‹ Victor Cousin et le mysticismeChapitre 12 sur 16 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

POUVONS-NOUS SUR LES DONNÉES DU SENTIMENT ARRIVER DIRECTEMENT A LA CONNAISSANCE DE DIEU.

« Dieu sensible au cœur. »

Au pointoù nous en sommes arrivé de cette étude, nous devinons déjà le grand rôle du sentiment.

L'homme sent qu’il y a du beau et du laid dans le monde, et en réalité il ne sait pas ce que c’est que le beau, ni ce que c’est que le laid. Il sent qu’il y a du bien et du mal, et il ne sait pas davantage ce que c'est que le bien, ni ce que c’est que le mal! Mystère éternel et sublime que l’âme ainsi aime et poursuive ce qu’elle ne connaît pas !

Cette soif de l’inconnu, ce pressentiment de l’invisible est bien peut-être le caractère le plus étonnant de l’homme, celui qui le grandit et qui l'élève le plus.

Il est des moments où il possède ou croit posséder, ce qui revient au même. la beauté ou le bien dans la plus large mesure possible. Pourtant son âme n’est pas satisfaite, elle s'inquiète encore et subit une irrésistible poussée vers quelque chose de mieux !

Il est des heures où tous les désirs de l’homme semblent s’être réalisés ; aucun nuage ne semble pouvoir obscurcir son bonheur. Pourtant la joie qui remplitson

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cœur est mêlée d’une tristesse vague et indéfinissable, comme s’il y avait encore en lui un désir qui n’a pu se réaliser.

En revanche, aux heures de plus amère tristesse, quand il doute de lui-même et des autres, il se sent néanmoins soutenu par une force mystérieuse. Quand toutes les voix de la terre semblent lui crier : désespoir ! une voix s’élève en lui, et plus forte que toutes les autres elle crie : espère ! Kspére en qui? Là est le mystère.

I est des mouvements incompréhensibles : il est des sourires, des soupirs et des larmes, auxquels on voudrait en vain essayer d’attribuer une cause.

Ce monde en un mot ne suffit point à notre âme qui subit l’attraction d’un monde invisible. Comme ils’élançait vers le bien et la beauté terrestres, comme il soupirait au contact de ces choses dont il ne connaissait pas la nature, ainsi notre cœur s’élance et soupire après ces réalités qui lui sont révélées d’une facon aussi mystérieuse. La croyance à ces instincis profonds, à ces élans irrésistibles de l’âme, c’est ce que nous appellerons le mysticisme, le bon mysticisme, celui qui se trouve à la base de toute religion.

On s’est beaucoup moqué du rôle étonnant que Pascal attribuait au cœur. Peut-être en effet serait on en droit de sourire quand il dit « le cœur sent les prémiers principes ! ; » mais combien en revanche il me paraît être dans le vrai quand il s’écrie : « C’est le cœur qui sent Dieu, et non la raison. Voilà ce qu'est la foi : Dieu sensible au cœur ?. »

1 Pensées, édit. Havet. Art. VIII.

2 Ibid. Art. XXIV.

Tous ceux qui ont fouillé avec soin l'âme humaine ont bien vu qu'il en était ainsi. Récemment encore, un penseur qui n’est pas un théologien n’a pas craint de répéter pour son propre compte le mot de Pascal". Prenant pour devise cette pensée du Christ : % fasraeie roù Beoù évroc üudy és ?, il s'efforce de montrer que le mystère de la religion se passe tout entier dans les replis les plus cachés de notre âme. « Toutes les tentatives mystiques ne doivent que rappeler l’homme au dedans de lui-même, et à des principes plus intérieurs qu'il n'avait pas vus d’abord par légèreté ou par égoisme *. » Mais l’auteur, selon nous, a tort d'identifier Dieu avec le bien et de dire que ce Dieu n'est en somme autre chose que « notre propre cœur élevé à la n° puissance #. » Ce n'était évidemment pas là le Dieu de Pascal.

Nous ne croyons pas non plus que Dieu se doive réduire à un simple état d'âme. L'œil nous a été donné pour voir les objets matériels, l'oreille pour saisir les sons d’une essence déjà plus subtile. A chaque organe sa propre fonction. Au cœur est échue la fonction délicate et sublime de percevoir l’invisible, d'entrer en relation avec les réalités éternelles morales et religieuses.

Dans la mesure où se fait cette relation, notre cœur est vivement ému. Au contact du divin, il se développe, il s’épanouit, ou parfois il se resserre. de là tous ces mouvements imprévus que nous n’a-

Paris 1897.

> Luc XVII, 21.

5 Récéjac, ouv. cité, p. 204.

1 E. Récéjac «Essai sur les fondements de la connaissance mystique »

vions pu comprendre. Et comme notre cœur c’est nous-mêmes, je veux dire la partie la plus intime de aotre être, le Dieu qui ne se révèle qu’à lui, que nous ne connaissons que par ses modifications, nous apparait d’une part comme intérieur à nous, comme faisant partie intégrante de notre être moral : et d’autre part cependant, nous sentons bien qu'il n’est pas nous et qu'il est au-dessus de nous. Mystère insondable qui fait toute la religion. Jamais il ne sera éclairci et jamais l’homme v’aura d’autre preuve d’un Dieu extérieur que la révélation intérieure.

C’est ce que saint Augustin avait bien compris et ce qu'il disait dans une phrase éloquente : « Quel est cet être qui de temps en temps brille au dedans de moi et frappe mon cœur sans le blesser ? Devant lui, je frémis de crainte et je brûle d'amour. Je frémis de crainte en° voyant combien je diffère de lui, je brûle d'amour en voyant combien Je lui ressemble !. »

Ceci ce n’est pas de la dogmatique, mais c’est quelque chose qui reste bien au-dessus. C’est simplement un fait d'observation et d'expérience, c’est de l'analyse psychologique. Le dogme, qui est un produit rationnel, viendra plus tard s’édifier là dessus et l’on arrivera ainsi à bien des abus. Mais que, dog-matiquement parlant, on appartienne à la théologie traditionaliste ou à celle qu’on veut appeler rationaliste peu importe ; si un est religieux, on est toujours obligé d’aller puiser à la source intime et inépuisable du cœur, d'où jaillit la vraie foi et la vraie vie de l'esprit.

1 « Quid estillud quod interlucet mihi, et percutit cor meum sine læ-

sione : et inhorresco, et inardesco. Inhorresco in quantum dissimilis ei sum, inardesco, in quantum similis ei sum. « Conf. XI, IX. ’

Le premier acte religieux, est toujours la prière, au sens où l'entend M. Sabatier «non pas la répétition de certaines formules sacrées, mais le mouvement de l’âme se mettant en relation personnelle et en contact avec la puissance mystérieuse dont elle sent la présence, avant même de pouvoir lui donner un nom !.»

N'est-ce pas ce que le Christ avait dit dans les béatitudes * ? « Heureux les pauvres en esprit car le royaume des cieux est à eux ! » Les pauvres en esprit, c'est-à-dire ceux qui sont assez naïfs pour croire aux choses qu'il n’ont pas vues et qu’ils n’ont pas entendues ; ceux qui ne cherchent pas à comprendre l’incompréhensible et qui se confient en Dieu, non point parce qu’on leur en a démontré logiquement l’existence, mais parce que les élans de leur âme les poussent vers lui.

Et encore : « Heureux ceux qui ontle cœur pur car ils verront Dieu ! » Pensée profonde qui est un complément de l’autre. Heureux ceux qui auront su garder leur cœur tel qu’il leur avait été donné et ne auront pas comprimé : ceux qui n’auront pas laissé les raisonnements et les méchancetés du monde ternir le miroir pour l'empêcher de saisir l’image divine ! :

Voilà rapidement indiqué ce que doit être pour nous la connaissance mystique. Nous pourrions tout aussi bien l’appeler connaissance scientifique, car pour être d'ordre moral et tout à fait intimes, les faits sur lesquels elle repose n'en sont pas moins réels. Bien des penseurs modernes nous refuseraient ce droit ; nous

l A. Sabatier, « Esquisse d'une philosophie de la religion... » P. 24. 2 Matt. V, 3 et 8.

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leur faisons volontiers cette concession, nous nous contentons de les suivre dans leurs spéculations ingé- Anieuses et de constater l'impossibilité où ils sont de rendre compte d'une foule de choses. Le Dieu des savants ne mérite pas ce nom ; il est trop abstrait et il nous est trop étranger. Notre Dieu, au contraire, est un Dieu intérieur, que nous pouvons par suite saisir et aimer.

Cousin est un mystique

Il semble que nous ayons oublié l’éclectisme et son fondateur ; ces quelques remarques sur le mysticisme étaient nécessaires pour montrer que la raison toute seule est incapable de nous élever iusqu’à Dieu. Nous nous proposons maintenant de montrer que Cousin lui-même était un mystique au vrai sens du mot, c'est-à dire que pour lui aussi l’origine de toute religion était bien dans le sentiment. Qu'on ne s’étonne pas alors, de trouver ici quelques citations assez longues.

Aussi bien que personne, Cousin avait saisi les mouvements intimes de l’âme, ses mélancolies et ses aspirations secrètes. Il avait compris que l'humanité tout entière est tourmentée par le besoin de sortir du cercle de relativité où le monde l’enferme ; dans tous les cœurs il avait découvert le désir caché de Pinfini et de Dieu. Désir si puissant qu'il perce dans toutes nos actions et dans fous nos amours, dans l’amour des choses les plus vulgaires comme dans celui des choses

les plus grandes et les plus nobles. Nous ne pouvons

résister à la tentation de citer une page magnifique où Cousin dépeint admirablement cette angoisse de

l'âme qui soupire après Dieu . « L'enfant ne s'élève pas de prime abord aux idées de beauté, de vertu, de vérité : il s'attache aux formes sensibles ; il s'arrête au monde extérieur qu’il prend pour l’être lui-même ; il sourit à la nature, il se joue sur le sein de sa nourrice qui le regarde avec compassion et le laisse dans cette heureuse ignorance. Mais bientôt ce monde extérieur ne peut contenter ses désirs, la rose qu’il a aimée lui devient indifférente ou lui déplait, il l’effeuille, la sème sous ses pieds et court à d’autres plaisirs, il espère trouver dans cette n-ture, infinie àses yeux, quelque bien où se reposera son amour. Mais la réflexion arrive, elle détruit son illnsion et son innocente espérance ; il comprend que la nature ne peut pas lui donner ce qu’elle n’a pas, et qu’elle n’est point ce qu'il désire ; il la dépasse, il tend volontairement au même but où l’entrainait une tendance spontanée ; sa fin est la même, mais il l’ignorait tout à l'heure et maintenant il la connait. ! »

Avons-nous dit quelque chose de plus tout à l’heure, quand nous avons affirmé que la religion était à l'origine un simple épanouissement de l’âme qui tend à se mettre en rapport avec l'être qui agit sur elle comme agirait un aimant puissant ? Dira-t-on que ce passage de Cousin indique seulement une angoisse vague, un désir inassouvi d’inconnu qui wa au fondrien de religieux ? Ce serait oublier que, dans son principe, a religion est un besoin confus et indéfini.

D'ailleurs il suffit de lire avec un peu d'attention les leçons de Cousin pour voir ce besoin se préciser

1 Du Vrai, du Beau, du Bien, 1'* édition 1836.

davantage, et avoir l'impression que, dans son ensemble, sa philosophie est fortement empreinte de mysticisme. On trouve cà et là des passages aussi expressifs qu’on le peut désirer. Nous ne pouvons les tous reproduire ; méditons cependaut celui-ci : « La preuve la plus répandue et la plus touchante de l’existence de Dieu n'est-elle pas cet élan du cœur qui, dans la conscience de nos misères et à la vue des imperfections de tout genre qui nous assiègent, nous suggère irrésistiblement l idée confuse d’uu être infini et parfait, nous remplit à cette idée d’une émotion inexprimable, mouille nos yeux de pleurs et nous prosterne à genoux devant celui que le cœur nous révèle, alors même que /a raison refuse d'y croire ? » Qui donc pourrait faire du sentiment une apologie plus brillante et plus enthousiaste ? qui pourrait lui donner un rôle plus grand et lui mieux subordonner la raison ? Il est vrai que Cousin continue sa phrase, et la seconde partie contredit la première. « Regardez-y de plus près, vous verrez que cette raison incrédule c’est le raisonnement appuyé sur des principes d’une portée insuffisante ; vous verrez que ce qui nous révèle l'être infini et parfait, c'est précisément la raison ellemême, et que c’est ensuite cette révélation de l'infini par la raison qui, passant dans le sentiment, produit l'émotion et les ravissements que nous avons rappelés. ! » Voilà bien des complications inutiles et qui n'ont d'autre résultat que de rendre obscure la pensée de l’auteur. J’avoue ne pas comprendre cette incrédulité de la raison à l'égard des choses qui lui sont

1 Du Vrai, du Beau, du Bien; édition de 1853 ; 17° leçon.

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révélées, et je me demande pourquoi Cousin a éprouvé le besoin de mettre le cœur en avant si c'était pour retirer aussitôt ce qu’il avait avancé. Je sais bien qu’il nous répondra par la théorie de « l’aperception pure » mais cela ne simplifie rien du tout. Nous avons déjà essayé de montrer que cette raison spontanée avait reçu à tort le nom de raison ; on comprend maitenant que, malgré les dénégations de Cousin, elle n’est autre chose que le sentiment.

A l’époque de Cousin vivait un homme, à la fois chrétien sincère et penseur profond : nous voulons parler de Samuel-Vincent. S'il n’avait pas toujours la rigoureuse exactitude des termes que l'on pourrait exiger d’un philosophe de profession, sa psychologie n’en était pas moins solide et fondée sur de sérieuses observations. On trouve chez lui des remarques sur l’état spontané et sur l'état réfléchi, remarques qui rappellent de bien près celles de Cousin ; mais il est bien certain que pour Samuel-Vincent, l’état spontané c’est le domaine du cœur. Cette phrase seule le prouve surabondamment : « J'entends par le cœur ces sentiments profonds, ces tendances puissantes, ces instincts de notre nature morale qui existent en fait au foud de notre âme!» Il en est absolument de même chez Victor Cousin. On se rappelle qu’au moment où sans doute il avait oublié sa théorie de l'aperception pure et ses conséquences, le professeur avait nettement attribué au sentiment seul, le pouvoir de distinguer le bien et le mal dans les cas difficiles. ? Jamais il n’a pensé à corriger cette phrase.

! Méditations religieuses : édit. de 1863. — Le doute, p. 299. 2 V. page 30,

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Voici donc tout ce que nous croyons encore avoir besoin de dire à ce sujet: Il v a dans l’homme un jerrain assez obscur où se déroulent les phénomènes affectifs ; c'est de là que partent nos désirs les plus légitimes, nos entrainements irrésistibles vers le beau, vers le bien et vers Dieu. Pascal et beaucoup d'autres avec lui ont appelé ce terrain le « cœur » : Cousin a voulu l'appeler : Raison spontanée. Cela fait simplement deux noms pour une même chose.

Cousin aurait-il manqué franchise envers luimême ? Moins sévères que Secrétan, nous n’irons pas jusqu’à dire cela. L'erreur du professeur s'explique d’ailleurs trop facilement.

Dans le monde des philosophes, le mysticisme n’est pas fort en honneur, et il suffit de prononcer ce mot devant un penseur, pour le voir aussitôt hausser dédaigneusement les épaules. C’est que la raison humaine a la prétention de tout comprendre et de tout expliquer, et le mysticisme, même ainsi que nous l’avons entendu, c'est encore pour bien des personnes, le vague, l’indéfinissable. Les faits sur lesquels il repose sont bien réels, mais ils sont difficiles à observer et surtout il est iinpossible de les expliquer si l'on ne veut pas y voir une manifestation directe de l’Etre divin. Or, au fond de tout esprit spiritualiste, s’il n’est pas religieux, il reste encore une pointe de positivisme ou de matérialisme ; comment, dès lors, pourrait-il accepter la théorie de la connaissance mystique ? Devant ces faits qu’elle ne comprend pas, -la philosophie n’a plus qu’une seule ressource, c'est de reculer et de les nier. Faut-il s'étonner alors qu'à une époque encore tout imbue du sensualisme de Condil-

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lac, un philosophe officiel comme l'était Cousin ait partagé la commune horreur ? On lui avait dit, etil croyait à priori que le mysticisme était une chose condamnable ; il avait la ferme résolution de ne pas l’accepter Mais comme il était observateur profond, il a découvert dans l'âme humaine des choses d’un ordre tout à fait intime, dont la raison ne pouvait rendre compte, du moins la raison telle qu’on l’entend ordinairement; ne pouvant attribuer ces choses au sentiment, il a voulu cependant chercher la solution du problème. Il a cru la trouver dans la raison spontanée.

Les aberrations de certains mystiques ont sans doute également contribué à jeter le discrédit sur tout ce qui vient du sentiment. Inutile de rappeler les erreurs de madame Guyon, de ses prédécesseurs et de ses adeptes ; Cousin les a magistralement signalées. Il est bien vrai qu’on ne peut lire le mot de mysticisme sans voir aussitôt se dresser devant soi une multitude de visionnaires et d’illuminés.., voire même d'individus qui ont perdu toute notion morale | De telles erreurs ne proviennent pas du sentiment, mais d'une fausse interprétation de ses données: ce sont les conséquences funestes d’une chose qui est en elle-même juste et bonne.

Nous avons dit que Dieu se manifeste à l’homme par une révélation intérieure et qu’il ne peut se manifester autrement ; pour exprimer la chose plus brièvement nous avons accepté le mot de Pascal « Dieu sensible au cœur. » Avons-nous besoin de dire que ce n’est pas là une révélation passagère à la merci d’un caprice ou des circonstances, mais une révélation

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permanente, par suite d’un contrat permanent, que l'on perçoit avec plus où moins de netteté. 11 suffit de l'avoir perçue une fois pour avoir immédiatement la certitude de Dieu et la joie que cetie certitude fait naitre. Faut-il voir autre chose dans la découverte que fit Pascal au milieu d'une nuit de veille et qui lui arracha l'écrit si connu: «Joie, joie, pleurs de joie » ?... À quoi bon alors chercher des moyens étranges pour arriver jusqu à Dieu ? A quoi bon ces renoncements à la vie, ces extases et ces contemplations inertes dans lesquelles le Dieu esprit reçoit les formes les plus diverses ? Toutes ces choses nous paraissent désormais inutiles et ridicules, puisqu'il suffit de regarder un Seul instant au dedans de soimême pour v trouver l'image de Dieu.

If est tout aussi évident qu’une telle révélation ne peut être le lot d’un seul homme ou de quelques privilégiés. Pourquoi s’imaginer alors comme certains mystiques le font qu'ils sont l’objet d’une attention spéciale de Dieu? tellement spéciale qu'ils ne sont eux-mêmes plus rien, que Dieu les pousse et agit en quelque sorte pour eux? C’est avec de telles interprétations que l'on arrive à la suppression du bien et du mal, toutes les actions étant de source divine.

Mais, uous ne saurions trop le faire remarquer, ces mauvais résultats sont loin d’être nécessaires comme le prétendait Cousin ; ils se peuvent facilement éviter si l’on s’en tient à l'observation et à Pinterprétation consciencieuses des faits intérieurs. Dès lors rien ne nous empêche plus d'être mystiques, puisque le mysticisme repose sur des bases solides, puisqu'on n'a plus d'utopies, d'extravagances ou de fautes à luireprocher.

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