‹ Victor Cousin et son œuvreChapitre 13 sur 41 · LES LEÇONS INÉDITES. — LA MORALE · texte numérisé non relu

LES LEÇONS INÉDITES. — LA MORALE

reconnut que la morale de la liberté était incomplète, qu'elle ne donnait qu'une loi négative. Il ne suffit pas de s'en tenir au désintéressement et au respect des droits d'autrui ; il ne suffit pas de s'abstenir, il faut agir. Au delà des devoirs de justice, il y a les devoirs de dévouement, qui ne sont plus soumis à des règles précises. Le dévouement, l'héroïsme, le sacrifice, c'est le luxe de la morale, luxe nécessaire et obligatoire, mais qui ne peut être imposé sous forme de loi. Victor Cousin appelle instinct de la raison ce commandement d'ordre supérieur qui nous porte à agir au delà de ce qui est la conséquence étroite et rigoureuse de la liberté. Mais bientôt cet élément nouveau, qui se confondait avec l'enthousiasme, allait à son tour grandir au point d'effacer, d'obscurcir, ou tout au moins de subordonner étrangement le rôle de la justice et du devoir strict. C'est le sujet de la leçon inédite qu'il nous reste à analyser et qui porte pour titre dans notre manuscrit : De l'Esprit et de la Lettre.

€ La raison, y est-il dit, est essentiellement la faculté qui juge; c'est elle qui dicte et prononce les arrêts en disant : cela est vrai; cela est faux. Tous les efforts possibles pour se passer de la raison, pour lui résister, pour la dégrader, tous ces efforts

sont faits par elle-même. Soit qu'elle approuve, soit qu'elle désapprouve, c'est toujours elle qui prononce. Vous ne pouvez vous soustraire à son autorité en faveur du beau et du laid, du bien et du mal, du vrai et du faux. C'est vous qui êtes le dépositaire de la raison; vous n'êtes point la raison sans doute, mais elle est en vous. C'est en vous et non de l'extérieur qu'il faut saisir la vérité; autrement, vous la contemplez dans ses reflets les plus affaiblis et les plus ternes. La source de la vérité est en vous ; c'est la loi ; c'est mieux que la loi : c'est Vesprit de la loi. Passons à la lettre. »

En même temps que la loi commande par l'esprit qui est en elle, elle est obligée de se traduire en un certain nombre de formules, de règles, de préceptes, qui sont la lettre de la loi. Si la raison en elle-même est inconditionnelle et absolue, il n'en est pas de même de la lettre : t Je soutiens qu'il n'y a d'absolu, d'inconditionnel que la raison; que tous les produits de la raison, comme relatifs aux choses sur lesquelles la raison prononce, sont, comme elle, conditionnels et relatifs. La lettre, de quelque manière qu'on s'y prenne, n'est pas l'esprit. L'esprit qui a fait la lettre, et sans lequel la lettre ne serait pas, n'est pas vivant dans la lettre; il y est mort, et c'est une très fausse

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image de lui-même que ce produit extérieur. Prenez tel exemple que vous voudrez des formes de la vérité; donnez-moi toutes vos règles de beauté : en ne les connaissant pas, en faisant le contraire, Homère, Dante, Raphaël, pourront créer des chefsd'œuvre. I

La loi morale, aussi bien que la loi esthétique, se présente donc à nos yeux sous un double aspect et soutient un double rapport : d'un côté, avec la raison, et par ce côté elle est absolue; de l'autre, avec le contingent, le variable, le matériel de la loi, et par là elle est conditionnelle et relative. Toutes les lois, en tant que matérielles, sont donc susceptibles d'exceptions. « La raison ne dit jamais : c cela est vrai,tn abstracto. » Ainsi,en morale,par exemple, je prononce ceci : Il faut être reconnaissant; ou bien : R faut obéir à ses parents; ou : Il faut obéir aux lois. La raison dit cela dans tel cas. Si le père ou la mère, par exemple , donnent à l'enfant un ordre juste en soi, mais qui lui coûte, l'enfant doit obéir. La raison dit à l'enfant : Obéis à ton père; mais elle le dit sous condition : si Tordre qu'on te donne est juste en soi, tu dois obéir. Dans ce cas, la loi d'obéissance est donc une loi conditionnelle, puisqu'on pourra ne pas y obéir, si tel ou tel cas arrive. Il en est de même de l'obéissance aux lois.

Si la loi est injuste, et elle peut Têtre, il ne faut pas lui obéir. Ainsi, cette proposition morale, cette forme sacrée, et par conséquent absolue d'un côté, est, de l'autre, relative et conditionnelle, parce que la raison tombée dans ce monde, la raison qui plane sur tous les cas donnés à son tribunal, prononce exactement comme celte institution qui est déjà gravée dans les nôtres, le jury. Elle prononce pour un cas, mais jamais d'une manière générale. Chacune de ses décisions est l'oracle et ne la lie pour aucune autre décision. >

Cette doctrine, on le voit, semble le contrepied de la doctrine de Kant, que Cousin ^vait enseignée jusque-là sans restriction. Celui-ci disait que la loi morale commande toujours sans condition; Cousin enseigne, au contraire, qu'elle commande toujours sous condition. Cependant il retenait du kantisme cette vérité que la loi est absolue en ellemême ; mais ce qui est absolu, c'est seulement ceci : à savoir qu'il y a du devoir. En tant qu'il s'applique à une matière contingente et mobile, ce devoir devient par là même contingent. Il ne peut se formuler en règle absolue. Toutes les règles morales sont donc conditionnelles et relatives. La raison ne prononce que dans chaque cas particulier : la raison est un juré. Elle décide en souveraine sans être

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liée par aucune loi. Les esprits vulgaires prennent les règles matérielles, formulées par l'usage, pour les décisions absolues de la loi morale. C'est une fausse moralité; c'est confondre la lettre avec l'esprit : La Uilre tue et V esprit vivifie.

€ Lorsque l'esprit agit, s'il agit de telle ou telle manière, ce n'est pas cette manière d'agir qui est sacrée, c'est le jugement intérieur de l'esprit, c'est le principe agissant, c'est la conscience intime. Voilà la loi intérieure. Prend-on le mode du jugement, sa forme extérieure et visible pour le sentiment intime, c'est se tromper du tout au tout, c'est confondre l'extérieur avec l'intérieur, la lettre avec l'esprit. Or on sait que, dans les arts, la lettre tue et l'esprit vivifie. L'axiome passe pour les arts; mais, en morale, on se récrie contre le penseur audacieux qui en appelle de la formule au principe qui en a fait la formule, et de toutes les règles inventées à la règle des règles, à la loi des lois, à la raison. On cherche en morale quelque chose qui, decretoriè et peremptoriè, décide ce qui est bien et mal et juge en dernier ressort. Alors -on prend quelques règles : les contingentes, on en a bon marché; on en prend d'autres qui sont plus générales, auxquelles on s'asservit soi-même, de telle sorte qu'on ne les confronte plus avec la raison ;

mais c'est abjurer l'esprit moral. En général, jedis que la morale est la conformité de Taction à la raison. Il y a en outre une non-moralité, qui n'est ni morale ni immorale : c'est une action qu'on n'a faite ni conformément ni contrairement à la raison, mais conformément ou contrairement à une lettre. Il arrive que la lettre est conforme à l'esprit, et alors l'action, sans l'avoir voulu, sans aucun mérite moral, se trouve bonne par hasard, d'une bonté toute matérielle; ou que la lettre est en contradiction avec la raison, et alors l'action est mauvaise, mais d'une méchanceté matérielle, sans que l'agent soit plus ou moins coupable de l'avoir accomplie. >

Lorsqu'il s'agit de passer aux exemples, il semble que Victor Cousin redoute lui-même d'introduire le débat sur le terrain de la morale; il n'ose pas dire, comme il le devrait d'après ce qui précède, que ces préceptes : « Tu ne tueras pas ! tu ne déroberas pas ! tu ne mentiras pas ! î> ne sont que des règles relatives et conditionnelles dont la conscience est seule juge. Il prend pour exemples, non les règles morales (quoiqu'il ne s'agisse ici que de morale), mais les règles esthétiques et littéraires.

» Que si l'on vient me demander : « Que faut-il

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faire? Donnez-moi une formule (car tel est Thomme : il lui faut des idoles); donnez-moi une formule que je n'aie besoin que d'apprendre une fois par cœur, à laquelle ensuite je ne pense plus et que j'applique sans l'examiner de nouveau ; > je déclare qu'il y a un grand nombre de cas où je ne pourrais donner cette formule, parce que je ne l'ai pas. Si quelqu'un l'a, qu'il la montre, et que cette formule soit donc une fois soustraite au reproche de conditionnante dont je la frappe d'avance. Si un artiste venait me dire : c Donnez-moi une formule pour faire des statues plus belles que celles de Ganova, » je ne lui dirais pas autre chose que ceci : Tâchez d'avoir autant de génie que Ganova. Ge n'est pas la règle qui fait les chefs-d'œuvre, c'est l'esprit de la règle, c'est l'esprit ignorant la règle, c'est-à-dire la sachant si bien qu'il ne s'en rend pas compte, c'est le génie d'Homère, c'est le génie de Ganova; c'est l'esprit, en un mot, qui rend sur cette harpe les impressions divines et sacrées que lui fournit la nature. Mais ce n'est pas la sensibilité qui, dans tous ces ébranlements profonds, peut produire cet amour, ce pur enthousiasme : cet enthousiasme vient de la raison qui^ supérieure à la sensibilité, est si immédiate au vrai, au beau et au bien, qu'elle les rend sans régies et qu'elle les rend avec autant

d'énergie qu'elle les sent. Les règles font les tragédies de d'Âubignac; elles ne font pas les chefsd'œuvre. Chef-d'œuvre! mot extraordinaire, mot parfait parce qu'il rend merveilleusement l'œuvre du génie, qui est un vrai miracle. Le génie ne produit que des miracles, c'est-à-dire qu'il produit des choses qui ne sont pas réductibles à des propositions matérielles, à des lois fixes et immobiles. Ainsi, loin que le miracle soit impossible, il se fait par le génie. Un miracle, c'est la poésie d'Homère; un miracle, c'est Platon, c'est le Parménide^ c'est la Mécanique céleste de Laplace, c'est l'action de d'Assas, c'est la vie entière de saint Vincent de Paul, c'est la vie de tous les hommes sur lesquels l'humanité, qui ne se trompe jamais, prononce qu'ils sont des hommes de génie, qu'ils sont l'élite du genre humain. 11 n'y a point de code du génie; il n'y en a pas de haute morale. Un code du génie serait destructif du génie lui-même. >

Il n'est pas difficile d'expliquer pourquoi cette leçon a été supprimée dans la publication de 1841, quoi qu'elle soit certainement une des plus éloquentes et des plus originales de Victor Cousin. 11 est évident qu'il est ici sur la pente d'une doctrine très dangereuse, si même il n'y tombe pas tout à fait. C'est la doctrine de la souveraineté de l'indi-

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vidu en morale; car, sous le nom de raison, c'est rindividu qui, sous sa responsabilité, parait décider en dernier ressort du bien et du mal. Parti de la morale deKant en 1818, la développant, Tannée suivante, par celle deFichte, s'élevant au-dessus de celle-ci en ajoutant au principe du devoir pur la doctrine chrétienne de la charité et du dévouement, il avait fini par dépasser encore le but, et, plaçant l'enthousiasme au-dessus du devoir, il aboutissait à la morale de Jacobi'. A la vérité, dans quelques passages de la même leçon, on le voit hésiter et reculer en quelque sorte devant les conséquences de ses principes. Il semble limiter et restreindre sa pensée, en la réduisant à la distinction précédemment établie entre la justice et le dévouement. Mais tout le reste de la leçon contredit celte interprétation. Cette formule : La lettre tue et V esprit vivi-

1. Consin avait vu Jacobi à Munich en 1818, en mémo temps que Schelling. Nous reconnaissons ici la doctrine exposée dans la Lettre à Fkhte. L'idée même d'attribuer l'enthousiasme non à la sensibilité, mais à la raison, était une des idées de Jacobi. Cousin, avec la faculté d'assimilation qui caractérise la jeunesse, avait fondu, dans ces dernières leçons, la philosophie de Fichte, celle de Schelling et celle de Jacobi. — Ajoutons cependant que ce n'est pas sans y avoir ajouté sa part d'originalité : car ee principe que toute règle morale est absolue par sa forme et relative par sa matière, absolue par le côté Où elle relève de la raison et relative dans l'application, n'est pas du tout dans Jacobi.

fis s'applique à toute espèce de lettre, et non pas seulement à la lettre en matière de charité. Les exemples cités (reconnaissance, obéissance aux parents, obéissance aux lois) ne sont nullement des préceptes de charité qui nous laissent plus ou moins libres : ce sont des règles de morale stricte et qui sont même d'entre les plus strictes. La question n'est donc pas de savoir si, au-dessus des lois strictes de la justice, il n'y aurait pas des actes libres et non imposés de dévouement et de sacrifice, pour lesquels il ne peut y avoir de formule. Non, la question était plus délicate, plus profonde et plus glissante; la théorie, plus haidie et plus dangereuse. C'est que les lois les plus strictes ont encore leurs exceptions ; c'est la doctrine du « droit de grâce », comme l'appelait Jacobi, droit que l'homme s'arroge à lui-même malgré la loi, au-dessus de la loi. C'est ce qui ressort manifestement du passage suivant :

( Le législateur n'est pas lié par la loi qu'il a faite. Cette maxime, qui n'est pas toujours vraie en politique, est vraie en morale. Dieu ne reçoit pasla loi de cette nature sui* laquelle il agit, il ne prend pas conseil des circonstances; il ne prend conseil que de lui-même et de son éternelle puissance ; et Vhomme-dieUy c'est-à-dire l'homme fait à l'image

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de Dieu et qui a pris Dieu pour modèle, l'homme, dis-je, doit prendre conseil, en toute chose, non pas des circonstances qui changent, mais de luimême, de l'intérieur, c'est-à-dire de la raison fille de DieUy parole divine, et agir conformément à cette parole. « En parlant ainsi, Victor Cousin n'ignorait pas à quelles difOcultés il se heurtait ; car il disait: c Je connais aussi bien, je vous assure, qu'aucune des personnes de cet auditoire les objections qu'on peut faire contre cette doctrine; mais je déclare que je ne la considère pas comme une doctrine... c'est la vue de ce qui est; c'e^t l'expression du fait qui se joue des règles vulgaires. On a beau le nier dans un cas, on Tavoue dans un autre; de telle sorte que les ennemis les plus acharnés de ce principe ont reconnu de temps à autre, au moins dans quelques cas, que la raison gouverne et n'est pas gouvernée. Au moins, dans quelques cas, ils ont agi contrairement à leur profession de foi, et conformément à ce principe, qu'ils nient dans leurs systèmes, et qui pourtant parle à leur cœur. »

Tout en reconnaissant ce qu'il peut y avoir de périlleux dans les maximes précédentes, faisons remarquer cependant la raison profonde et vraiment philosophique sur laquelle Victor Cousin ap-

l&a VICTOR COUSIN.

puie sa doctrine, c'est que toute règle morale a deux aspects : l'un par lequel elle se rapporte à la raison, et à l'absolu, et l'autre par lequel elle touche au contingent et au relatif; elle est un rapport entre l'absolu et le relatif. La forme est pure et rationnelle, mais la matière est phénoménale. Or, dans cette infinie complication de faits, d'événements, de choses entrelacées les unes dans les autres qui constitue l'univers, comment espérer que l'on puisse enfermer chaque règle dans un cercle inflexible et qu'elle ne flotte pas toujours quelque peu en deçà et au delà, suivant les circonstances? Sans doute, la doctrine de la souveraineté de la conscience peut conduire au fanatisme, mais la souveraineté de la loi n'a-t-elle pas aussi ses fanatiques? Ce sont ceux qui s'écrient: « Périssent les colonies plutôt qu'un principe I Fiat justitiaj pereatmundus! i> De telle sorte qu'on arrive aux mêmes conséquences de part et d'autre. Il peut donc y avoir une part de vérité dans la doctrine de Victor Cousin; mais peut-être est-ce une de ces vérités qui ne sont pas toujours bonnes à dire. L'homme n'est que trop disposé à s'accorder à luimême toute sorte de permissions morales, à se voler dans sa conscience des lois d'exception ; il n'est pas nécessaire de lui prêcher le droit de grâce

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à l'égard de lui-même. On a dit que, dans toutes les constitutions, il y a un article 14 sous-entendu; peut-être aussi y a-t-il un article 14 dans toute conscience, mais c'est un article secret, dont chacun saura bien faire usage quand il le faudra, et qu'il est inutile et dangereux de transformer en principe. Cela dit dansTintérêt delà saine morale, on ne peut et on ne doit pas cependant interdire au penseur de percer quelquefois au delà du cercle convenu et du pur formel, et de faire éclater la liberté de Fesprit.

De toutes les études qui précèdent, il nous semble qu'il résulte manifestement que, si la philosophie de Victor Cousin, dans celte première période, a péché par quelque endroit, ce n'est certes pas par excès de déférence pour l'orthodoxie religieuse et pour le sens commun vulgaire. Au contraire, il est le premier qui ait introduit en France cet ensemble de conceptions, hardies et mystérieuses, mais enivrantes, qui, à cette époque, captivaient l'Allemagne et devaient encore, pendant près d'un quart de siècle, la tenir sous le prestige. La philosophie de Victor Cousin a donc été un rameau détaché de la philosophie allemande; mais ce serait une erreur de croire qu'en introduisant en France les idées allemandes,

comme Voltaire, au xviii' siècle, a introduit les idées anglaises, Victor Cousin ne leur a pas imprimé le cachet de sa nation et de son propre esprit. Son originalité a été de fondre la métaphysique allemande avec la psychologie écossaise, afin d'échapper à Tarbitraire de l'une et au scepticisme de l'autre. Il a toujours fait des réserves au nom de la méthode d'observation et d'analyse, qu'il appelait la méthode du xviii* siècle. Il présentait l'unité de substance comme une hypothèse vers laquelle on pouvait tendre et qu'il donnait comme le terme de la science, mais dont il ne fallait pas partir comme d'une vérité a priori. Cette méthode est la plus sage; car elle permet de marcher d'accord avec les doctrines diverses le plus longtemps possible, et de ne se séparer qu'au terme de la route. Selon cette méthode, ce qu'on appelle le panthéisme pourrait être soit accepté, soit rejeté; mais il le sera en connaissance de cause, on saura de quoi il s'agit. La méthode synthétique, au contraire, est une méthode dictatoriale qui ne se laisse pas discuter. Il faut croire ou nier; sa devise est: « Tout ou rien. » Cousin, en maintenant les droits de l'analyse sans méconnaître les droits de la synthèse, en essayant de retrouver par la conscience la même philosophie que les Allemands posaient a priori et

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