Edmond Schérer par Octave Gréard, Hachette
« Très discret, jamais il n'a parlé de lui-même. Nous ne pourrons lire de sa main des souvenirs d'enfance et de jeunesse : ils eussent été charmants. Peut-être a-t-il rédigé pendant quelque temps, comme son père, un journal intime : c’était une habitude bien genevoise et qu'Amiel avait poussé jusqu’à la manie. Mais en l’absence de tout document, il faut reconnaître avec Eugène Ritter, que sa vie présente une certaine obscurité ‘ ».
Nous avouons pour notre part que bien des fois notre enquête sur l’auteur s’en est trouvée fâcheusement ralentie. C’est ainsi que certaines phases de la vie de Cherbuliez nous demeurent inconnues, notamment celles généralement faciles à déterminer : ses amitiés de jeunesse. :
Nous possédons certes quelques noms, et entre autres celui de Marc Monnier pour qui Cherbuliez a manifesté quelque admiration non entièrement payée de retour d’ailleurs, avec lequel il devait se lier ultérieurement, surtout pendant leur séjour commun en Allemagne.
Nous pensons que Cherbuliez dut pendant sa vie d'étudiant être facilement influençable, sensible avant tout à ce qui revêtait les formes de la noblesse et de la beauté : M Van Amstel nous le décrit ainsi tel que le lui ont fait connaître ceux qui ont vécu avec lui au temps de sa jeunesse : « emballé à première vue pour la beauté sous toutes ses formes, romanesque, tendre et fidèle?. »
La personnalité morale de l’homme tel que le jugeront plus tard tous ceux qui l’approcheront dans son âge mûr s’annonçait déjà presque complète.
Professorats, conférences. — En 1859, Cherbuliez était de retour à Genève qu’il avait quittée pour la première fois dix ans auparavant”. L'ère des études et des voyages était close. Ce garçon de trente ans, jeune marié, devait songer à se créer une carrière, se trouver à tout le moins un gagne-pain. Si tant il est vrai que le métier d'écrivain auquel il avait autrefois rêvé lui tint encore à cœur, force lui était d'attendre l’heure favorable et dans l’intervalle de travailler.
Il paraît que « le futur romancier commença par donner des leçons particulières que les siens, assez difficilement, surent lui