‹ Victor Considérant: Sa Vie - Ses IdéesChapitre 45 sur 47 · FOR · texte numérisé non relu

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qui ne seront pas inscrites seront nulles à l'égard des tiers. » La seconde avait pour but d'instituer « dans chaque arrondissement de la République, à l'instar des chambres de commerce et par des voies et moyens analogues, une chambre des producteurs de l’agriculture et une chambre des producteurs de l’industrie ». Dans la troisième, Considérant demandait la création d'un ministère du progrès chargé spécialement de l'examen « des inventions et perfectionnements techniques de l’industrie et des instruments de travail et des propositions d'amélioration sociale présentées sous des formes pratiques et susceptibles de se prêter à des épreuves locales ». Enfin, dans la dernière, nous savons qu'il avait proposé l’expérience d'une commune sociétaire,

A l'appui de ces propositions, il prononça un grand discours dans lequel ses convictions phalanstériennes étaient nettement exprimées. L’accueil que lui fit l'Assemblée fut d’ailleurs peu favorable ; la droite surtout donna des marques fréquentes d’impatience. L’orateur débuta en ces termes : « L'école à laquelle j'’appartiens porte dans ses flancs le salut, la liberté et le bonheur du monde. » Puis il démontra que la société moderne a pour tâche essentielle de concilier l’ordre et la liberté, l’ordre étant le classement et la hiérarchie des fonctions, des personnes et des choses, et la liberté le pouvoir de satisfaire ses besoins légitimes et de développer ses facultés, A ce problème, le socialisme prétend donner une solution,

et Considérant définissait ainsi le socialisme : «Le socialisme est une aspiration générale, catégorique, irrésistible, vers une société meilleure, vers un état de choses qui diminue les luttes, les discordes intestines, les haines et les hostilités des classes, qui réduise ou efface les oppressions, les fourberies, les vices et toutes les misères, produits quotidiens de l’état de choses actuel, vers une société où il n'y ait plus de révolutionnaires ni même de socialistes, vers une société enfin qui réalise beaucoup d'ordre avec beaucoup de liberté (1). »

Mais quels moyens emploiera le socialisme ?

À ce point de vue, un malentendu sépare le parti du progrès et le parti de la modération ; le premier soutient que les réformes sociales ne peuvent s’accomplir que par une révolution, le second admet qu'un ordre nouveau s’est constitué par le seul fait de la destruction de l’ordre féodal. Considérant n’admet aucune de ces deux idées ; en effet, la société actuelle, que l’on eroit à jamais débarrassée de toute féodalité, tend en réalité à la formation d’une nouvelle féodalité « déterminée par la conquête nécessaire, infaillible, dans le système industriel, de ceux qui sont armés, de ceux qui possèdent les instruments de travail, les richesses, sur ceux qui en sont dépossédés, qui n’ont que le travail et qui sont fatalement vain-

(1) Discours du 14 avril 1849. p. 18,

cus dans la lutte contre des concurrents bien pourvus (1). »

Les hommes de la révolution n’ont donc établi qu'une liberté illusoire, car elle est dépourvue de toute garantie sociale; la concurrence est dépréciative du salaire, ce qui fait que ceux qui ne jouissent d'aucun privilège économique ne trouvent dans leur travail aucune sécurité; ils se trompent donc, ceux qui soutiennent que les classes pauvres « peuvent s'élever à la propriété à force de persévérance, par l'usage combiné du travail, de la vertu et de la caisse d'épargne » (2).

Les socialistes répondent à ces sophistes : pour en triompher, ils n'ont qu’à inscrire en tête de leur programme la revendication du droit de propriété ; c'est que tout homme possède sur les valeurs que son activité a produites un droit absolu et intangible qui doit se réaliser avec toutes ses conséquences.

C'est par le crédit que Considérant propose de commencer la réorganisation économique et sociale : il demande la constitution du crédit foncier pour liquider la dette hypothécaire actuelle ; dans chaque arrondissement, une banque terriloriale organiserait le crédit industriel sur les denrées, les produits et les marchandises, et le crédit agricole sur les terres ensemencées, et sur les bestiaux, Ces mesures permettraient d'ouvrir & l'ère

(1) Discours du 14 avril 1849, p. 29, (2) Id., p. 35.

de l'harmonie intégrale et universelle » et de réaliser enfin la destinée sociale de l'humanité que le génie de Fourier nous a révélée. « Cette destinée rayonnante de liberté, j'y crois. Je fais plus que d'y croire; je la connais et je la sais. Je fais plus que d'y croire, de la connaître et de la savoir, je vous invite à présider à son inauguration (1). »

(1) Discours du 14 avril 1849, p. 100.

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