‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 87 sur 298 · L'Idée de Jean Téterol, p · texte numérisé non relu

L'Idée de Jean Téterol, p

9, Prosper Randoce, p. 5.

« Qu'on ne fait rien qui vaille dans ce monde sans un profond mépris pour la volonté des autres‘... » et « Qu'il ÿ aura toujours deux espèces d'hommes : les marteaux et les enclumes”. »

Le caractère selon Cherbuliez exclut dans une certaine mesure le sentiment. Par exemple une de ses héroïnes, assez cornélienne d’allure, dit à quelqu'un qui s'apitoie sur ses malheurs :

« Il est faux que je sois très malheureuse, cela n’est pas dans mes moyens” ,» Car le caractère ne se nourrit que de grandes passions et : « les grandes passions nous affranchissent des petites*. »

Les deux héroïnes de Cherbuliez les plus vivantes : Aleth Guépie et Méta Holdenis, l’une française, l’autre allemande sont de la race de ces femmes à caractère vraiment fort. Une fois leur décision prise, elle vont de l’avant et advienne que pourra :

« Quand on a du caractère, une fois résigné à l'inévitable, au lieu d’atermoyer, de réclamer des sursis on n’a que le désir de hâter le dénouement. » C’est que l’acte ébauché est déjà chez les forts beaucoup plus qu’une promesse d’accomplissement; c’est la première phase d’un mouvement qui a été déclenché et qui doit se poursuivre jusqu’à épuisement complet. On sent que le reste avec toutes ses conséquences n’est plus qu’une affaire de simple automatisme, que la question des responsabilités ne compte plus :

« Rien ne donne plus de calme dans les grandes crises que la résolution d’agir°. »

Il existe en cela malgré tout quelque chose d’implacable, de sinistre et de fatal, car le rappel n’est plus possible : « Une fois accomplis, nos actes sont nos maîtres”. »

L’acte volontaire libéré par un effet du caractère semble dans la philosophie de Cherbuliez posséder cette nature irrévocable dès qu’il a commencé. C’est bien cette même idée encore qui s'offre à nous dans les deux exemples suivants à forme d’épigramme : « Je n'ai jamais pu souflrir les ratures, ni dans les lettres, ni dans la vie”. » « Quand on veut se tuer... on se tue°! »

. Miss Rovel, p. 353.

. Le Grand Œuvre, p. 167.

. Miss Rovel, p. 133.

. La Ferme du Choquard, p. 82.

. Id., p. 165.

. Une Gageure, p. 32.

. La Vocation du Comte Ghislain, p. 481.

. Paule Méré, p. 214.

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Cherbuliez admire le caractère, ce n’est pas douteux. Il a l'air de le placer à mi-chemin entre la volonté organique et inconsciente et la volonté raisonneuse qui souvent n’aboutit pas.

C'est, d’après lui, comme un rythme vigoureux de vie grâce auquel l'individu lorsqu'il se sent surmené, excédé, épuisé même, retrouve un renouveau, une source jamais farie d’actions qui surprennent et font s’émerveiller les gens : « il n’est rien de tel que les figures à caractère pour se renouveler sans cesse; ce sont des boîtes a surprise ‘. >

Mais il y a dans la volonté des degrés divers, ainsi d’ailleurs que dans sa manifestation la plus tangible, le caractère. Cherbuliez aime à parler de ceux qu’il appelle des demi-volontés, ou encore « des volontés flottantes, des caractères équivoques et des consciences subtiles”... », de ceux qui biaisent avec leur devoir et se réfugient dans les opinions toutes faites, dans les partis-pris.… « qui sont le cachot de la volonté qui n’en peut sortir”. »

Plaintivement ils Inierrogent : : & Fait-on jamais ce qu’on veut‘? »

« Sait-on jamais ce qu’on veut savoir ”?. »

« L'homme (chez lequel la volonté n’a pas été disciplinée s’entend) ne sait guère ce qu'il désire, il a bien de la peine à se reconnaître dans les incohérences de sa volonté®. »

Pour ces natures réfractaires et rebelles à recevoir les convictions simples et fortes, le seul recours est l'habitude qui n’est à tout prendre qu’une sorte de volonté artificiellement greflée, et sur l'habitude il fait cette observation : « Quelle étrange chose que l’habitude! C’est le seul esclavage dont on finit par se faire une amitié”. »

Cette servitude aveugle est plus facile à l’homme que l’obéissance qui raisonne*. » Qu’elle est nombreuse cette catégorie « d’esprits naturellement dressés qui s’apprivoisent bientôt avec la vie! La première fois qu’elle les appelle en sifflant, ils tressaillent, ils ont reconnu leur maître *. » Mais «il en est d’autres, » les cérébraux,

. Id., p. 271.

. Samuel Brohl et Cie, p. 87.

. Méta Holdenis, p.11.

. Le Fiancé de Mademoiselle de Saint-Maur, p. 168, . Olivier Maugant, p. 282.

L'Idée de Jean Téterol, p. 308.

. Paule Méré, p. 282.

. Le Fiancé de Mademoiselle de Saint-Maur, p. 1.

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les intellectuels, « qui sont pleins d’objections et qui chicanent l'existence sur tout ce qu’elle leur propose !. » On peut souvent dire d'eux « qu’ils ont tué leur avenir à force de le discuter”. »

Chez ces Hamlets en miniature « la réflexion est la mort de la volonté’ » Et puis il y a également les sensitifs dont la décision se trouve généralement paralysée par l’acuité trop vive de leurs sensations : « Les timides, dit Cherbuliez, ont beaucoup de petites perceptions*. »

Le problème de la liberté est pour eux insoluble. Mais après tout ne l’est-il pas pour tout le monde? Qu’en pense notre auteur? « La liberté, dit Cherbuliez, est un grand mystère. » « Il n’y a, dit-il, que les impassibles qui croient au libre arbitre* » en ce sens sans doute qu’ils font peu de cas de l’humaine nature et de ses inconséquences. Ne se souciant pas de résoudre le problème, ils l’ignorent tout simplement. Pour eux : « il est utile de croire à sa propre liberté, et il est encore plus utile de ne pas croire à celle des autres; la paix intérieure est à ce prix” ». Les impassibles sont en effet des égoïstes, or à quoi bon l’égoïsme, même le mieux entendu, s'il n’est pas un effort vers un but, vers un accomplissement?

Mais pour la grande majorité des mortels dont le rythme de vie se ramène à peiner, à souffrir, à jouir petitement et à se laisser aller au fil des événements, on est contraint de s’accorder avec Cherbuliez quand il s’écrie : « Plus j’observe les hommes, plus je me convaincs de la puissance de l’accident*. » Et encore :

« On a dit avec raison que le présent n'est rien, que l’avenir ne dépend point de nous, que notre passé seul nous appartient, mais c’est une question de savoir si ce n’est pas plutôt nous qui lui appartenons°. » Car enfin si nous sommes à ce point esclaves à quoi cela sert-il d’avoir un but? « L'homme est en soi si faible, si dépendant! Sans la complicité des choses, que lui sert-il de vouloir ?" »

Pour Cherbuliez il existe vraiment deux éléments dans la volonté :

. Le Fiancé de Mademoiselle dè Saint-Maur, p. 1.

. Olivier Maugant, 104.

. 1 Up .227.

ISIN

Le Prince Vilale, p. 18.

. Le Fiancé de Mademoiselle de Saint-Maur, p. 237. . Prosper Randoce, p. 258.

. Le Grand Œuvre, p. 64.

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