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suivante il revint à Lyon, et, cette fois, ce fut dans le monde ouvrier qu'il développa ses idées; sa doctrine fut accueillie avec faveur par les deux grands organes du mutualisme et du syndicalisme lyonnais : L'Echo de la Fabrique, journal industriel de Lyon et du département du Rhône, et L'Echo des Travailleurs, journal de la fabrique de Lyon et du progrès social.
C'est dans tous les milieux que Considérant alla ainsi préchant le fouriérisme avec une ardeur inlassable, dans le monde des propriétaires, des bourgeois, des industriels, dans les sociétés savantes, dans les loges maçonniques et surtout dans l’armée. Il fournit ainsi un eflort de travail considérable (1). La presse départementale lui procura un sérieux appui, si bien qu'à la fin de l’année 1836 l’école avait doublé ses forces ; elle comptait alors plus de deux cents adeptes actifs et fidèles, en France et à l’étranger.
Malgré le succès qu’il avait rencontré dans sa campagne de propagande, Victor Considérant ne s'estimait pas satisfait; il voulait une arme plus puissante que la parole. En effet, entre les grands ouvrages du maître, si propres à nourrir les médi-
(1) Tamisier à Considérant, 25 octobre 1835 : « Moi, t'en vou- « loir, mon cher Victor, pour ne m'avoir pas écrit : ne ai-je « pas déjà dit que tu avais mieux à faire et qu'on devait tout « pardonner à un homme qui, à lui seul, vient de lancer, cons- « truire et équiper en trois ans le vaisseau de l'avenir? Comme « tu marches, comme tu travailles ! c’est merveille de te suivre; « va, courage, tu as déjà bien mérité de la grande patrie. »
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tations des disciples déjà éclairés, et les expositions assez rapides faites pour répandre çà et là les germes des idées phalanstériennes, il fallait à l’école un livre qu’elle pût présenter aux gens du monde comme renfermant la description compléte de la nouvelle forme sociale qu’elle proposait, C’est alors que Considérant fit paraître un important ouvrage de doctrine réservé à l'expression de la pensée du maître, Destinée sociale, que nous analyserons en détails ultérieurement. Ce livre, qui constitue l'œuvre capitale de Considérant, avait une haute valeur de propagande : « Tel qu'il est, ce livre est utile à la propagation. Il mord sur les intelligences indépendantes, auxquelles surtout il s'adresse ; il plaît aux âmes ardentes, aux cœurs chauds, aux jeunes gens, aux femmes (1). » Aussi était-il fort goûté du public (2).
Mais les opinions et les tendances propres de Considérant ne se manifestaient guère dans Deslinée sociale, œuvre surtout théorique, qui ne devait pas suflire à l’activité personnelle de son auteur, Aussi, le 11 décembre 1835, au congrès historique qui se tint à l’hôtel de ville de Paris, il
(1) Avertissement de la seconde édition.
(2) Pouliquen à Considérant, 14 octobre 1836 : « Il est peu « de personnes à qui on puisse faire lire sans autre prépara- « uon les ouvrages de Fourier. Celui des ouvrages qui réussit « le mieux, c’est Destinée sociale. »
Gagneur à Considérant, 23 novembre 1838 : « Des livres qu'il a en dépôt, c'est Destinée sociale qui s’est le mieux vendu. 800 exemplaires du premier volume sont vendus avant l’achèvement du second. »
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prononça un important discours qui fit grand bruit (1) surtout dans les milieux bien pensants de l’époque ; la presse cléricale d'alors cria au scandale, appelant sur la tête de l’orateur impie les foudres vengeresses de la divinité. La Gazette de France du 18 décembre 1835 lui reprocha d’avoir € entrepris, au nom de la logique de l'orgueil, de flétrir et de condamner la religion de Jésus-Christ et d'imposer le blasphème à une partie de la société ». Dans son numéro du 19 décembre, on lisait ceci : € Les blasphèmes prononcés contre le Dieu du monde moral par le disciple de l’homme qui veut se faire le Dieu du monde matériel sont un fait caractéristique du régime sous lequel la révolution nous a placés... Nous demandons si un fait plus grave, plus anticlérical, plus révolutionnaire enfin, aurait pu se passer sous un ministère de l’extrême-gauche. » L'Univers religieux du 12 décembre, lui aussi, stigmatisa «la faute de Considérant » et félicita Buchez, qui présidait le congrès, d’avoir « réparé cette faute autant qu'il l'a pu en interdisant toute discussion sur cette sortie immorale et en déclarant que l’Institut la repoussait et qu'elle n'aurait point place dans ses archives ».
L'année suivante, Considérant fit paraître Vécessité d’une dernière débâcle politique en France,
(1) Pouliquen à Considérant, 24 octobre 1836 : « Votre dis- « cours à l'Hôtel de Ville a eu du retentissement eton s'en est « ému. »