‹ Victor Cousin et le mysticismeChapitre 7 sur 16 · AO · texte numérisé non relu

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le Sensationisme, incapable de s’élever bien haut, parce qu’il ne reconnait autre chose que l'impression des sens. Bientôt une réaction se produit et alors apparait l'Idéalisme qui ne voit plus que la vie de l'esprit. Vrais et faux tous les deux, ces systèmes s’observent, entrent en lutte et se ruinent l’un l'autre. Le résultat de cette débâcle cest le scepticisme. Pourrait-on conserver sa confiance à la raison, quand on la voit renverser un jour ce quelle avait édifié la veille ? Pourtant, en perdant la foi en la raison humaine, l'esprit garde encore un besoin d'Idéal et de Dieu. C'est alors qu'arrive le mysticisme ; il se présente comme un buisson sur les bords d'un abîme, il permet au voyageur fatigué de s’accrocher et l’empêche de rouler jusqu'au bas. L'homme, se repliant en lui-même, porte son attention sur les sentiments qui bouillonnent en son âme, et sans comprendre qu ils sont le résultat des visions de la raison spontatanée, il croit que le cœur le sauve en le mettant seul en rapport avec l'Infini. Mais la réaction se produit de nouveau, hâtée peut-être par les abus du mysticisme ; le Sensationisme reparait pour faire place à l'Idéalisme, et indéfiniment la série recommence et s'épuise, pour bientôt recommencer et s'épuiser encore. Cousin reconnait les quatre chaïnons de l'anneau dans la philosophie de toutes les époques et de tous les pays : dans celle des Hindous comme dans celles de la Grèce, du Moyen-Age et des Temps modernes. Le mysticisme est bien une erreur, mais une erreur indéracinable et fatale, triste résultat de l’abus de la raison réfléchie. Tous les mystiques ont cela de commun qu'ils veu-. lent mettre le sentiment à la base de la connaissance de

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Dieu ! : mais ils ne sont pas tous également ambi-

tieux.

. Les uns reconnaissent que le cœur ne peut pas les élever Jusqu'à l'Absolu, directement et sans intermédiaire ; ils comprennent qu'ils ont besoin des idées du Vrai, du Beau et du Bien, mais ils prétendent pouvoir atteindre ces idées par le sentiment.

Les autres au contraire déclarent pouvoir se passer des idées absolues ; ils pensent que le sentiment les conduira directement jusqu'à Dieu qu'ils pourront ainsi connaître autrement que par ses manifestations.

Cette seconde forme du mysticisme est la plus élevée, mais aussi la plus extravagante et la plus dangereuse ; Cousin a de la peine à la comprendre et c’est contre elle qu’il dirige ses flèches les plus aigües.

Arrivant ensuite aux conséquences du mysticisme, le professeur s’y arrête assez longuement. L'histoire en main, il met en lumière tous les abus de la doctrine : fétichisme, magie, théurgie, ascétisme, autant de moyens employés pour essayer de rendre Dieu plus sensible à l’âme et auginenter la communion avec lui. L’imagination s’excite peu à peu ; pour satisfaire son besoin d’aperception immédiate, elle invente des méthodes extatiques plus ou moins bizarres, et du Dieu esprit, elle ne tarde pas à faire un Dieu visible et

1 Cousin aborde bien la question du mysticisme rationel (Ecole d’Alexandrie), mais il l’'absoudrait volontiers sous prétexte qu'il n'est pas dangereux. Aussi croyons-nous pouvoir, sans inconvénient, passer ce point sous silence, afin de ne pas nous détourner du sujet que nous nous sommes proposé d'étudier dans la philosophie de Cousin : la priorité de la raison ou du sentiment dans la connaissance de Dieu.

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palpable. Trop souvent encore, l’homme s’abime « dans une contemplation vide de pensée, dans une prière vide de paroles et presque sans conscience ».

Le résultat immédiat de cette contemplation maladive, c’est la perte de la liberté, l’inaction la plus absolue, suivies bientôt de l’affaiblissement progressif de la conscience morale. «Il vient un moment où l'âme qui se croit unie à Dieu, énorgueillie de cette possession imaginaire, méprise à ce point le corps et la personne humaine, que tous ses actes lui deviennent indifférents et que le bien et le mal sont égaux à ses yeux !. »

Ici Cousin tonne avec éloquence ; il sent que sur ce terrain il a vraiment beau jeu et qu’il n’aura pas de contradicteurs.

Mais sous prétexte que l’on a abusé d’une chose faut-il condamner cette chose ? La liberté a conduit bien des peuples et bien des personnes à des résultats écœurants ; dira-t-on pour cela que le principe de la liberté est mauvais ? Ne vaut-il pas mieux étudier, au contraire, le principe en lui-même ? le rejeter ensuite si on le croit inacceptable, mais le garder, si on le croit conforme à la vérité, et essayer d’en tirer des conséquences plus justes et meilleures ? C’est ce que nous allons faire pour le mysticisme, en nous plaçant au point de vue de Cousin.

1 Du Vrai, du Beau, du Bien (5° lecon), Edit. de 1853. Les conséquen-

ces du mysticisme sont aussi très bien développées dans la 4*lecon du cours de l’histoire de la philosophie (1829). |

je DEUXIÈME PARTIE

Essai d'une critique de la théorie de Cousin

Nous n'avons pas l'intention de nous attarder à relever les petites contradictions qui se trouvent dans la théorie de Cousin. Nous ne dirons pas davantage combien nous paraît originale cette idée d’un roulement régulier des systèmes philosophiques; ni combien nous paraissent justes, dans certains cas, les causes que le professeur attribue au mysticisme. Nouè prendrons la théorie dans scn ensemble, telle qu’il nous la donne, ou même telle qu’il prétend nous la donner, et nous nous demanderons si elle correspond à la vérité, c'est-à-dire si, toujours et partout dans la connaissance des choses et de l’Absolu, la raison précéde le sentiment.

Cousin distinguait deux sortes de mysticisme ; la critique se divisera donc naturellement en deux parties.

Cette étude trop hâtive sera sans doute riche en erreurs... Que pourrait-on attendre d’un étudiant inexpérimenté...…. ?

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