SECTION PREMIÈRE LE PHALANSTÈRE
Malgré ses convictions phalanstériennes, Victor Considérant possédait encore un certain sens de la vie pratique, et il comprit qu’il y avait dans le monde le possible et l'impossible. Il se comparait volontiers à un chef d’armée qui ne peut livrer ses plans de bataille ; l’action individuelle ne suffisait plus; pour combattre, il fallait un journal, un organe d'action collective. C’est alors que la petite congrégation des phalanstériens fit son apparition dans la presse.
Le 5 janvier 1832, Considérant écrivait déjà à Fourier : « Un journal nous est nécessaire; je
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crois pouvoir en organiser un sous peu. Ce journal serait purement scientifique. Il n'aurait pas à s'inquiéter des événements qui surviennent jour par jour. Il paraïîtrait chaque semaine en une feuille d'impression. Nous nous étendrions dans la place qui resterait sur la nécessité d'organiser l'association et d'appeler la discussion et l’attention du public sur ce sujet. Nous n’arriverions que plus tard à l’étude de l’homme, et encore par des préludes et avec quelques ménagements.
Quoi qu'il en soit, je vais continuer à chercher des abonnés et nous serons bientôt en mesure de
paraître (1). »
$ 1%. — Politique de Victor Considérant dans « Le Phalanstère »
Le premier journal phalanstérien, fondé par les soins de Me Vigoureux et de Baudet-Dulary, alors député de Seine-et-Oise, parut le 1° juin 183r. Il était hebdomadaire et avait pour titre : «Le Phalanstère, journal pour la fondation d’une phalange agricole et manufacturière associée en travaux et ménage.» À partir du 7 septembre, le titre fut modifié ; ce fut : &« La Réforme industrielle ou Le Phalanstère, journal proposant la fondation d'une phalange, réunion de 1.100 personnes associées
(1) Gabet à Fourier, 1* février 1831 : « Un moyen qui me « paraîtrait devoir puissamiment seconder vos conférences « serait la publication d’un journal spécialement consacré au « perfectionnement social. »
en travaux de culture, fabrique et ménage. »
Enfin, le 4 janvier 1833, il devint : « Journal des intérêts généraux de l'industrie et de la propriété, enseignant l’art d'organiser sociétairement les travaux de culture, fabrique, ménage, commerce, éducation, sciences et beaux-arts. » Ce devait être un journal de propagande doctrinale, destiné à faire connaître une théorie qui se proposait de «changer les conditions de vêtement, d’alimentation, de logement, de travail et de salaire de la classe pauvre ». Son objet primordial était de « provoquer la substitution d’un mode de travail combiné à l’incohérence d'exploitation qui règne dans les meilleurs fabriques et ménages ». Le moyen propre à atteindre ce but était l'établissement d’une phalange, c'est-à-dire « une première association de deux à trois cents familles procurant des résultats assez avantageux pour entraîner une imitalion générale. » Le lPhalanstère ne devait pas avoir à s'inquiéter des événements qui surviennent au jour le jour; il devait être purement scientifique ; la moitié serait réservée à la pensée du maitre, ou même davantage quand il le désirerait. Ceux qui concoururent à sa rédaction furent, outre Considérant, Daly, Julien Blanc, Chambellant, Pecqueur, Paget, Pellarin, Morize ; mais ce fut surtout grâce à la plume de Considérant qu'il prit quelque essor.
Il y publia une série d’articles dont voici les idées générales : il situait tout d’abord la théorie sociétaire parmi les doctrines économiques et
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politiqnes ; elle est avant tout une doctrine de transformation économique ; le principe philosophique sur lequel elle repose est que la destinée sociale de l'homme doit s'accomplir par le développement intégral de toutes ses facultés : « L'homme est nécessairement en rapport, en corrélation intime, par prédisposition substantielle et organique, avec la société universelle des êtres et des choses. »
Il montrait que les réformes sociales avaient une importance autrement considérable que les réformes et les discussions politiques, le plus souvent vaines et oiseuses : &« Du pain au peuple d'abord, de l'instruction ensuite, des droits politiques après (1). » Les réformes sociales sont celles relatives à l’état de la société et à ses intérêts, aux rapports des classes, au développement du bienêtre et de la liberté, de la moralité, de l’intelligence publiques, en un mot celles qui visent les relations des hommes et des peuples entre eux, abstraction faite des formes diverses et passagères de leurs gouvernements respectifs. Au lieu de consacrer leur activité à l'étude de ces questions sociales, les hommes qui sont au pouvoir ont négligé les intérêts immédiats du peuple, plus précieux cependant que ceux des partis politiques. Pourtant la question sociale est au premier plan, puisqu’elle est posée par les faits eux-mêmes. L’ac-
(1) « La presse parisienne et la presse départementale. » Le Phalansière, t. 1, p. 128.
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croissement de la population rend nécessaire une augmentation sensible de la production; or celleci ne peut se réaliser que par la suppression des formes de la petite propriété, petite industrie et petite culture ; la masse sera donc spoliée par une minorité toute-puissante. « La concurrence dépréciative du salaire livrera le prolétaire pieds et poings liés à ces suzerains d’un nouveau genre ; les masses populaires composeront un immense vasselage, salarié quand il pourra trouver du salaire, vivant au jour le jour quand il pourra trouver à vivre (1). » Mais si les classes dirigeantes se désintéressent de tous les problèmes sociaux, le public se trouve actuellement dans des dispositions favorables à l'examen de ces questions, car il vient de se former un jeune parti social qui admet toutes les opinions et toutes les nuances politiques et qui se propose d'étudier les réformes à apporter dans la société actuelle. C'est à l'initiative et au dévouement de ce jeune parti que Considérant faisait appel.
Ainsi, Victor Considérant développait dans le journal sa politique économique et sociale. En outre, il en surveillait le service et le tirage et recrutait des abonnés; dans une lettre à Lechevalier du 30 juin 1833, il trouve la vignette ridicule, fausse, froide et de mauvais effet. Le lPhalanstère s’adressait surtout aux libéraux de la
(4) « La civilisation ruinant ses pauvres. » Le Phalanstère, CARPE 1085
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classe dirigeante, mais il était beaucoup trop théorique et doctrinal, et sa lecture était presque un travail. Le 16 mars 1833, Le Moyne écrivait, en effet, à Transon : « Dans toutes les publications, sans excepter, mon cher, votre exposition ni celle de Considérant, les principes théoriques grandioses prédominent sur les idées pratiques ; dans le journal même, vous êtes toujours inflexibles théoriciens, vous ne voulez faire aucune concession aux idées vulgaires. » Aussi ce journal n’eutil jamais d’autres abonnés que les disciples fervents vraiment passionnés pour les idées phalanstériennes, si bien que Le Moyne pouvait écrire à Pellarin : « Je suis très fort d'avis qu'il faut soutenir le journal. Mais il n’aura jamais d’autres abonnés. même d’autres lecteurs que les disciples, les fervents disciples, tant qu'il sera indigestible. Il ne satisfait ni la papillonne, ni la cabaliste, ni la composite (1). Voici un fait : j'ai donné souvent cinq ou six numéros du journal à lire à des personnes assez choisies ; cela n’a jamais fait d’impression sur elles; je leur ai donné ensuite un cahier où j'ai réuni les articles de Considérant sur la théorie sociétaire : cela les a toujours illuminées, je ne dis pas convaincues (2). »
(1) Le Moyne à Pellarin, 22 juin 1833.
(2) Le Moyne à Pellarin, 2 juillet 1833.
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S 2. — L'entreprise de Condé.
Tout en continuant à exposer la nouvelle doctrine, les rédacteurs du Phalanstère songeaient à faire passer leurs idées du domaine de la théorie dans celui de l'application ; dès l’année 1831, Victor Considérant se préoccupait de la réalisation de la doctrine et rêvait de gagner à cette cause des gens riches, avec les capitaux desquels on pourrait monter l’entreprise (1).
Bientôt la réalisation si vainement attendue par Fourier devint l’objet d’une tentative ; l’établissement du premier phalanstère allait faire voir, par le fait, comment le plus grand bonheur de tous pouvait succéder presque instantanément à toutes les privations et à toutes les misères.
Le 17 août 1833, Considérant écrivait à Fourier : « Dans l'intention où nous sommes unanimement, mes amis et moi, de pousser M. Dulary à faire un essai d'enfants, nous vous prions de nous donner quelques détails. nécessaires à la préparation des plans et devis de l'opération. Pour décider M. Dulary à faire l’essai minimum que vous demandez et qui nous paraît bien la seule chose que l’on puisse faire promptement à Condé, il faut que nous
(1) Considérant à Fourier, 6 octobre 1831 : « Je vais entre- « prendre la conquête d'un homme riche qui est déjà bien pré- « paré et pourra donner le branle à une compagnie d'action- « naires. »
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lui présentions des plans précis et que nous soyons mis à même de lui dire le coût exact de l’exécution. Nous savons qu'il faut une cinquantaine d'hectares de terrain en culture ; déjà nous avons un potager assez considérable... Mais, pour connaître le coût des petits instruments des enfants et préparer leurs ateliers, il faut que nous connaissions les enfants de chaque classe d’âges et de chaque tribu. Ayez donc la complaisance de m'’envoyer un tableau sur lequel on verrait chaque nombre détaillé... Si vous vouliez encore indiquer la nature des petits ateliers qui vous paraîtront les plus convenables, ce serait une annexe utile... Il est de toute nécessité qu’on travaille ici dans le but d’un essai d'enfants. » Considérant prévoyait combien son action serait lente et difficile sur des hommes déjà rompus à d’autres habitudes ; aussi entendait-il opérer d’abord sur des enfants et fonder une institution sociétaire où ils seraient élevés dans le sens de l’éclosion des vocations. Baudet-Dulary et Devay mirent à la disposition de Considérant de vastes propriétés qu'ils possédaient à Condé-sur-Vesgre, près de Houdan (Seineet-Oise), et sur lesquelles devait se poursuivre établissement d’un phalanstère enfantin. Une société au capital de douze cents mille francs fut fondée pour exploiter ce domaine selon les données de Fourier ; on commenca les travaux; des bâtiments d'exploitation rurale furent construits ; cinq cents hectares de terres en friches furent mis en culture sur la lisière de la forêt de Rambouillet.
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Victor Considérant suivit de près ces opérations : il appela actionnaires et travailleurs et élabora les statuts de la société. Mais les ressources, insuffisantes dès le début, firent par la suite totalement défaut; la souscription n'’atleignit pas cinq cents mille francs ; on ne parvint pas à s'entendre pour l'établissement de cette & phalange miniature ». Baudet-Dulary dut non seulement payer les dettes, mais rembourser intégralement les actions ; il y avait eu avortement, il n'y avait pas eu essai.
La déconvenue de Condé fut fatale à divers ütres; non seulement le public y vit une entreprise malheureuse, mais plusieurs membres de l'école se déclarèrent satisfaits par cette expérience et désertèrent le fouriérisme. Cet insuccès atteignit aussi Le Phalanstère, qui cessa de paraître en 1835, faute de fonds ; il se fit comme un silence autour de Fourier.
SECTION II
LA PHALANGE S Ie, — Politique de Victor Considérant dans « la Phalange ».
Dès lors, l’école fouriériste sembla réduite à l'impuissance ; ses éléments étaient disséminés un peu partout et Considérant était isolé au milieu de partisans assez peu enthousiastes. Loin de se laisser abattre, il redoubla d'activité et ce fut lui qui donna à la doctrine phalanstérienne un regain de
vie.
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Depuis quelques mois, il annonçait que l’école allait avoir à sa disposition un journal paraissant deux ou trois fois par semaine et une revue mensuelle (1). Seul le journal vit le jour; ce fut « La Phalange, journal de la science sociale », qui parut du 190 juillet 1836 au 30 juillet 1843, et dont Considérant fut le directeur. Il portait pour épigraphe : | Réforme sociale sans révolution Organisation de l’industrie
Réalisation de l’ordre, Association du capital, de la justice et de la Liberté du travail et du talent
Toute œuvre à ses détracteurs, c’est là un fait d'expérience, et leurs critiques, parfois justifiées, sont le plus souvent oiseuses; c’est ainsi que Considérant eut à soutenir de nombreuses discussions à propos du titre même de son nouveau journal. Le 14 novembre 1835, Quest lui écrivait : « Je vous dirai que le nom de Phalange donné à votre journal ne me semble nullement en rapport avec la théorie sociétaire. Vous ne pensez pas plus que moi que le monde puisse être régénéré par les armes? car vous savez que qui se sert de l'épée périra par l'épée; alors, pourquoi prendre un titre qui ne peut que donner l’idée d'un corps militaire ? » De plus, il rencontra des difficultés dans l'administration même de La Phalange (2).
(1) Boulangé à Considérant, 29 octobre 1835 : « J'ai été si « agréablement surpris par votre lettre confidentielle qui nous « fait espérer la publication de votre journal, Za Phalange…. »
(2) Gagneur à Considérant, 23 novembre 1838 : « Je vous « l'avouerai, je suis revenu de Paris profondément découragé
Comme Le Phalanstère, La Phalange avait pour but de répandre dans le public les idées sociétaires. Tout d’abord, Considérant y fit paraître, dans une déclaration inaugurale, un long article qui était en quelque sorte le Credo de l’école : « Nous croyons à Dieu, nous croyons à une destinée pleine de magnificence pour l’humanité, et nous savons que c’est à l’homme à travailler de ses mains à l’œuvre de sa destinée. » Puis il annonçait que la science dont il allait révéler les principes était la science sociale découverte par le grand Fourier : &« À d’autres donc les voies exceptionnelles et ambiguës, les déguisements, les amalgames; à nous la science franche, entière, inflexible, car nous sommes entièrement, franchement et en toute inflexibilité les hommes, les soldats et les apôtres de la science révélée par le plus grand des génies qui se soient manifestés au monde, et contenue explicitement dans le traité de l’Association qui est notre évangile scientifique, social et religieux. Si l’on trouvait une seule ligne de Za Phalange qui froissàt l’orthodoxie scientifique rigoureuse, en quelque sujet que ce fût, ce ne pourrait être qu'erreur ou inadvertance (1). »
« et refroidi, et je n’ai rien fait, si ce n’est depuis quelques « jours, pour la propagation. Ce n’est pas que je ne vous tienne « compte de tous vos efforts et des difficultés que vous avez à « vaincre ; mais j'ai vu de telles lacunes dans l’administration « du journal, je vous ai trouvé si peu administrateur vous- « même que, malgré moi, tout mon zèle s’est glacé. »
(4) « La Phalange aux partisans de l’école sociétaire. » La Phalange, t. 1, p. 735.
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L’exposé des doctrines spécifiques du fouriér.sme débutait par une critique de la Révolution de 89 : ceux qui l'ont faite ne sont pas arrivés à fonder un ordre nouveau établi sur des principes fermement établis: ils ont laissé la société dans un état précaire et instable, néfaste à tous les intérêts; si la transformation tentée à celte époque avait été pacifique, si l’on n'avait pas eu recours alors à des moyens violents, nous n’aurions pas à déplorer aujourd'hui toutes les iniquités auxquelles nous assistons passifs et indifférents.
La réforme sociale s'impose donc plus que jamais à l'attention des pouvoirs publics, tandis que la réforme politique a passé au second plan. Cette question sociale, tous les jours plus pressante, implique elle-même une série de problèmes dont le plus angoissant est celui de la propriété, et c'est ici (La Phalange, tome II, page 715) qu'apparaît la théorie du droit au travail.
Victor Considérant distingue le capital primitif et le capital créé : le capital primitif, c’est la terre ; le capital créé, ce sont les produits. Relativement au capital primitif, le régime actuel de la propriété repose sur une spoliation fondamentale et se trouve en contradiction flagrante avec le droit naturel; il est incontestable, en effet, que tout homme a, par le fait même de son existence, un droit d'usufruit sur le domaine terrestre ; or, la grande majorité de l’espèce humaine se trouve actuellement privée de ce droit, puisque le capital primitif a été usurpé
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par le capital créé. Quant au capital créé, la génération qui l'a produit peut en disposer librement, puisque tout homme possède légitimement la chose que son travail ou son activité a créée; la légitimité de cette propriété repose ainsi sur le fait
. de la création de la chose ou de la valeur possé-
dée. Par conséquent, si l’on suppose une seconde génération qui trouve devant elle un capital primitif ou naturel rendu indisponible par les usurpations de la propriété individuelle, et un capital créé auquel elle n’a pas droit puisqu'il est propriété individuelle légitime de ses producteurs, on comprendra que la société a le devoir de garantir à ces masses, spoliées par un régime injuste et vicieux, un juste équivalent qui consistera dans le droit au travail. Le seul droit qui leur reste, à ces prolétaires dépossédés, c’est le droit de coalition; aussi en usent-ils, et ce n’est que justice : une haine sourde divise patrons et ouvriers, qui parfois se traduit par des actes de violence; la résignation alors fait place à l’émeute, l'esprit révolutionnaire s'étend, la société est menacée. La principale tàche de l’école sociétaire sera donc de réorganiser le travail, d’après le double point de vue de Paccroissement des produits et de leur répartition équitable entre capitalistes et non possédants. Une autre cause qui tend à concentrer les capitaux en quelques mains et à constituer une féodalité industrielle puissante, c’est la création des chemins de fer et leur abandon à de grandes compagnies privilégiées. Cette nouvelle branche de
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l’activité humaine a acquis une importance énorme, ét ce pour le plus grand dommage d’autres industries qui sont encore à organiser : « Le chemin de fer n’est pas final, scientifique, téléologique ou harmonique; il tend, s’il se généralise, à un bouleversement universel des conditions générales et naturelles de la surface terrestre; il nécessiterait un travail de titan de l’homme contre la nature et choquerait le sentiment de la haute convenance des choses » (1). Cette appréciation inexacte et sévère de Considérant sur les chemins de fer est un exemple de cette aberration vraiment singulière qui parfois aveugle certains esprits doués pourtant d’une cultureintellectuelle solide, au point de leur faire méconnaître les avantages immenses et les services inappréciables rendus par les plus grandes inventions (2).
Une transformation radicale de la société est donc nécessaire, puisque la révolution, impuissante à construire après avoir détruit, n’a jeté que d’infécondes semailles. Ce n’est ni du pouvoir, ni du gouvernement qu’on doit attendre les améliorations qui s'imposent, puisqu'ils restent inertes; la politique sociale du christianisme est impuissante (3), et Considérant, soutenant les droits de
(1) « Sur la déraison sociale, absurdité de l'engouement du public pour les chemins de fer ». La Phalange, t. 2, p. 239.
(2) On sait que Thiers, lui aussi, se montra absolument hostile à l'établissement des chemins de fer.
(3) « Discussion sur les dogmes. » La Phalange, t.1, p. 407.
« Corruption du christianisme par les feuilles bigotes », La Phalange, t. 5, p. 1158.
la pensée laïque, donne libre cours à son anticléricalisme; les doctrines socialistes sont inefficaces (1), le communisme surtout est dangereux, car il amènerait un bouleversement total de la société. Or, si l’on suit attentivement l’évolution qui se manifeste dans les idées sociales, on remarquera qu'un progrès constant fait avancer ces idées dans le sens des théories d'association, c’est-à-dire précisément des théories fouriéristes (2). Le principe du fouriérisme est en effet le principe de l’association universelle appliqué à toutes les institutions et à tous les rapports entre les hommes; sa philosophie morale est fondée sur la conception des passions bonnes et utiles, contrairement au dogme de la perversité originelle de l’homme; c’est donc le régime qui unit qu'il faut substituer au régime qui divise ; la doctrine que l’on doit suivre est celle qui reconnaît comme directeur le principe sociétaire. D'ailleurs, les théoriciens socialistes sont déjà tout proches des conceptions de Fourier, plusieurs même les partagent : « Cet établissement de la commune sur de fortes bases et la réorganisation du travail au double point de vue de laccroissement des produits et de leur répartition équitable entre les capitalistes et les hommes de maind'œuvre, voilà l'unité sociale que désire Louis
(1) « Le Journal des Débats et le saint-simonisme », La Phalange, t. 5, p.1190.
(21 « Progrès des idées sociales, cours de M. Blanqui au Conservatoire, révolution complète dans l’économie politique.» La Phalange, t. 3, p. 112.
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Blanc; c’est aussi celle dont, depuis longtemps, Fourier est le seul qui ait donné l’idée et les plans, et qu'après lui nous proposons sous le nom de phalange » (1).
Ainsi, Considérant concluait que c’est du fouriérisme seul que viendra la rédemption de la société. Mais ces idées n’atteignaient guère le gros public, et le journal fut trouvé trop dogmatique (2). Aussi Victor Considérant, soucieux avant tout du bon renom de son journal, qui était alors lorgane vital de l’école, s’attacha à le rendre moins théorique; à partir du 2 septembre 1840, La Phalange parut trois fois par semaine et accorda plus de place et d'importance aux questions d’actualité.
Considérant y publia d’abord une série d’articles relatifs au salaire (3) : le salaire peut être considéré comme le prix auquel l’ouvrier vend son travail au patron; or, ce prix dépend bien évi-
(1) La Phalange, t. 2, p. 483, à propos de la Revue du progrès de Louis Blanc.
(2) Pouliquen à Considérant, 15 sept-mbre 1836 : « Le jour- « nal plait généralement à tous ceux qui le lisent; le seul « reproche que j'aie entendu lui faire, c’est de n'avoir pas « assez de variété ; les articles au ton dogmatique y sont trop « multipliés ; on désirait des articles au tou léger plus rappro- « chés. »
Brisbane à Considérant, 20 novembre 1836 : « Vous devriez « faire de votre journal une feuille d'intérêt général. Il faudrait « s'étendre sur les beaux-arts, les nouvelles politiques du jour, etc. »
(3) « Du salaire et du problème de la réforme sociale, » La Phalange, t. 2, p. 153.
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demment de l'offre et de la demande, ce qui assimile l’ouvrier à une marchandise dont la valeur vénale augmente ou diminue en proportion des circonstances du marché, et non en raison de la qualité et de la puissance productive du travail fourni, c’est-à-dire de la valeur intrinsèque du travailleur. Or, ce principe de rétribution est essentiellement arbitraire puisque, par suite de la concurrence et des difficultés croissantes de la lutte pour la vie, le taux du salaire tend à baisser sans cesse; d’où extension rapide du paupérisme et formation d’un prolétariat qui, un jour, las de subir revers et sévices, revendiquera lui aussi sa part de jouissances et de plaisirs et se révoltera contre tous les fauteurs de ses misères.
Puis Considérant fit paraître plusieurs articles ayant trait à l'éducation (r), aux questions financières (2); il entreprit la critique de l’administration (3) et de la législation (4).
IH s’occupait, en outre, de développer la politique extérieure de l'école sociétaire; il ne se contentait pas de réclamer théoriquement un régime de
(1) « Education, l'école mutuelle, la salle d’asile. » La Phalange, t. 2, p. 799.
(2) « Des caisses d'épargne. » La Phalange, t. 2, p. 345.
(3) « Impossibilité d’une bonne loi sur les attributions municipales. » La Phalange, t. 2, p. 722
« Coalition industrielle dans la chapellerie de Paris. » La Phalange, t. 2, p. 109.
« Système pénitentiaire. » La Phalange, t. 2, p-. 361.
(4) « Marie CoLomMBr, nécessité d’une réforme dans notre législation criminelle. » La Phalange, t. 2, p. 379.
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paix et d’unification humaine : il tenait compte des faits el cherchait à expliquer les événements. A cette époque, la principale question qui se posait en Europe était la question d'Orient; si on veut lui donner une solution efficace et durable, on doit, d’après Considérant, la résoudre conformément à la méthode sociétaire : Elle ne sera résolue, définitivement résolue, que quand elle l'aura été par l’Europe tout entière, en congrès d'unité et d’une manière satisfaisante aux intérêts légitimes de toute l'Europe et, par conséquent, aux intérêts généraux du monde entier.» Le rôle de la France devait être d'établir la paix et l’unité parmi les peuples qui formeraient bientôt une grande fédération dont elle serait le pivot. Des congrès internationaux faciliteraient cette lâche qui exigerait, pour être menée à bien, la suppression de toutes les causes de dissentiment et de conflit entre nations, notamment le protectionnisme : € Ce qui domine la question du protectionnisme, d'apparence purement commerciale et industrielle, c’est l'immense intérêt de la France, en sa qualité de nation intelligente, industrieuse et à laquelle la paix importe souverainement, de donner à l’Europe l'exemple du renversement des barrières qui séparent les peuples, de développer entre ceux-ci la mutualité et la solidarité, de créer enfin à chacun d’eux un tel besoin de tous les autres que l’état de guerre devienne intolérable sur le continent civilisé. » Considérant proposait aussi, pour veiller à l’intérêt universel, une flotille neutre, omnicolore sur
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toutes les mers; il voyait déjà, dans son imaginaüon, les Etats généraux de l'humanité convoqués à Constantinople, capitale du globe, et tranchant dans la plus grande quiétude tous les différends de la diplomatie. Toutes ces considérations sur la politique extérieure de la France étaient développées dans une brochure intitulée « Politique générale et rôle de la France en Europe, suivie d'une appréciation de la marche du gouvernement, depuis juillet 1830 », dont les quarante-deux premières pages avaient paru dans La Phalange, tome IIL, pages 697, 713, 733, 755.
La politique intérieure de Considérant était surtout négative : il s'élevait contre le suffrage universel et contre la représentation nationale qui n'était, à ses yeux, qu'un pâle reflet des opinions du pays; il tournait en ridicule les adversaires du pouvoir, les hommes du National, dont il montrait « l'incapacité sociale ». IL s’opposait nettement à toute violence gouvernementale et prenait ouvertement parti pour le peuple contre la bourgeoisie. « La Révolution de Juillet, qui s’est faite au nom des idées libéraies, n'a été en fait que la dernière victoire de la bourgeoisie contre l’aristocratie féodale ou territoriale qui s’était eflorcée, sous la Restauration, de faire reprendre dans Île sol les débris de ses vieilles racines coupées par la Révolution de 89. En 89, tout en combattant pour ses propres intérêts, la bourgeoisie, imbue alors d'idées larges, de principes élevés et de nobles désirs, combattait aussi pour le peuple et pour l'hu-
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manité. Mais sous le Consulat et l’Empire, les luttes l'ont affaiblie et, dans son étroilesse d'esprit, elle n’a plus songé dès lors qu'à ses intérêts personnels. Le peuple avait combattu avec elle et pour elle : depuis la victoire, il n’est plus question du peuple que pour le museler ou l'exploiter » (1).
De toutes les critiques formulées par Considérant sur le régime politique de son époque, se dégageait, très nette, l'idée de démocratie. Elle était alors censée représentée par la gauche radicale, mais en réalité elle s’en séparait par un abiîme, et, en même temps que Considérant félicitait Lamartine de ses attaques contre le gouvernement, il le blämait d’être passé dans les rangs de ces radicaux : € À l'extérieur, il les trouvera empreints de ce nationalisme exclusif, sauvage ou niais qu'il déteste à bon droit. À l’intérieur, il les trouvera infatués de mots creux qu'ils prennent pour des idées, d'abstractions constitutionnelles, d’entités d'une métaphysique aussi fausse que vulgaire, qu'ils prennent pour des faits et des libertés ; il les trouvera enfin armés de préjugés roides comme des barres de fer contre toutes les pensées vraiment et sagement novatrices, qui seules peuvent fonder cette démocratie moderne dont l'existence sera due au règiement des droits de l'intelligence et à l’organisation du travail » (2).
(1) « La situation politique. » La Phalange, t. 5, p. 1557. (2) « Du discours de M. de Lamartine. » La Phalange, t. 7.
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À propos de cet article, Lamartine écrivait de Saint-Point, le 24 juin 1843, à Considérant, la belle lettre que voici : € Cher et éloquent ami, je viens de lire vos six belles et éloquentes colonnes. C’est bien plus admirable que le discours; un tel commentaire écrase le texte. Mais, pour l’amour de la vérité, je suis heureux d’être écrasé ainsi. Nous l'avons relu trois fois, nous le relirons dix; nous le lirons demain au dessert d’un petit banquet frugal et pastoral de remerciement que je donne à Saint-Point, sous un arbre, aux trente commissaires organisateurs du banquet néo-démocratique de Màcon. Ils y verront ce que je ne cesse de leur répéter, que ce temps-ci est le contre-sens du temps de 93, comme bâtir est le contre-sens de renverser, comme vivre est le contre-sens de mourir. C’est la vie qu'il faut souffler aujourd'hui et non la mort, la paix et non la guerre. Qui est-ce qui ne serait pas en paix avec tous, si on faisait à chacun sa place au soleil de l'esprit et à la tâche au travail? Vous dites que j'ai tort d’être dans l'opposition ? Mais vous-même, où donc êtes-vous? Dans l’opposition aussi. Ce n’est pas dans l'opposition tapageuse, négative, humoriste, néantiste de messieurs tels ou tels! et moi, quelle faiblesse de ces opposants de parade m'avez-vous vu flatter ou servir? Aucune. Ils le savent bien et ils me détestent. Mais je ne cesserai de vous répéter qu’en 1843, la place pour rallier des forces neuves est sur le terrain dénommé opposition, On y fera ensuite ce qu’on voudra, mais les esprits ne se rallieront pas aujour-
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d’hui sur le sol piétiné du juste milieu, si éloquemment décrit par vous dans votre dernière phrase. Je suis dans la politique agissante et vous dans la politique encore philosophique. Voilà pourquoi, aujourd'hui, je crois ne pas me tromper en disant bien haut : je suis de l'opposition. Mais de laquelle? Le temps le montrera. Adieu, cher et brillant défenseur. Jamais je n'ai été défendu ainsi par-dessus ma tête, mais j'accepte avec joie la supériorité du talent de ceux qui combattent pour la cause divine. Je ne me réserve sur vous que l'égalité, sinon la supériorité d'affection. »
Dans son journal, Considérant s’attachait à donner de ladémocratie une définition en rapport avec les événements de son temps : « Le rôle des hommes qui veulent exercer une action heureuse et puissante sur le mouvement social contemporain consiste à s'emparer hardiment du drapeau de l’esprit nouveau, de ce mot de démocratie, à en donner chaque jour une interprétation plus compréhensive, plus élevée, plus organisatrice, et à montrer avec autorité que ceux-là n’en ont pas le sens vrai qui veulent en faire, les uns une arme de guerre pour saper l'ordre établi, les autres une lourde borne placée sur la route du progrès et qui change en privilèges odieux les conquêtes légitimes de la bourgeoisie... L'élément démocratique longtemps allié par la fatalité des événements à l'idée de la destruction et du renversement, au principe révolutionnaire, s'en dégage aujourd’hui. Le mot de démocratie devient l'expression générale des prin-
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cipes de liberté et d'égalité, des nobles sentiments de justice sociale, de fraternité des peuples et d’unité de la famille humaine, qui échauffaient les cœurs de nos pères en 89 et dont l'essor trop comprimé à malheureusement fait irruption sur le monde par une explosion révolutionnaire » (x).
$ 2. — L'Expérience de Citeaux.
Cependant, au milieu de toutes ces polémiques de presse, la réalisation de la théorie sociétaire semblait oubliée, lorsqu'un philanthrope anglais, Arthur Young, fidèle lecteur et principal commanditaire de La Phalange, résolut de tenter une nouvelle expérience et dans ce but offrit spontanément à l’école la propriété qu'il possédait à Citeaux, près de Dijon. Depuis quelque temps, il révait d'assister enfin à l'inauguration du premier phalanstère (2). Il avait même intéressé à cette cause Mme Gatti de Gamond, une femme de lettres qui
(1) « La démocratie moderne. » La Phalange, t. 7, p. 2508.
(2) Youug à Considérant, 16 mars 1841 : « Les devis m'ont « été promis pour ainsi dire mois par mois pendant un an. Dès « le mois de septembre, je vous ai dit que si l’on ne se hâtait « pas de me soumettre les plans nécessaires, je ne pourrais « plus être dans le cas de donner l'assistance que j'aurais « voulu. Cependant, jusqu'ici, il y a peu ou point de change- « ment à cet égard, et pourvu que les plans soient donnés sans « délai et approuvés, je ferai ce que je pourrai de mon côté « pour les mettre à exécution. Mais, je vous prie, qu’on ne me « demande plus de millions sur un simple devis de maçonne- « rie. »
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avait publié dans la revue encyclopédique de Pierre Leroux divers articles sur l’éducation des femmes et aussi un commentaire des œuvres de Fourier (1). Dès le début, Considérant, peu soucieux de subir un nouvel échec, fut hostile à ce projet et fit tous ses eflorts pour en dissuader le généreux promoteur (2). Dans La Phalange, il désavoua même officiellement Citeaux (3).
(1) Young à Paget, 16 mars 1841 : « M"° Gatti m’ayant adressé «il y a deux mois une lettre, je suis entré en correspondance « avec elle. Je lui ai demandé s'il n'y avait pas dissidence entre « mes amis de la rue de Tournon et les siens et elle m’a répondu « qu'il n’y en avait pour ainsi dire que sous le rapport de la « réalisation, dont on croyait l’essai trop longtemps ajourné. « J’ai été par conséquent voir Citeaux, et je déciderai probable- « ment d'ici quinze jours jusqu'à quel point ce projet d’exécu- « tion pourra être secondé. »
(2) De Bonnard à Considérant, janvier 1842 : « J’ai vu Citeaux « et M. Young ; je ne crois pas au succès de leur tentative et je « gémis de voir sacrifier ainsi des pères de famille et l'honneur. « de la doctrine. »
Considérant à un destinataire inconnu : « Vous n'ignorez pas « que Citeaux a toujours été à nos yeux une aftaire extrême- « ment fächeuse. Tout ce que peuvent des conseils d'amis, « nous l'avons tenté pour dissuader Young de la faire. Elle a « été faite malgré nous, et tout ce que nous avions prédit est « malheureusement arrivé. S'il s'agissait de reprendre aujour- € d’hui l'affaire de Citeaux dans un but analogue à celui qu'avait « eu M. Young, s’il s'agissait de songer à y faire quoi que ce « soit qui ressemblât, même de loin, à une expérience, nous ne « disons pas phalanstérienne, mais seulement à une expé- « rience sociétaire de quelque degré que ce soit, aucune consi- « dération au monde ne pourrait nous détermiuer à l'appuyer « aujourd’hui auprès de nos amis. »
(3) « L'opération de Citeaux ne se fait pas sous la direction « de La Phalange, ce qui n'empêche pas La Phalange d'en « désirer très vivement le succès. » (La Phalange, t. 4, p. 783.)
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s'ÉUS Hélas! l'affaire de Cîteaux s’effondra tout comme celle de Condé; ce fut un échec absolu.
Mais il n’en résulta ni dommage ni profit pour la cause phalanstérienne qui n’y était pas intéressée.
Aussi, tout en déplorant l'insuccès qu'il avait
prévu, Considérant eut à cœur de dégager la responsabilité de l'école; au journal Le Spectateur de Dijon, qui avait mis les phalanstériens en cause à propos de celte malheureuse entreprise, il répondit : (On n’a jamais fait, ni à Citeaux ni ailleurs, l'essai de la théorie harmonienne ni rien qui en approche. Cetie affaire paraissait si peu propre à résoudre expérimentalement la question phalanstérienne, que, malgré les sentiments d’estime
et d'affection dus el acquis dans l’école à son pro-
moteur, l'école s’est abstenue tout entière d'y donner son appui » (1). « Aucune des conditions exigées par la théorie : au lieu de 15 à 1.800 personnes, 200; au lieu d’une population agricole et industrielle, des hommes de loisir; au lieu de producteurs, des consommateurs. L'expérience de Citeaux n’a prouvé et ne pouvait prouver qu’une chose, c’est qu'un capital est plutôt mangé par plusieurs personnes réunies que par une seule » (2).
Condé avait amené la disparition du /’halanstère, Citeaux provoqua une baisse considérable dans les actions de La Phalange. En effet, ce journal ne se soutenait que grâce aux sacrifices pécu-
(1) La Démocratie pacifique, t. 6, n° 24.
(2) Henneouix. Théorie de Fourier, p.121.
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