‹ Victor Considérant: Sa Vie - Ses IdéesChapitre 43 sur 47 · ÉTAT DE LA SOCIÉTÉ : LE PROBLÈME SOCIAL ET SES DEUX SOLUTIONS · texte numérisé non relu

ÉTAT DE LA SOCIÉTÉ : LE PROBLÈME SOCIAL ET SES DEUX SOLUTIONS

Dans ce petit volume, l’auteur s'attache à démontrer que le droit démocratique véritable est différent du droit révolutionnaire et lui est supérieur.

Aujourd’hui l'esprit est devenu démocratique, le droit des sociétés modernes est le droit de tous à tout. Mais longtemps le principe démocratique fut confondu avec le principe révolutionnaire, et la guerre fut longtemps la seule manifestation de l'esprit nouveau, si bien que l’œuvre d’organisation de cet ordre nouveau demeure la tâche de notre époque. En effet, la révolution ayant renversé l’ordre féodal,: a laissé sans organisation l’ordre industriel, livrant au laissez faire et à la concurrence tout le domaine de la production et de la répartition des richesses.

L'ordre social actuel est issu d’une révolution, mais il est aristocratique, sinon en droit du moins en fait. En effet, c’est par l’argent, l'instruction

ou la faveur que les individus prennent rang dans l'ordre social ou politique. Or, l'instruction ou la faveur supposent préalablement la fortune, et celle-ci ne se transmet que par la naissance ou les alliances. Aussi toutes les hautes positions politiques, financières, industrielles, commerciales, et presque toutes les fonctions publiques sont monopolisées par les familles riches ; une caste industrielle et financière puissante se développe, qui se substitue à l’ancienne féodalité de naissance. La libre concurrence ayant pour effet de déprécier le salaire, la misère des travailleurs augmente sans cesse, la petite propriété est menacée par la grande. La société est divisée en deux classes, l’une possédant tout, l’autre dépouillée de tout et vivant dans une complète dépendance des détenteurs du capital et des instruments de travail. La liberté n'existe pas, puisque pour avoir de quoi manger tout prolétaire est obligé à trouver un maître. Cet état n’est pas spécial à la France ; il est caractéristique de la civilisation moderne en général; la Grande-Bretagne présente au plus haut degré ce phénomène de la concentration des capitaux entre les mains d’une aristocratie peu nombreuse. Cette situation n’est pas sans danger, car les classes populaires, lasses de leur existence misérable, commencent à comprendre que le droit au travail n'est pas moins sacré que le droit de propriété, et voudront bientôt sortir à tout prix de cet enfer social. « Nos masses dénuées et pauvres, plongées dans les flots du grand luxe

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des capitales, contemplant à chaque pas dans les offices des changeurs les billets de banque et l'or à pleines sébiles ; voyant dans les nombreux magasins les vêtements les plus confortables, les plus riches étoffes, les comestibles les plus substanüels; éclaboussées par les brillants équipages ; excilées par les bruits et les chants qui sortent des théâtres ; agacées par l’aspect'de toutes les Jouissances qui leur sont interdites, n'offrent-elles pas une immense réalisation humaine du supplice de ce Tantale, tourmenté par une faim et une soif éternelles au milieu des fruits et des eaux trompeuses qui fuient sans cesse ses lèvres desséchées (1)? »

Pour résoudre le problème social, il est un moyen violent et illusoire qui consiste à attaquer la propriété individuelle dans son principe et à décréter la communauté des biens en dépouillant par la force les riches au profit des pauvres. Ce procédé révolutionnaire, qui semble séduire les masses populaires, est négatif, destructeur et antisocial. Le seul principe susceptible de changer en coopération la lulte séculaire entre le capital et le travail, c’est l'association. Par une savante combinaison du capital, du travail et du talent, qui sont les trois sources de la richesse, on substituera au désordre général un emploi utile de toutes les forces productives de la nation. Ce qu'il faut, c'est organiser les droits et les intérêts

(1) Principes du socialisme, p. 16.

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des travailleurs et introduire dans le régime de la production et de la répartition des richesses plus d'ordre, plus de justice et plus de liberté.

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