Après Fortune Faite, p
« la violence n’est le plus souvent qu’une faiblesse orageuse*. » D’où sa nature destructrice et féroce : « Il y a quelque chose de destructeur dans les emportements de la passion la plus tendre? » : «les joies du cœur sont féroces”. »
Mais la force même de la passion empêche sa continuité car l'être humain ne saurait vivre dans un perpétuel état de fièvre :
« La vie du cœur est un va-et-vient continuel alors que les besoins de l'esprit sont permanents". » A sa violence se mesure également le peu de durée de la passion : « Je donnai quelques jours à mon chagrin qui était profond”*. »
Ce n’est pas, à en croire Cherbuliez, dans la jeunesse qu'on pourra trouver la passion vraiment profonde et quelque peu durable; il est convaincu que : « trentc-quatre ans, » moment où l’homme commence à se connaître et à se posséder, « c’est l’âge des passions sérieuses‘. »
Cherbuliez fait observer : qu’on n’a « qu’une passion dominante” ».
Par là il veut nous faire entendre qu’une seule et grande passion suffit à l'homme et à sa destinée.
Cependant, il n'a pas été sans remarquer que chez beaucoup d’entre nous, qui ne possédons pas une seule passion dévorante et dévastatrice, il semble exister une sorte de co-habitation entre plusieurs passions, les unes grandes, les autres petites. Mais en règle générale elles ne font pas bon ménage ensemble, car grande ou petite la passion est égoïste en ce sens qu’elle ramène tout à elle. Elles se font donc la guerre et : « c’est ainsi qu’elles se dévorent les unes les unes les autres, et ce sont souvent les petites qui mangent les grosses*. » Peut-être est-ce parce que les premières, lorsqu'elles ne sont pas les harmoniques des secondes, s'appuient davantage sur la réalité, et restant tout près de la nature y puisent vigueur et vitalité.
Cherbuliez trouve que : les petites passions aident à vivre, et que
. La Vocation du Comte Ghislain, p. 293.
. Id, p. 60.
. Le Roman d'une Honnéte Femme, p. 390.
. Le Secret du Précepteur, p.207.