DEF ANE
régime et de l'empire, les esprits se ressaisirent et la philosophie reparut. Laromiguière et Royer-Collard, essayant de relever le spiritualisme, fixèrent un moment l'attention du public lettré..….:; mais bientôt un de leurs élèves, Victor Cousin, profita du calme relatif de la Restauration ; avec plus d’éloquence encore que ses maitres, il fit le procès de Locke et de sa doctrine, et il réussit à grouper autour de lui toute l'élite intellectuelle de son époque.
Nous n’allons pas perdre beaucoup de temps à douner une biographie trop connue. Toute vie mêlée aux évènements politiques est nécessairement agitée : celle de Cousin le fut particulièrement. Brisé par la Restauration après son cours de 1818 sur les idées du Vrai, du Beau et du Bien, 1l profita de sa disgrâce pour faire plusieurs voyages en Allemagne ; il y fit la connaissance de Schelling, se lia d'amitié avec Hegel, et subit de ceS deux hommes une influence considérable. Rappelé dans sa chaire en 1828 par le ministère Martignac, il eut plus de succès que jamais, et tout le Paris pensant de l’époque accourut à ses lecons sur l’histoire de la philosophie. Durant quelques années il fut comblé d'honneurs, mais après 1840, partisan convaincu de l’enseignement laïque de la philosophie, il eut naturellement à subir les attaques d’un clergé courroucé. Une disgrâce prochaine devenait évidente, quand il se retira de la vie publique. Il passa les dernières années de sa vie à faire de la littérature, à revoir et à corriger Son premier enseignement !.
Cousin n’a pas écrit d'ouvrages ; mais nous avons
l Cousin était né à Paris en 1792 : il mourut à Cannes en 1867,
de lui des préfaces et des cours imprimés qui suffisent largement pour nous faire connaître sa philosophie. Son système, qui porte le nom d’éclectisme, veut sauver les croyances morales de l'humanité ; sa philosophie est pleine de jeunesse et d'enthousiasme ; c’est la philosophie de lidéal. Bien des critiques ont trouvé qu’elle était sans unité, vague et fuyante. Parmi ses admirateurs, les uns comme Ad. Franck, affirment que pour un esprit impartial, cette philosophie « n’existe que du moment où il lui a imprimé le sceau de la maturité dont il l’a revêtue lui-même quand ilcroit lavoir conduite à sa dernière perfection ! » ; d’autres, comme P,. Janet, s’efforcent au contraire d’en montrer la valeur avant les nombreuses retouches que plus tard elle dût subir ?.
On a reproché à Cousin d’être arrivé à un Dieu personnei aprés avoir été panthéiste, de n'avoir pas voulu reconnaître cette évolution et d'avoir aisi renié son premier enseignement.
Le professeur proteste vivement contre toutes ces accusations. « Grâce à Dieu, dit-il, le temps a plutôt augmenté qu affaibli nos convictions et nous finissons comme nous avons commencé * ».
Les reproches semblent ceperidant avoir quelque fondement. Cousin disait en 1826 : « Le Dieu de la conscience n’est pas un Dieu abstrait, un roi solitaire relégué par delà la création sur le trône d’une éternité silencieuse, .... c’est un Dieu à la fois substance et Causes. principe fin et milieu, au sommet de
1 La grande encyclopédie : Article V. Cousin. 2 P, Janet, V. Cousin et son œuvre, P. 1885. —- Passim.
3 Du Vrai, du Beau, du Bien. Avant-propos de l’édit de 1853 reporté dans les éditions suivantes.
RLVONEES
l’étre et à son plus humble degré, infini et fini tout ensemble, triple enfin, c’est-à-dire à la fois Dieu, nature et humanité. Si Dieu n’est pas tout, il n’est rien !. » Cette phrase, dont nous ne donnons que des extraits, est bien peut être la plus panthéiste que Pon connaisse.
Plus tard dans sa théodicée, Cousin s’écriait au contraire : « Notre Dieu n’est pas un Dieu abstrait, c’est une personne intelligente et libre qui nous a faits à son image, dont nous tenons la loi même qui préside à notre destinée et dont nous attendons les jugements ?. »
Voilà donc deux déclarations totalement opposées.
Nous n'avons pas l'intention de donner ici les causes de cette évolution ; trop souvent la question a été traitée. Nous dirons seulement que nous ne mettons pas à sa base des motifs intéressés ; nous ne croyons pas avec Secrétan que Cousin ait cherché seulement le succès et qu’à deux reprises il se soit demandé « Quelle philosophie servira ma gloire *? » Aussi bien la question n’est pas d’une grande importance pour le sujet que nous nous proposons de traiter. Ces variations ont porté seulement sur l'étude des premiers principes, du principe de substance en particulier, et nous n'’aurons pas à nous occuper ici de ces longues dissertations. Sur le terrain du mysticisme Cousin n’a pas reculé; toujours il a voulu le condamner avec la même énergie, et son arme de combat, la
l Préface des fragments philosophiques. 1° Edit. 1826. ? Du Vrai, du Beau, du Bien. Edition de 1853. 16° leçon. $ Secrétan, Victor Cousin, (Paris 1868), p. 77
théorie de la raison spontanée et imperscnnelle a été toujours identique !.
Pourtant le mot de mysticisme semble d’abord assez vâgue ; 1l apparaît çà etlà dans les différents cours du professeur avec des significations très diverses. On s’aperçoit bientôt cependant, que dans le mysticisme il vise surtout, comme tout le monde, la tendance à connaître Dieu par le sentiment. D'ailleurs une étude rapide de la méthode par laquelle il arrive lui même à la connaissance de PAbsolu, nous rendra sa pensée bien plus claire, et nous donnera en même temps sa critique de la connaissance mystique ?. ;
! Voilà pourquoi nous avons cru pouvoir nous servir indifféremment des cours du début conformes à l'enseignement primitif, et des cours revus et remaniés.
2 On nous reprochera sans doute d’avoir négligé dans notre étude la partie historique. Peut être pourrions-nous trouver une excuse dans ce fait qu'il nous aurait été impossible de donner autre chose qu'un résumé des ouvrages parus.
Dans sa brochure sur V. Cousin, Secrétan a tracé d'une facon irréprochable le cadre historique de cette philosophie ; il a étudié tour à icour l'influence exercée sur elle par les penseurs des siècles précédents, par les contemporains et en particulier par l’école allemande.
De même P. Janet, qui met sous nos yeux la vie de Cousin, nous montre ses différents maitres et nous fait saisir les causes des divers changements qui se sont produits dans son esprit.
ns
Nous n'avions plus rien à ajouter et nous avons délaissé la question.
ae,
On Î
| à https larchive.org/details/ JA41 54791
| LA + Fe: q” ae 1e p
ce «
tr