Semaine lilléraire, du 8 juillet 1899 (Philippe Godet
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ment instinctif et dans tout sentiment il fait intervenir la volonté pour une très grande part. »
« Quel était pour lui le point fixe? 11 l’a indiqué dans Après Fortune Faite : il lui parut clair, évident, que les volontés ont leurs lois comme les planètes et les plantes; que si jamais il préférait quelque chose à sa propre estime, il aurait perdu son âme, il serait un autre homme, un inconnu qu'il ne souhaiterait pas de connaître ?. »
Sa prédilection pour la volonté agissante, un autre critique, Paul Sirven, l’a soulignée encore :
« Parmi ses tendances, … il y a une pente très marquée à admirer et à traduire les diverses manifestations de l'énergie”. »
C’est donc par l’étude de la volonté, de l'énergie, qui semble avoir particulièrement intéressé Cherbuliez que nous commencerons.
Il y a en effet dans chacun de ses romans au moins un personnage dont la volonté est au-dessus de la moyenne et qui est comme la concrétisation de l’idée que l'écrivain a voulu faire vivre. Grâce à cette étude peut-être parviendrons-nous à isoler de la sorte les Idées-Mères ou idées fortes qui constituent le fond de-la psychologie de Cherbuliez.
Et d’abord il a conçu la Volonté comme une force presque indépendante de nous-mêmes :
« ILest aussi absurde de se fâcher contre les hommes que contre les choses. Les choses nous résistent, nous gênent et nous oppriment, elles ne sauraient nous offenser; elles ne nous voient pas... Les volontés humaines sont des forces de la nature, brutales et aveugles. Il faut lutter contre elles sans passion, comme on lutte avec l’eau et le feu‘. »
« Il lui parut clair, évident, queles volontés ont leurs lois comme les planètes et les plantes *. »
« Chacun de nous a ses tics, et il nous est fort désagréable qu’on nous le fasse remarquer. Peut-être notre orgueilleuse volonté constate-t-elle avec chagrin qu’il se passe en nous des choses involontaires, qu’il y a toute une partie de notre vie qui ne lui appartient
pas‘. »
. Faguet, Discours de réception, 1901.
. Semaine Lilléraire, juillet 1899 (Ph. Godet).
. Portraits contemporains, Revue Bleue, 1893 (Paul Sirven). . Prosper Randoce, p. 258.
. Semaine littéraire, juillet 4899. (P. Godet).
. La Ferme du Choquard, p. 57.
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« Quand on ne se résiste pas on s’aide et m’est avis que notre volonté n’étant jamais neutre, elle est secrètement complice des faiblesses qu’elle ne combat pas”. »
Cherbuliez insiste sur la force-unité qu’est la volonté de l’homme. On peut sans doute présumer qu’elle est identique avec l’élan vital mis à la mode par Bergson :
« L'homme qui vient d'imposer à sa volonté un coûteux sacrifice croit découvrir au fond de son être quelque chose qu le dépasse”. »
Est-ce Jean-Jacques, qui a écrit à un jeune homme : « L'homme n’est point fait pour méditer mais pour agir, » que Cherbuliez doit cette pensée d’un dynanisme profond, pour ainsi dire organique?
C’est du moins lui qui le cite. C’est dans ce sens qu’il faut le comprendre sans doute : « On ne fait rien de bon dans ce monde sans une secrète joie d’être et d'agir”. »
A l'en croire, la volonté potentielle, l’appel à agir et à créer, est comme un devoir intérieur des plus impérieux et ne s’y dérobe pas qui veut (sciemment) : « N’as-tu pas remarqué que lorsqu'on a pris un parti on est impatient de mettre un événement entre sa volonté et soi‘? »
Pour lui l’homme n’est homme que s’il possède une volonté car : « c'est la volonté qui est tout l’homme *. »
Et encore : « Vouloir est le plaisir des Dieux. L'homme qui rêve se rapproche des végétaux ‘. »
Et enfin : « Tu es homme, tu sais vouloir, tout est là’. »
Mais la volonté, ou la velléité d'agir ne mène pas à grand’chose si elle demeure dans le domaine de l’inconnaissable et ne se révèle que de temps en temps. Posséder sa volonté et ne pas être possédé par elle voilà qui est admirable, et cela s’appelle avoir du caractère; et cela revient à dire qu'on a appris à discipliner cette force pour ainsi dire étrangère et dangereuse qui est en soi.
« Qu'est-ce donc que le caractère chez la plupart des hommes?
Voltaire l’a dit : des impressions dominantes qui s’altèrent chaque jour selon qu’on a mal dormi ou mal digéré; mais sur vingt mille
. Le Roman d'une Honnéte Femme, p. 134
. Le Fiancé de Mademoiselle Saint-Maur, p.173. Prosper Randoce, p. 88.
. Le Grand Œuvre, p, 246.
. Samuel Brohl et Cie, p. 109.
. Le Fiancé de Mademoiselle de Saint-Maur, p. 200,