherbuliez. Voici quelques détails qui aideront à montrer que la personnalité de ce dernier n’avait pas tardé à s'accuser pleinement : « Amiel connaissait de longue date Victor Cherbuliez. Au cours de ses études à l’étranger, celui-ci revenait pendant les vacances toucher barre à Genève. C’est ainsi qu'à la date du 23 août 1852, Amiel pouvait noter dans son Journal une visite qu'il avait reçue de celui-ci accompagné de Marc Monnier. Après avoir discouru de l’Allemagne, où Cherbuliez allait étudier, de Molière, de Shakespeare et du style des écrivains français, ils avaient joué aux boules. Amiel qui n'oublie rien, note même que Cherbuliez gagna. Ce jeune homme de vingt-trois ans, au teint « rose », à l’œil « doux et fin », au front « haut et méditatif », à la bouche « malicieuse » mit un peu mal à l’aise le professeur Amiel qui avait plus de trente ans et une position officielle. C’est qu'il reconnaissait en lui un type d'homme tout différent du sien, que la méditation intérieure ne paralysait point et qui devait produire un jour avec une facilité allègre et dans la joie. Marc Monnier et Victor Cherbuliez partis, il écrivait dans son Journal : « Ces deux gars si bien doués, si pleins d’entrain, de zèle, d'espérance m'ont rendu mélancolique. D'ailleurs, je n’ai jamais été familier avec Victor; il est trop réservé, trop circonspect et trop malin pour cela. Une pensée involontaire me poursuivait"... »

4. Henri-Frédéric Amiel; Fragment d'un journal intime (éd. Bernard Bouvier) ; Genève-Paris, 3 volumes in-8, t. I, p. 81.

Une autre influence directe dont il est juste de réduire également l'importance pour cette époque du moins est celle d’E. Schérer. Il est, en effet, possible que Schérer ait été l’ami de la famille Cherbuliez à Genève. Mais ayant perdu la foi, il quitta Genève pour Strasbourg en 1850, alors que Victor n'avait pas vingt ans et que lui, Schérer, était de dix-sept ans plus âgé. Ce qui ne l’a pas empêché plus tard de se réjouir du succès du jeune homme tout en émettant des doutes sur sa vocation de romancier. Il l’avait cru fait pour embrasser une carrière plus sérieuse, persuadé qu’il avait en lui l'étotfe d’un vrai philosophe. On peut sans doute en inférer que Schérer, lié à l'ex-pasteur André Cherbuliez dont il dépassa bientôt l'esprit de tolérance religieuse, contribua à développer chez son fils les tendances assez marquées au septicisme qui l'ont ultérieurement caractérisé. Mais ce n’est là qu’une hypothèse.

Schérer exerça-t-il à quelque degré une influence sur la formation à proprement parler philosophique du jeune homme ?

Est-ce lui qui l’a, par exemple, directement incité à aller recueillir en Allemagne les préceptes de la pensée hégélienne tels que l’exposaient alors Les disciples du maître qui était aussi le sien? « Allez en Allemagne, l'Allemagne seule vous creusera », avait-il déclaré *.

« Schérer était avant tout un moraliste » (de même que Cherbuliez plus tard) qui depuis vingt ans tenait son âme en observa- LEO

Il comprenait qu’Amiel se cramponnât à la foi comme à la planche du salut. Quant à lui, disciple de Spinoza et de Hegel, il allait où la vérité le menait. Il ne pensait pas qu'il y eut d’autre vérité que le fait. Or comme :ül l’a dit lui-même : Hegel nous a enseigné le respect et l’intelligence des faits’ »

Cherbuliez a-t-il écouté la voix désabusée de celui qui, en 1849, avait renoncé à sa chaire à l’École libre de théologie de Genève et s’était volontairement exilé? C’est possible, mais il convient aussi de se rappeler qu'à cette époque l’hégélianisme était à la mode un peu partout.

Parmi les caractéristiques dominantes de Cherbuliez, celle qui s’est manifestée déjà en son entier dès ce temps et s’est conservée intégralement sa vie durant, c'esi la réserve. Amiel pourtant peu communicatif lui-même avait, comme nous venons de le voir, noté ce trait. D’autres l’ont indiqué également :

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