‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 97 sur 298 · Le Grand Œuvre, p · texte numérisé non relu

Le Grand Œuvre, p

4. Discours de réception à l'Académie de M. E. Faguet, 18 avril 1901. 5. Le Comte Kostia, p. 265.

commis vingt fois en rêve‘ » (Freud encore !). Mais cela dit, il convient de faire la part du feu et reconnaître comme inévitable en soi la présence d’une demi-démence : « J'ai un coin de folie qui n’est pas encore bien mort?. » Il faut par conséquent subir la passion sans l’opposer de front, puisqu'elle a des droits sur notre nature : «il n’est pas besoin de boire pour extravaguer ; il y a un peu de déraison dans toutes les passions humaines. C’est le cœur de l'homme qui est capiteux°. » La sagesse consiste à surmonter les passions qui nous nuisent ou qui nous gênent en les neutralisant par d’autres : « On ne guérit d’une passion que par une autre passion * ; » car : «il est facile à une folie d’en persuader une autre”. » Comparer : « La passion seule peut guérir la passion. » Le premier pas vers la guérison sera donc dans ce cas de vouloir se débarrasser de ses passions dangereuses : « Mais le plus sûr moyen de ne pas guérir de son mal c’est de l’aimer°. » Or généralement la passion, surtout la passion amoureuse, est un mal qu’on aime car elle a ses racines trop profondément enfoncées dans le moi. D'où la difficulté.

Et puis il y a aussi des passions incurables. Elles sont, semblet-il, marquées au sceau qu’on serait tenté d'appeler divin de la folie : « Ce sont les maladies aiguës ou chroniques qui s’attaquent aux cœurs généreux, celles qu’on peut appeler les maladies nobles”. » Elles sont nobles, sans doute, parce qu’elles dépassent les étroites limites de la personnalité et tendent invariablement au sacrifice ; l’idée est leur guide.

« Comme la philosophie et la religion les passions farouches ont leur ascétisme*. » L’homme transfiguré par elles arrive au point où la négation de soi devient inéluctable :

« Dès ce moment il n’est plus maître de lui, il ne voit partout qu’embûches et trahisons *. » C'est le moment où, tel Rousseau, il s’imagine que l'Univers en veut à son Idée et il se persuade qu’en s’immolant pour elle il la sauvera.

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