SECONDE CAMPAGNE
En 1840 commence une nouvelle campagne de propagande fouriériste ; le but poursuivi par Considérant était alors d'étendre l'influence de l’école en constituant un parti nouveau soucieux surtout des réformes sociales ; mais les fonctions devaient demeurer nettement délimitées entre ce parti et l’école : &« A l’école la science, la direction du mouvement, la réalisation pratique de la théorie sociétaire. Au parti l’exaltation des principes généraux de paix, de liberté, de justice, d'organisa-
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tion du travail et d’unité sociale, l'application de ces principes aux choses de la politique intérieure et extérieure et aux questions de transition. Le parti puise dans le monde et l’école dans le parti(r). » À ce parti il fallait un programme: Considérant le lui donna en 1841 dans le « Manifeste de l'école sociétaire fondée par Fourier » ou « Bases de la politique positive ». Cet écrit donne une idée très juste des prétentions politiques et sociales de l’école qui, par cette profession de foi fondamentale, prenait une position nette en face du public et des partis. C'est aussi à cette époque que Considérant, après avoir fondé une société au capital de 700.000 francs pour la propagation de la théorie de Fourier, fut associé par Muiron à la propriété des ouvrages et manuscrits de ce dernier et entreprit la publication d’une seconde édition des œuvres du maître. Cette tâche exigeait, pour être menée à bien, beaucoup de soin et d’exactitude. Considérant s’en acquitta avec une scrupuleuse fidélité (2).
Cependant la propagande orale n'élait pas
(1) Système des développements de l'école sociétaire, p. 28.
(2) Fourier. Théorie des quatre mouvements, 2° édition, 1841, note, p. 31 : « Fourier a laissé trois exemplaires de la première « édition dont certaines parties étaient couvertes de notes « marginales et qui contenaient en outre des intercalations « considérables. Ces trois exemplaires ont été collationnés « scrupuleusement ; on a reconnu toutes les corrections, toutes « les indications qu’ils contenaient et l’on a déterminé ensuite « les changements qu'il était convenable de faire subir à l'an- « cien texte. »
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non plus délaissée; Considérant exposa à nouveau sa doctrine dans une tournée de conférences au cours de l’année 1841 ; il parla successivement à Cluny, Dijon, Mâcon, Lyon, Versailles (1). Ce fut à Dijon, en février 1841, qu'il fit, au palais des Etats, dans la grande salle de la Société philharmonique, mise à sa disposition par l'autorité municipale, une exposition de la théorie sociétaire de Fourier, qui est, à notre avis, l’œuvre où ses idées en matière économique sont le plus facilement discernables. A cette € Exposition abrégée du système phalanstérien de Fourier », dont nous reparlerons longuement, il consacra quatre séances, au cours desquelles un auditoire de six cents personnes d'élite, séduit par le ton de franchise et de bonne foi, par l’élocution facile, par la justesse et la lucidité des raisonnements de l’orateur, lui donna fréquemment des preuves très vives d’assentiment. Cette exposition eut, elle aussi, une influence très utile au progrès de la cause (2).
(1) La Phalange, t. 2, p. 352 : « M. Considérant vient de ter- « miner l'exposition qu'il faisait de la théorie sociétaire dans « les salons de la Société des sciences morales de Versailles. « Cette exposition a été suivie avec assiduité et écoutée avec « intérêt. M. Considérant se rend en ce moment à Dijon, où il « se propose d'ouvrir des conférences sur la doctrine phalans- « térienne. »
(2) « Il est certain que les partisans de l’idée de Fourier sont « aujourd’hui plus nombreux dans notre ville (Dijon) qu'ils ne « l’étaient avant le passage de M. Considérant. La théorie pha- « lanstérienne a des amis dans toutes les classes de la société « et dans tous les partis politiques. Beaucoup de personnes
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Au cours de l'année 1845, Considérant fit de nouveau des cours de science sociale à Beaugency près Orléans, Saint-Quentin, Reims, Mézières, et, en 1846, à Lille, Lausanne, Genève. A Paris, l’école avait son siège rue de Tournon, puis 2, rue de Beaune ; c’est de ce centre directeur que Considérant se tenait en correspondance avec tous les phalanstériens non seulement de France, mais de l'étranger. En Suisse, Genève, Zurich, Lausanne, en Italie, Gênes et Florence, en Espagne, Madrid et Barcelone, virent se constituer des groupes phalanstériens qui fonctionnèrent longtemps (1). Grâce au zèle et au dévouement dont il fit preuve, des centres d'action furent également créés en Angleterre, en Autriche, en Allemagne, en Portugal et surtout en Amérique, où on vit se fonder plusieurs sociétés fouriéristes ; sous l'influence de Channing, le mouvement prit au Nouveau-Monde un caractère religieux, car certaines sectes protestantes y voyaient une réalisation supérieure de la charité.
« lisent maintenant les ouvrages de l’école sociétaire, et l’on « pourrait citer des femmes d’un esprit très distingué qui s'oc- « cupent avec intérêt de l'étude du système et qui forment des « vœux pour sa prompte réussite » (Exposition abrégée du système phalanstérien, p. 53, note de l'édition de 1841.)
(1) Considérant à Young, 9 septembre 1842 : «J'ai trouvé ici « le prince de Canino, qui m'a très vivement engagé, dans « l'intérêt de nos idées, à me rendre au congrès de Florence, « qui va s'ouvrir dans le courant de ce mois. J’ai des raisons « de penser qu’en paraissant à ce congrès je pourrais jeter en « Italie des germes féconds de développement, et, d'après ce « que m'a dit le prince, je suis assuré d’avance de la protection « bienveillante du grand due de Toscane. »
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