‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 92 sur 298 · Id · texte numérisé non relu

Id

Dans ce monde de la sensation, l'enfant se meut et s’agite. Il y voit confusément croître les deux grandes tendances qui lui serviront d'antennes directrices sa vie durant : le désir et la peur.

La peur, elle est peut-être le premier el le plus durable de tous nos instincts : « L'histoire du genre humain recommence avec chaque enfant qui vient au monde. Il y a dans chacun d’eux un sauvage qu’il faut apprivoiser. Nous traversons tous l’âge de la peur.., l’âge des appétits sans règles, des désirs sans bornes, l’âge des imaginations absurdes et décevantes.. la raison vient la dernière'. »

Cherbuliez, qui dans /a Béte s’est livré à l'étude de l’homme primitif, déclare que celui-ci : « avait peur de tout°. »

Entre l’enfant, l'homme primitif et la bête il ne voit que des différences de degrés. Il assure même que nous avons tous notre origine en cette dernière : « Notre racine c’est la bête”. » |

Il ne pense d’ailleurs pas que ce soit là une origine dégradante : « La bête est le commencement de l’homme tout entier, y compris ce qu'il y a de meilleur aussi bien que ce qu'il y a de pire‘. » Et même il va plus loin : « La bête qui est au fond de chacun de nous està vrai dire la meilleure partie de nous-mêmes”. » Elle est du moins ce qu'il y a de plus réel en l’homme et c’est enelle qu'il faut chercher le mobile de ses actes :

«Quand on veut savoir les vraies raisons qui font agir un homme, il faut les chercher très près de la nature°. »

Mais si la bête est le point de départ de notre nature, elle n’est que cela, car : «la bête a rarement deux idées à la fois. L'homme a la dangereuse faculté de combiner des sentiments contraires sans que le plus fort tue le plus faible”. »

Ce pouvoir de combiner des sentiments, des idées ou des sensaons contraires ou non, est peut-être une faculté fatale pour certains ; pour d’autres au contraire elle est heureuse ; tel par exemple cet Horace qui : «.. avait la précieuse faculté de combiner ses sensations, ce qui lui permettait de se procurer plusieurs plaisirs à la

. La Bête, p. 341.

Id, p: 239.

. IQ., p. 345.

. Id., p. 250.

114 priro:

. Le Secret du Précepteur, p. 210.

. La Bête, p. 214.

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