KE
I OS ww ©
fois’. » Elle nous paraît être en outre le principe initial de la pensée nourrie chez l'enfant par les sensations et influant sur ses sentiments un peu rudimentaires : « nos sensations se convertissent quelquefois en idées, et nos idées influent sur nos sentiments?. »
La vie de l’enfant s’accroît de la sorte, disparate, enrichie de sensations de rencontre mais sans choix et sans jugement : « Les yeux d'enfant ont le précieux privilège de ne pas juger ce qu'ils aiment*. » Comment du reste pourrait-il en être autrement? Leur mémoire acüive ne peut travailler sur l’expérience et pour cause. Chez eux done règne suprême l’imagination, la « Folle du Logis ». La voilà bien la faculté maîtresse de cet âge ! Comme elle se donne libre carrière, comme elle groupe et regroupe les idées et leur donne ainsi leur visage!
Elle semble se donner la comédie à elle-même et avoir une existence à part. Cela explique sans doute pourquoi les enfants aiment à se causer à haute voix à eux-mêmes et à parler d'eux-mêmes à la troisième personne : « Ne vous arrive-t-il jamais de vous dédoubler, de vous sentir deux“? »
Cette fougue de l'esprit, cette folie est un capital qu’il faut dépenser pendant les premières années, sinon elle nous harcélera pendant notre âge mûr et nous exposera à commettre les pires sottises. Cherbuliez cite ces gens qui n’ont pas su s’abandonner à leurs élans irraisonnés : « esprits précoces qui ne mûrissent jamais, faute d'avoir su dépenser leur enfance, ils la traînent après eux jusqu’au tombeau. Leur toupie se venge, et pour les punir d’avoir raisonné trop tôt, fera déraisonner leur arrière saison. Nous avons tous une dette à acquitter envers la folie’. » N’avons-nous pas là comme la base de la théorie des refoulements freudiens ?
Folie d'imagination dérèglée de la jeunesse, point tout à fait repréhensible toutefois, puisque lorsque commence pour nous l’âge
du sentiment elle vient occuper sa propre place qui est importante : « Tous nos sentiments sont incomplets, c’est notre imagination qui Jes complète® ». É
Que nous conseille donc Cherbuliez? Dans notre jeunesse de ne pas craindre de vivre tumultueusement et tout près de la nature en
. Samuel Brohl et Cie, p. 126.
. Olivier Maugant, p. 101.
. L'Idée de Jean Téterol, p. 195.
. Le Secret du Précepteur, p. 306.
. Paule Méré, p. 303.
Où à ND À
attendant que l’âge de raison vienne nous imposer ses disciplines : À partir de ce moment, adieu au Bon Sauvage :
« Plus on raisonne, moins on sent; plus l'esprit se raffine, plus l'instinct s’émousse'. » Pour certains ce sera sans doute une bonne chose, mais pour ceux dont la vie de l'esprit n'aura pas été développée, quelle tragédie !
La vie, dit Cherbuliez, est un apprentissage. On pourrait ajouter que c’est l’apprentissage de la douleur. C’est la passion qui se charge de nous le faire faire, car c’est généralement à elle que nous nous adressons lorsque consciemment ou non nous courons après le bonheur, qui est ce que nous avons le plus à cœur d’atteindre ici-bas.
IL est donc juste que ce soit l'adolescence, avec toutes ses énergies etses ressources d’optimisme qui en fasse d’abord l’épreuve, car : « la jeunesse a le goût de souffrir”. »
Qui pourra découvrir le siège et l’origine profonde de nos passions? Dans les instincts? Chez beaucoup d'hommes ce sont en effet de grossiers et de violents appétits, mais chez d’autres il s’y mêle assez de subtilité. À coup sûr les sensations mêlées d’imagination conduisent souvent insensiblement aux passions les plus opiniâtres :
« Un caprice combattu devient souvent une passion*. »
La mémoire devenue une hantise, une idée fixe produit également une vision déformée où la passion s’exerce sans contrôle : « Il voyait Lout le monde au travers de son aventure et le monde lui paraissait tout changé*. » Et encore : « Un cœur troublé intéresse l'univers à ses malheurs*. »
L’automatisme engendré par l'habitude crée enfin un état d'âme, donne lieu à des passions qui peuvent modifier notre vie entière :
« Lorsqu'on a prononcé une fois une formule on la répète toujours*. » Mais ce qui fait que la passion est quelque chose de bien difficile à déterminer quant à son origine et la façon soit de la combattre, soit de la diriger, c’est que fréquemment elle grandit en nous et se nourrit de désirs vagues jusqu'au moment où elle trouve sa