‹ Victor Cousin et le mysticismeChapitre 3 sur 16 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Exposé de la théorie de V. Cousin

$ I. — Comment Cousin arrive à la connaissance de Dieu.

La théorie de Cousin s'appuie sur une base platonicienne.

Platon avait affirmé que les idées n’étaient pas seulement une forme de notre esprit et il leur avait donné une existence réelle hors du monde sensible. Ces idées pures, dont l’homme n’aurâit eu que des réminiscences, étaient reliées entre elles par l’idée type, l'idée des idées: celle du Souverain Bien; elles en partageaient la nature dans une plus ou moins large mesure, &t ainsi elles étaient pour nous comme une manifestation de la divinité.

Cousin en étudiant la conscience humaine y trouve, les trois idées du Vrai, du Beau et du Bien. Ces idées sont universelles, éternelles et absolues Elles ont, comme chez Platon, une existence réelle hors du monde sensible. La raison médite ces trois idées, principes de toutes nos actions et de toutes nos pensées ; elle saisit ce qu’elles ont d’absolu et, ne pouvant les rapporter à l’homme fini et borné, elle les rapporte à l’Infini, à l’Etre, à Dieu. Les idées du Vrai, du Beau et du Bien sont donc pour nous les révélatrices de

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l'Absolu, elles sont les manifestations sensibles de Dieu.

Cousin, bien à tort selon nous, crait ajouter quelque chose à l'antique théorie : « Platon qui s’est élevé aux plus sublimes hauteurs de la métaphysique ne compose la vie que de la raison pure: il n’aperçoit pas cette autre partie de l’homme, le sentiment qui est le satellite fidèle de la raison !. » L'homme en présence du Vrai, du Beau et du Bien éprouve un doux sentiment de bien-être, l’enthousiasme le gagne et il se surprend à aimer ces manifestations de la divinité Mais ici se pose un difficile problème, celui de savoir si cette émotion ne serait pas le fait primitif et si le sentiment ne serait pas à la base des idées éternelles. On comprend, pour le mysticisme, toute l’importance de ce problème : c’est une question de vie ou de mort.

Cousin n'hésite pas à répondre. Pour lui le sentiment ne vient Jamais avant la raison, mais il l’accompagne toujours. Ceux qui le mettent à la base des idées absolues commettent donc la plus grossière des erreurs, ils prennent l'effet pour la cause. « Pour s’émouvoir à l’idée d’une chose ne faut-il pas, comme les termes eux-mêmes le donnent à entendre, avoir eu d'abord cette idée ? » Le sentiment d’ailleurs serait incapable de nous révéler l’Absolu ; il est trop passager et trop subjectif; il varie trop d'homme à homme ou même dans l'individu. De plus il dégénère trop

! Ce reproche nous semble tout à fait injustifié. Platon n'a pas oublié le sentiment, car il parle souvent de l'amour (£owç) 11 distingue deux amours : l'un grossier; celui des sens; l'autre noble, généreux, compagnon inséparable de la beauté morale, intellectuelle et divine. C’est un coursier impétueux que la raison doit retenir et diri-

ger..... Le délire dont parle Platon n'est autre chose que l’enthousiasme et l'inspiration de Cousin.

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