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chaine, je quitterais tout à l'instant pour me consacrer tout entier, ainsi que vous le faites, et sous vos auspices et direction, à la propagation d’une doctrine si sublime et à la fois si simple, puisqu elle ne fait que suivre pas à pas les indications de la nature qu'on avait jusqu'alors méconnues » (1). « Grâces et gloire vous seront enfin rendues pour vos grands et immortels travaux, vous révélateur de la loi divine et éternelle de l'attraction, soleil des intelligences, novateur hardi, habile pilote qui avez su, au milieu des orages, des tempêtes et des écueils, conduire au port la barque des destinées » (2). Enfin, au mois de juin 1832, Brisbane écrivait à Lechevalier : « Je vous avoue que je suis resté dans le plus grand étonnement et la plus grande admiration devant ce livre (le traité de l'Association). Quel cerveau ce doit être que celui de cet homme ».
Cette attitude extérieure de thurifèraires n'était qu'une apparence. Fourier, déjà vieux et malade, était d’un caractère assez difficile; sa susceptibilité et son irritabilité étaient extrêmes, et sa sauvagerie de vieux garçon n’avait fait que s’accroître avec l’âge. C'était un original et il n'y eut jamais de véritable communication entre lui et le reste des hommes, entre « ce génie boudeur retiré dans sa tente » et un monde qui l'avait froissé faute de le connaître. Il habitait une petite cham-
(1) Loysel à Fourier. 28 novembre 1833.
(2) Boutroux à Fourier, 19 mars 1837.
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bre dénuée et triste, d'abord à lhôtel de Hollande, rue Richelieu, puis rue St-Pierre de Monmartre (aujourd'hui rue Paul-Lelong). C'est là qu'il vivait solitaire, chagrin, incompris et ignoré du plus grand nombre, se demandant s’il assisterait jamais à la réalisation de son rêve.
L'intransigeance de ses principes le portait à blâmer surtout ceux qu'il appelait « les disciples aventureux » auxquels sa critique sévère et pointilleuse reprochait des erreurs dans l’interprétation de sa doctrine. Voici comment s’exprimaient, en parlant de leur maître, deux de ces disciples aventureux : « Je vous déclare que toutes les fois que je parle de Fourier, je distingue Fourier le génie sage et Fourier le génie extravagant » (1). Ou encore : « Comme les saint-simoniens, Fourier est exclusif. Il croit qu'il a découvert seul toute la vérité et que dans l’application l'expérience même n’apportera à son plan aucune modification. Ses calculs ne sont pas infaillibles, car ils le conduisent à des erreurs certaines » (2). Jamais il n’y eut un mot de sympathie, d'éloge, d'encouragement du maître aux disciples, si bien que Mme Vigoureux dut même prendre un jour la défense de Considérant. & Pourquoi donc, écrivait-elle à Fourier, semblez-vous triste et malheureux dans le moment où il y a de si belles espérances, où depuis un an les choses ont marché mieux que
(4) Le Moyne à Lechevalier, 1832.
(2) Renaud à Lechevalier, 25 mai 1832.