‹ Victor Cousin et le mysticismeChapitre 4 sur 16 · EG TRES · texte numérisé non relu

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facilement en passion; alors sous son influence l’homme n’est plus lui-même, il arrive aux erreurs les plus insensées et commet les actes les plus blàfhables.

Avec la raison, au contraire, rien à craindre de tout cela. Sans doute, aux yeux d’un observateur superficiel, elle apparait aussi comme subjective et trompeuse ; tous les hommes ne pensent pas de la même manière ils n’ont pas les mêmes connaissances, et souvent ils semblent s'être servis de la raison pour arriver aux plus grandes aberrations intellectuelles. Mais prenons garde à nos jugements ! N'allons pas condamner à la légère une faculté divine et prendre pour la raison ce qui en réalité ne peut en être que l'apparence. Cousin nous apprend qu'il a évité ce danger. Un jour, il se mit à réfléchir; il s’enfonça bien avant dans l'observation, plus que ne l'avaient fait avant lui les autres philosophes, «et à un degré où Kant n’avait pas pénétré, il atteignit et démela le fait instantané mais réel de l’aperception spontanée | ». Knthousiasmé de sa découverte, le professeur crut dès lors avoir tout résolu. Pour le penseur, il y a deux raisons: la raison spontanée et la raison réfléchie ou raisonnement. La première, que Cousin appelle aussi « raison impersonnelle », est un fragment de la raison universelle et divine ; elle est en quelque sorte une émanation du Dieu qui créa l’homme à son image. Et ainsi entendue, il est bien évident que la raison ne peut nous tromper ; restant toujours au dessus des relativités et des apparences, elle

1 Préface des Fragments philosophiques, 1r° édit:, 1826.

REMOREE embrasse d’un seul coup d’œil la série interminable des causes et des phénomènes : elle perçoit les rapports qui les relient, et saisit d’une intuition immédiate toutes les vérités, la Vérité Ce reflet de la divinité, nécessairement, se retrouve identique chez tous les hommes. « L’humanité en masse est spontanée et non réfléchie ; l'humanité est inspirée. Le souffle divin qui est en elle, lui révèle toujours et partout la Vérité sous une forme ou sous une autre, selon les temps et selon les lieux !. » Pourquoi donc alors tant d’erreurs dans le monde, tant d’ignorance et d’intelligences confuses ? Cela vient simplement de ce que tous les esprits ne sont pas également doués et que chez tous linspiration ne se fait pas jour avec le même éclat. La raison, dans son exercice spontané, nous donne bien une «aperception pure » de la vérité, mais malheureusement nous ne pouvons guère en avoir conscience. « L’aperception pure brille et s'éteint comme une étincelle rapide... Elle n’est telle qu’à condition de s’ignorer elle-même, dès que le mai en a conscience, elle n’est plus *. » La spontanéité ne peut donc être saisie qu’après coup et pour ainsi dire de profil. C'est ici qu'intervient la seconde forme de la raison: la forme réfléchie. Son rôle sera d'observer, d'écouter, de noter les révélation de la première. Ainsi s’expliquent les inspirations courtes et subites du poète, de l'artiste ou du savant ; un moment, ils ont eu cons-

! Préface des Fragments, 1r° édit., 1826.

> Du Vrai, du Beau, du Bien. — Cours de 1818, édité 1836, d'après les notes d’auditeurs et approuvé p. Cousin, 14° lecon. Sur ce point encore, Cousin semble s'inspirer des Anciens : Cette aperception, qu’on ne peut saisir que par une sorte de retour en arrière, rappelle de bien près les réminiscences de Platon.

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