‹ Victor Considérant: Sa Vie - Ses IdéesChapitre 24 sur 47 · À À ANA AURA · texte numérisé non relu

À À ANA AURA

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Bien qu’absorbé par un labeur opiniâtre et quotidien, Considérant ne se désintéressait pas de la réalisation de la doctrine, et, malgré l’insuccès de Condé, l’idée du phalanstère hantait toujours son esprit. En 1836, Brisbane l’invita à se rendre en Amérique, pays neuf et terre propice s’il en fut à toute expérience sociale (1). Mais, s’il était partisan d’un essai d'application, Considérant estimait

« guère se promettre de succès pour les idées nouvelles que « d'ici à longtemps, et ce serait vous abuser que de vous parler « autrement. »

Talabot à Considérant, 16 août 1837 : « Vos moyens de pro- € pagation n'ont été nullement organisés, Votre journal, jeté « comme au hasard au milieu d’un public inattentif, n’a produit « que bien peu d'effet. Vous avez le tort de ne pas entrer dans « le mouvement des idées et de traiter tous les partis avec un « égal dédain. »

Talabot à Considérant, 7 septembre 1837 : « Je crains que « vous ne vous fassiez illusion sur les progrès de la doctrine « sociétaire. Je ne m'aperçois pas ici (à Limoges) de ces pro- « grès ; je suis à peu près seul à m'occuper de cette étude et je « n'ai pu faire lire à personne ni les ouvrages de Fourier ni vos « publications. »

Bulletin phalanstérien, 15 février 1837, p.34 : « Quant au « petit nombre d'ouvrages de propagation alors publiés, nous « étions réduits à en distribuer les exemplaires à grand nombre « parce que personne ne les achetait, et encore les gens se « faisaient-ils bien prier pour lire ies livres qu’ils recevaient « gratis. »

(1) Brisbane à Considérant, 1° août 1836 : « Je fais tout ce « que je peux ici ; je vais faire traduire et publier les ouvrages « de Fourier ; cela me coûtera 7.000 francs. J'ai l'intention de « viser à un essai pratique ; dans ce but, je me suis engagé « dans les spéculations de terres. »

Brisbane à Considérant, 20 novembre 1822 : « C’est l’'Amé- « rique qui est destinée à réaliser Fourier. Il ÿ a dans ce pays- « ci cet élan, cette facilité pratique nécessaire pour faire de « grands changements. »

que, pour le tenter, toutes les conditions favorables devaient se trouver réunies pour augmenter les chances de réussite ; or ce n'était pas le cas à ce moment, l'échec de Condé étant encore présent à toutes les mémoires ; aussi montra-t-il très peu d'empressement, ce qui lui valut d’amères reproches de Muiron (1). Enfin, cédant aux sollicitations dont il était l’objet, il rappela que le principe sociétaire exigeait pour son application une expérimentation d’abord communale (2); pour l’exécution de ce plan, il fit appel au public, élabora des statuts, établit des devis, mais l'affaire n’alla pas plus loin. Il reprit l'exposition orale et fit des conférences à Lille et à Chartres ; en 1839, il fit à l’Athénée royal un cours de science sociale régulièrement suivi par tout un public avide de s’instruire. On lit, en effet, dans La Phalange, tome 1, page 593 : « Le cours de science sociale professé à l’Athénée royal par M. Considérant s'ouvrira demain 11 janvier, à 9 heures et demie du soir, et se continuera tous les mercredis. »

(1) Muiron à Considérant, 30 juillet 1837 : « Le champ libre vous a été laissé ; une année entière s’est écoulée sans la réalisation attendue... Un jour peut-être regrettera-t-on de n'avoir pas marché nonobstant votre opposition, vos plaintes, vos erreurs. »

(2) La Phalange aux partisans de l’école sociétaire : « Une nation élaut une réunion de communes comme un nombre est une réunion d'unités, la substitution du principe d'association au principe de morcellement dans la société exige avant tout la substitution de l'association au morcellement dans les communes qui sont les éléments, les alvéoles de la société. »

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