O7 GG RO
redoutables qui voient dans la nuit comme ceux des chouettes!. »
Celui qui hait y trouve sa volupté : « Tu ne connais pas les tendresses de la haine !? » telle est l’exclamation d’un raffiné de cette passion subtile.
Même la haine a besoin de se justifier quelquefois : « Elle lui représenta que les haïnes vigoureuses sont nécessaires à la santé de lâme..., qu’en rendant le mal pour le mal on remplit une mission sacrée, qu’on travaille au rétablissement de l’ordre*. »
Dans l’ensemble cependant Cherbuliez trouve que les passions s'opposent à l'intelligence, qu'à les écouter trop complaisemment nous faisons fausse route : « On a beaucoup glorifié les passions dans ce siècle. Sans doute elles ont fait faire de grandes choses ; mais elles ont inspiré aussi bien des lâchetés et des mensonges. Je crains surtout leurs sophismes“ .. » « La passion même sincère est toujours sophiste*. »
En effet, la passion si basse soit-elle a besoin de se justifier. Si absurde que puisse paraître son objet elle s’ingénie à le rendre acceptable à la raison, quitte à passer outre, si cette dernière se récuse. De toutes façons, elle s’efforçe sans cesse de faire violence à l’ordre établi en l’interprêtant à sa guise : « Et quel principe n’a pas été altéré et faussé par les passions humaines ?° » Pourquoi estelle invariablement contraire à la logique ? C’est qu’elle veut simplifier toutes choses et les ramener à l’échelle de celui qu’elles servent et qu'elles dominent. Or : « la vie est compliquée et dans nos prévisions nous la faisons plus simple qu’elle n’est’, » et notons-le de même : « la vie de sentiment ne suffit pas à l’homme, et c’est une illusion fatale que de se flatter de combler le vide du temps avec son cœur”. »
Mais les hommes sont ainsi faits que c’est en fin de compte toujours à leur Moi qu’ils soumettent le jugement qu’ils sont amenés à porter sur leurs passions et leurs résultats. Comment pourraientils voir clair quand ils ont partie liée avec ce qu’ils devraient condamner? : « Si les hommes étaient de bonne foi ils convien-
. La Ferme du Choquard, p. 346.
. Le Comte Koslia, p. 345.
. Jacquine Vanesse, p. 146.
. Ladislas Bolski, p. 42.
. Le Grand Œuvre., p. 39.
. Le Prince Vitale, p. 248,
. Ladislas Bolski, p. 150.
. Le Comte Kostia, p. 254.
Œ 1 © à © NO =
draient qu’en toute rencontre leur premier soin est de se meltre en règle avec leur amour-propre*. »
A cette forme de la passion la plus concrète, parce que constamment présente, que pourraient-ils opposer ? Sa puissance est infinie sur l’homme qui ne sait pas s’abstraire, son influence a des ramifications dans tout son être : « Il y a une passion plus forte et qui a la vie plus dure que l’amour ; c’est l’amour-propre*. »
Cherbuliez ne juge pas la passion en moraliste sévère. Il lui reconnaît une existence à part et si l’on doit la réprimer c’est, croitil, plutôt parce qu’elle est souvent un danger pour soi-même ou pour autrui, mais non pas parce qu'elle offense les gens bien pensants. Il déclare par exemple : « Je reconnais des droits à la passion‘. » Après tout si elle nous est le plus souvent préjudiciable, elle nous procure cependant bien des plaisirs et bien des joies. Mieux vaut avoir vécu, souffert et joui que de s’être soustrait aux vicissitudes de l’existence en se réfugiant dans l'indifférence : « l’indiflérence n’a jamais fait le bonheur de personne‘. » Seule la passion nous met en joie, car « l’homme se met toujours dans ce qu'il fait, et il ne fait rien de grand sans passion*. » La création si elle est une souffrance est également une joie : « Je n’ai jamais rien fait de bon que lorsque j'avais un peu de joie dans le cœur. » Et encore « On aime à faire ce qu’on fait bien’. » Mais le caractère de la vraie passion c’est d’être entière et impétueuse. Elle peut être bienfaisante et c’est bien, mais ce n’est pas la moralité qui l’inspire : « sa charité était une passion autant qu'une vertu; elle n'était pas compatissante pour ses pauvres, elle en était amoureuse. Elle n’a jamais donné un morceau de pain sans donner un morceau de son àme® ; » et ainsi nous concevons très bien la même personne « capable des mouvements généreux mais incapable de scrupules*. » Le problème du bonheur ne se résoud pas par l’asservissement de la passion mais il est permis de croire que les leçons de la société aidant, on peut tâcher d'élargir en nous la circonférence de nos
. Méta Holdenis., p. 71.
. Apépi, p. 193.
. Paule Méré, p. 298,
. Prosper Randoce, p. 49.
. Le Grand Œuvre. p. 91.
. Après Fortune Faite, p. 116.
. Ladislas Bolski, p. 7.
. Id., p. 224.