‹ Victor Considérant: Sa Vie - Ses IdéesChapitre 6 sur 47 · ON · texte numérisé non relu

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part dans mes ouvrages. Sans doute, puisque l'une est le règne du mensonge, l’autre en est l’organe. »

Le besoin se faisait donc sentir d'un chef véritable, capable de mener activement la propagande fouriériste et de lui donner en même temps une direction pratique. Instinctivement, les yeux se tournèrent vers Considérant, qui suivait alors les cours de l'Ecole d'application de Metz, où, préludant aux efforts qu'il devait si brillamment soutenir pour la propagation de la théorie sociétaire, il faisait déjà des conférences publiques. Malgré l'opposition de sa famille, il avait envoyé une première fois, le 15 mai 1832, sa démission au maréchal Soult, alors ministre de la guerre. « Je vois, lui écrivait-il, dans la doctrine de Fourier le salut du monde, et je veux me vouer tout entier à la répandre. » Le maréchal avait répondu : « Monsieur, le corps d'état-major a besoin de bons officiers comme vous. Je n'accepte pas votre démission, mais je vous accorde un congé illimité. Si vous ne réussissez pas dans vos plans de réforme, vous viendrez reprendre dans l’armée le rang qui vous appartient. » Après sa réintégration succédant à l’indisponibilité pour adhésion à la ligue nationale (1), Considérant n’avait cessé de

4) « Le ministère Casimir Périer, du 13 mars 1831, s'attaquait aux associations qui avaient la prétention de remplir des lacunes dans l’action du gouvernement et spécialement à l’Association nationale créée à Metz, puis à Paris, sous prétexte de combattre les Bourbons. Il interdit à tous les fonctionnaires

chercher à s'affranchir des obligations militaires et de demander des congés. Dès sa vingtième année, il s'était d'ailleurs montré indépendant et libéral, militaire peu discipliné, mais avide de lutte. Voici comment il s’exprimait dans ses lettres à un ami de son père : (Notre vie est si monotone, un jour est si semblable à l’autre, que la vie est ici de l’immobilité, et vous savez que l'immobilité n’inspire guère. Qui me délivrera de ces sots règlements, m'écriai-je souvent dans ma fureur contre la discipline et le bruit despotique de nos tambours ! Aussi c’est bien dur pour un enfant de la liberté d’être en prison à vingt ans, quand, jusqu'à dix-huit, il a couru à sa guise à la campagne, à la ville, dans les rues, voire même sur les toits (1). Tout cela ne m’empêche pas de trouver détestable la vie que je mène et d'appeler sa fin de tous mes vœux. On m'a prédit, il y a déjà longtemps que je ne serais jamais heureux et content ; jusqu’à présent, la prédiction s’est bien réa-

lisée ; mais je veux espérer lui donner un démenti

un jour. Au fait, je suis un malheureux : quand je vois mes camarades de l’année précédente partir pour Alger, quand je pense à combien peu il a tenu que je ne sois de cette promotion-là, il me

d'en faire partie, et, pour l'exemple, destitua quelques personnages importants comme Alexandre Delaborde, aide de camp du roi, et le général Lamarque, commandant supérieur des départements de l'Ouest ». (Lavisse et RAmMBAUD, Histoire générale, t. 10, p. 380.)

(1) Considérant à Thelmier, 31 mai 1898.

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