‹ Victor Considérant: Sa Vie - Ses IdéesChapitre 27 sur 47 · LT QUES · texte numérisé non relu

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Mais c’est encore en Belgique que Considérant répandit en personne avec le plus de succès les idées nouvelles : lorsqu'il s'y rendit, en 1845, sa réputation avait grandi; les articles de La Démocratie pacifique étaient souvent reproduits avec de pompeux éloges dans Le Débat social, le principal journal radical et démocrate belge, qui lui savait grand gré de ne manifester aucune hostilité contre la LE 1 de juillet ; il semblait naturel aux démocrates belges que Considérant cherchât à obtenir pour ses réformes l’appui des hautes classes et du monde officiel. C'est dans ces conditions qu il ouvrit, le 29 octobre 1845, à la salle de la Philharmonie de Bruxelles, une série de dix conférences sur l’œuvre de Fourier, et spécialement sur l'association industrielle et l’organisation du phalanstère ; il apportait à l'appui de sa thèse des déductions mathématiques et des arguments scientifiques qui révélaient l’ancien polytechnicien. Il eut pour auditeurs tous ceux qui s'intéressaient aux questions sociales, les plus hautes notabilités de la politique, de la magistrature, de l'administration, de l’armée. Avant son départ, ceux qui l'avaient entendu, charmés par sa parole persuasive, son élocution aussi aisée qu'abondante et sa science profonde, lui offrirent un grand banquet, à l'issue duquel Alexandre Delhasse, rédacteur en chef du Débat social, après avoir rendu hommage à la mémoire de Fourier, « cet homme immortel dont l'immense et puissant génie a découvert les lois de notre destinée »,

porta un toast au héros de la fête : « Puisse ce savant et courageux propagateur de la foi sociale recueillir partout autant de marques de sympathie

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qu'il en a recueilli parmi nous ! Puisse-t-il, partout

comme ici, rallier sous la pacifique bannière des phalanstériens autant de bons esprits, de cœurs nobles et généreux, autant d'hommes de science, d'intelligence et de bonne volonté... A l'aspect des terres d'harmonie que je vois se développer à l'horizon, je sens que le monde est sur le point de se transformer... Que le premier phalanstère s’établisse et le monde est sauvé (1). La terre redeviendra ce qu’elle était avant la chute de l’homme, avant la déviation de notre destinée; elle redeviendra ce que Dieu veut qu’elle soit pour nous tous, c’est-à-dire un Eden, un séjour de joies perpétuelles et d’ineffable bonheur (2). » Après lui,

(1) Owen, lui aussi, considérait une expérience heureuse comme suffisante pour déterminer les hommes à accepter une organisation socia'e susceptible de leur procurer un bonheur impérissable. « Il ne se formera pas, disait-il, une seule de ces « associations, sans qu'elle n’inspire à la société le désir d’en « former d’autres; elles se multiplieront rapidement... Le « caractère, la conduite des individus formés d'après le nou- « veau système seront bientôt la preuve vivante de la supério— « rité de cet état de choses nouveau sur l'état de choses an- « cien, et l'ancienne société ne tardera pas à disparaître, » (Report to Country of Lanark, p. 303, 289.)

(2) « Les temps sont proches, déclare Robert Owen dans le « dernier numéro de La Crisis, les temps sont proches où le « système maudit du vieux monde d'ignorance, de pauvreté, « d'oppression, de cruauté, de crimes et de misères disparai- « tra... Hommes de toutes les nations et de toutes les couleurs, « réjouissez-vous avec nous de ce grand événement qui est « tout près de se produire ; les temps sont proches où l’huma-

Louis Defré s'exprima en ces termes : « Victor Considérant, vous êtes venu parmi nous et vous y avez trouvé des cœurs dévoués; vous qui nous avez appréciés, dites là-bas dans votre pays ce que nous sommes ; dites à cette France d’où part aujourd'hui la lumière que, de même que nous nous sommes levés pour marcher avec elle à la conquête des réformes politiques, nous nous levons encore aujourd'hui pour marcher avec elle à la réalisation de l'harmonie sociale. » Enfin, Lucien Jottrand, au nom des démocrates chrétiens, s’applaudit vivement de ce que « le représentant d’une école aussi puissante que l’école sociétaire repoussait avec autant d'énergie les idées de conquête dont étaient imbus la plupart des radicaux de France ». L’année suivante, Considérant envoya en Belgique son ami Avril, puis

« nité sera délivrée de toutes ses faiblesses et de toutes ses « folies. Ne regrettez pas que La Crisis expire, car elle ne « meurt que pour être remplacée par Le Nouveau Monde « moral, dans lequel vérité, travail et science régneront à « jamais. » :

Le premier numéro du New moral World (1* novembre 1834), journal hebdomadaire destiné à exposer en détail les principes de système rationnel de société, annonce la venue d'un nouveau monde moral, « où le mensonge n'aura plus de place, où la pauvreté et l’inhumanité seront inconnues, où l’esclavage et la servitude n’existeront plus, un monde où de l'amour naïîtra un bonheur exquis que n’assombrira aucune misère. un monde où tous les biens seront produits en abondance et où tous jouiront de cette abondance ; un monde d'où seront bannies les mauvaises passions et où l'Amour et la Raison présideront avec sagesse aux destinées de la race humaine. » (DocLéans. Robert Oiven, p. 303.)

Hennequin, rédacteur à Za Démocratie pacifique, qui préchèrent le fouriérisme dans les principaux centres du pays.

Rentré en France, il présida, en 1847, à Paris,

un grand banquet anniversaire de la naissance de Fourier, auquel il avait convié tous les phalanstériens présents dans la capitale; on y célébra en grande pompe la gloire de l’inventeur de l’harmonie. De pareils banquets eurent lieu dans 34 villes de France, et même à l'étranger, à New-York, à Rio-de-Janeiro et jusqu’à l’île Maurice.

C’est alors que les théories fouriéristes eurent dans le monde entier leur plus grande notoriété ; Grün, dans son livre Die sociale Bevegung in Frankreich, publié à Darmstadt en 1845, prétend qu’à cette époque le Français le plus populaire à l'étranger, après Napoléon, était Fourier.

Les soins que réclamait la direction de son jour-.

nal et son grand travail, ?rincipes du Socialisme, ne permirent pas à Considérant de tenir, avant l'hiver de 1847-48, la promesse faite au banquet de Bruxelles de revenir bientôt en Belgique. L’Indépendance du 22 janvier 1848 annonce que «M. Considérant à projeté d'aller à Tournai exposer le système de Fourier sur l’organisation du travail ». Un autre journal parle de ses prochaines conférences à Gand et à Louvain. Au commencement de février 1848, il est à Liège, où il entreprend à la Socicté d’émulation une exposition du système fouriériste ; tous les soirs, devant un auditoire de 1.200 personnes, il développe ses vues organisa-

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trices : « Le moment est propice pour les questons sociales, disait-il ; les grands ministres seront ceux qui sauront les mettre à l'ordre du jour et les résoudre ». Des applaudissements nourris accueillent la description d'une commune sociétaire et du travail attrayant, la critique du régime électoral, la distinction entre la communauté et l’association. De même qu'à Paris, à Liège, sa parole plait beaucoup aux officiers ; la lettre qu’il écrit, le 12 février, au ministre de l'Intérieur, contient des détails curieux sur leur état d'esprit, leurs mœurs et leurs habitudes aux approches de la révolution.

Dans L’/ndépendance du 25 au soir, on lut : « Le cours donné à la Salle d’émulation par M. Considérant est suspendu ; les événements le forcent de rentrer à Paris. » Ces événements, c'était la chute de la monarchie de Louis-Philippe, l'avènement de la seconde république française.

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