Samuel Brohl et Cie, p
Les nomenclatures écrasantes, surtout celle qui nous surprennent en flagrant délit d’ignorance, abondent :
« .… Des savants comme Tassone, Martelli, La Pigna, Antonio Montecatino, des jurisconsultes comme Laderchi, d’Immola, des poètes comme Guarini, l’auteur de Pastor Fido, un philosophe tel que Patrizzi, le dernier des platoniciens, des peintres dignes successeurs des frères Dossi, des architectes tels que Pirro Ligorio...t »
« … Les Ficin, les Pic de la Morandole, les Bessarion, les Pomponace, les Cardan, les Patrizzi... les commentateurs du Torquato... depuis le Manso jusqu’à Guiseppe Caterbi...? »
Des énumérations de livres hétéroclites nous suggèrent le fidèle
des vieilles bibliothèques à la recherche d'éditions rares ou curieuses :
« Les œuvres complètes de Paracelse, une grammaire zend, un tome dépareillé de la Bibliothèque historique de la France du Père Lelong, la Bibliotheca media et infimæ latinitatis.…, de Fabricius, les œuvres de Musset... »
ou encore :
« Vattel y coudoyait Rayneval, Grotius s’y étalait nez à nez ou dos à dos avec Pufendorf et Burlamaqui... le manuel diplomatique de Martens“ »
Cet amour pour les vieux livres fait penser à Anatole France :
« Comme Anatole France, dans la bibliothèque de Sylvestre Bonnard, faisait danser les souris devant les Acta Santorum des doctes Bollandistes, Cherbuliez aime à jeter dans son récit les titres d'ouvrages savants, dont l’apparition inattendue fait sourire... Les lecteurs d’Anatole France, ont dû se recruter parmi ceux de Cherbuliezÿ. »
Cette ressemblance avec l’auteur de Thaïs a été remarquée par d’autres, Albert Thibaudet par exemple :
« Cherbuliez a été, sur un plan modeste, une manière d’Anatole France genevois... Né parmi les livres, il à toujours gardé, comme le liseur du Quai Malaquais, un pli livresque‘. »
Cette prodigieuse assimilation de connaissance utile ou non, prises dans toutes les branches des sciences, des lettres et des arts,
. Le Prince Vitale, p. 155.
. Id., p. 48.
. Le Comte Kostia, p 257.
. Le Fiancé de Mademoiselle de Saint-Maur, p. 120.
. Leguay, p. 52.
. Le Centenaire de Victor Cherbuliez, À. Thibaudet, Candide, 30 mai 1929,
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invite tout naturellement à un parallèle entre lui et Balzac ou Flaubert. Qu'il s’agisse de l’histoire, Cherbuliez connaît tout ce que l'historien doit savoir. Il montre ce personnage occupé à étudier « pendant le moyen âge les établissements des Slaves dans l'empire bizantin..…. question souvent débattue dans ces derniers temps * ». On sait presque gré au romancier de ne pas nous faire un cours complet sur ces questions inconnues du grand public et que sans cesse il amorce :
« Mais à quel propos, monsieur, persistéz-vous à croire que selon Constantin Porphyrogénète toute la Grèce devint slave au vin siècle ? J'ai là-dessus de nouvelles objections à vous présenter. Et d’abord ce fameux Copronyme dont il parle? »
La documentation historique de Cherbuliez a été souventes fois commentée.
Cherbuliez s’est intéressé à la philosophie en action. Semblable en cela à de Bonald et à Joseph de Maistre, il « les suit sur le terrain de l’histoire. Il connaissait bien le moyen âge, l’ayant étudié pour son cours sur la Chevalerie. Il avait lu très attentivement Ordéric Vital, et ce qu’il écrit de ce vieux chroniqueur, « le Plutarque normand du xu° siècle » est exact à la fois et charmant. Un spécialiste des études sur l’histoire du droit, M. Esmein, n’a pas craint d’alléguer, dans un manuel d'enseignement supérieur, l’autorité de ce romancier* ».
Que la compétence de Cherbuliez, historien philosophe habile à reconnaître les symptômes de fébricité et d’agitation prochaine d’un pays, ait été admise de son vivant même, ne saurait être mis en doute. Le choix qui se porta sur lui lorsque La Revue des Deux Mondes désirait enquêter en Allemagne et en Espagne le prouve assez. Qu'il ait été véritablement historien, c’est-à-dire qu'il ait su prédire l’avenir en interprétant le présent en terme du passé, cela on ne saurait le contester. Non seulement la documentation la plus rigoureuse, mais la connaissance intime des peuples allemands dont il parlait parfaitement la langue, donnait au livre que Cherbuliez écrivit sur l'Allemagne un tour quasi prophétique :
« L'ouvrage se lit avec un très grand intérêt d’un bout à l’autre. Il semblerait & priori qu'il en devrait être autrement, puisqu'il traite de