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LES LEÇONS INÉDITES. - LA HORALE

par une sorte de surprise et de divination, était donc bien plus dans Tesprit de la philosophie moderne, dont le principe est le droit d'examen. Ce qui est certain, c'est que, parti trois ans auparavant de la philosophie écossaise, Cousin, pur son seul élan, ou du moins aidé seulement par quelques conversations avec Hegel et Schelling, s'était élevé aux sommets de la spéculation philosophique. De Reid, il avait, en passant par Kant et par Fichte, rejoint Platon et Plotin. Nul autre philosophe, à cette époque, ne s'élevait si hautet n'avait embrassé l'ensemble des questions avec cette largeur et cette audace. L'élan était donné et une philosophie nouvelle était créée en France. Mais cet enseignement si brillant allait être interrompu. Le cours de 1820 termine la première période d'enseignement de Victor Cousin.

Au moment où Victor Cousin va descendre de cette chaire, où nous le retrouverons huit ans plus tard, demandons-nous quel était le caractère de son éloquence et de son enseignement. Un témoin illustre, son ami et son condisciple, Augustin Thierry, nous en a conservé le souvenir fidèle et l'impression toute présente :

« M. Cousin, disait Augustin Thierry, prononce

ses leçons sans cahiers, et même sans le secours d'aucune note; son improvisation est à la fois abondante et nerveuse. Il pose d'une manière neuve les hautes questions philosophiques et il présente des solutions qui se rattachent toujours fortement Tune à l'autre. Ce caractère d'unité dans une vaste étendue de matière, donne à son cours un aspect scientifique imposant. Durant huit mois, son nombreux auditoire a marché à sa suite au milieu des aridités de la science de l'homme, sans paraître un moment fatigué par les efforts du professeur ni même par ses propres efforts. Avoir inspiré aux jeunes gens le goût de ces travaux austères, y avoir dévoué sa propre vie, avoir entrepris comme une dette envers la science et envei's ses élèves deux voyages coûteux et pénibles pour visiter des écoles étrangères, savoir répandre un intérêt nouveau sur la science de l'homme moral et y rattacher comme à leur base les sentiments du patriotisme, voilà les titres à l'estime publique que M. Cousin possède à l'âge de vingt-six ans*. >

Augustin Thierry s'exprimait ainsi en 1820, sous le coup même de l'action produite par le maître,

1. Article du Courrier français, — Voir la publication de M. Vacherot, 1841, Pièces justificatives.

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par les leçons que noas venons d'analyser. Bien des années après, un autre témoin, disciple non moins indépendant du même maître, retrouvait dans ses souvenirs des impressions encore vives et expliquait à de nouvelles générations le prodigieux empire qu'avait exercé sur la jeunesse de son temps la parole vibrante et enflammée de Victor Cousin. Voici comment s'exprimait, en 1868, M. deRémusat dans sa réponse à Jules Favrc, qui venait de remplacer Victor Cousin à l'Académie française.

c Surpris, dit -il, humiliés, consternés (après la chute de l'Empire), irrités cependant et pleins de ressentiment et de défiance envers les puissances de ce monde, les vaincues comme les victorieuses, nous nous demandions, à l'entrée de la vie, vers quelle lumière nous diriger et si nous n'étions pas condamnés à rester à jamais le jouet des événements. Jugez de ce que nous dûmes ressentir lorsque, dans les modestes asiles de l'ensignement, nous vîmes s'élever devant nous un jeune homme ardent et grave, solennel et passionné, qui, du haut de la chaire des maîtres, nous dit d'une imposante voix : « Reprenez courage et relevez vos âmes. Rien n'est perdu de ce qui est sacré. Les jeux de la force et delà fortune n'ont point de prise sur la vérité.

Au-dessus de la politique et de la guerre, la philoso • phie nous montre ridée inaltérable du droit dont la politique et la guerre doivent être les servantes, si elles ne veulent être méprisables. Que tout ce qui a péri vous ramène à ce qui ne périt pas. Les yeux fixés sur le droit, consacrez-vous à sa cause. Revenez aux doctrines qui, dans la contemplation des vérités nécessaires, retrouvent la véritable origine de la raison et lui rendent ses prérogatives en même temps que ses lois. Ainsi vous reprendrez l'œuvre interrompue de la Révolution française en épurant et en raffermissant ses principes. Trop longtemps nous avons voulu être libres avec la moraie des esclaves » (cours de 1815). Il est temps d'inaugurer une philosophie qui soit, comme l'appelle Platon, la philosophie des hommes libres. — On se représenterait difficilement ce qu'étaient de telles leçons pour les générations. Par elles, les âmes renaissaient à l'espoir, à la confiance, à la fierté, C'est le temps où de jeunes cœurs firent vœu de se consacrer au culte du juste et du vrai, à la défense du droit, et acceptèrent la mission qui devait être celle de toute leur vie. »

Ce fut précisément cet empire et cette influence que le gouvernement de la Restauration se crut bientôt obligé de briser.

LA DISGRACE (1820) LA PRÉFACE DES FRAGMENTS (i826)

L'enseignement de Victor Cousin et le moment du plus grand succès de cet enseignement coïncident avec répoqae la plus brillante et la plus heureusede la Restauration. En 1817, le roi Louis XVIII avait rompu avec la faction ultra-royaliste; un homme éclairé et sage, M. Decazes, avait essayé de gouverner avec la charte et de rattacher à lui le parti constitutionnel. Dans Tinstruction publique, M. Royer-Gollard avait imprimé aux études une direction moderne et libérale dont TÉcole normale devait être le principal organe. Un événement déplorable vint tout bouleverser, arrêter ce mouvement, et jeter la Restauration dans une voie qui

devait amener sa chute. Cet événement fut l'assassinat du duc de Berry, en février 1820.

Quelle influence-cet événement pouvait-il avoir sur la destinée du jeune professeur? Le voici. Après la chute de M. Decazes, le parti constitutionnel se divisa. Une moitié, avec M. de Serre, passa du côté de la réaction; l'autre moitié, avec M. Royer- CoUard, resta fidèle à la ligne constitutionnelle. A la suite deje ne sais quelle discussion de la Chambre des députés, où les doctrinaires, comme on les appelait déjà, avaient volé contre le ministère, M. de Serre se vit obligé de rompre avec ses anciens alliés, et MM. Camille Jordan, Royer-Collard et Guizot furent écartés du conseil d'État. Cette rupture avec les chefs de l'opposition constitutionnelle eut son contre-coup à la Sorbonne, et, à la rentrée des cours, M. Cousin fut invité à ne pas remonter dans sa chaire. Cette disgrâce fut constatée au Moniteur, Sans aucun acte officiel, par une simple note du 29 novembre 1820, dont les termes calculés sont d'une politesse ironique et hypocrite : c L'annonce publiée par quelques journaux, y est-il dit, d'une suspension que le conseil de l'instruction publique aurait prononcée contre M. Cousin n'a aucune exactitude. M. Cousin, qui n'est pas professeur, n'aurait pu, même dans aucun

cas, être l'objet d'une semblable mesure. Occupé de travaux importants sur d'anciens ouvrages grecs relatifs à la philosophie, il ne remplacera pas cet hiver M. Royer-CoUard. » M. Cousin lui-même ne fut pas remplacé comme suppléant, et la chaire resta vide pendant huit années. L'année même de cette suspension déguisée, une chaire de droit naturel étant devenue vacante au Collège de France, Cousin fut présenté seul et à l'unanimité par le Collège. Le gouvernement refusa de le nommer et choisit son concurrent, M. de Portets, médiocrité de très mince valeur, qui occupa la chaire jusqu'à 1853 : ainsi, une grande chaire fut sacrifiée pendant plus de trente ans à l'arbitraire politique. Cousin avait gardé sa conférence à TÉcole normale; mais cette école elle-même allait être supprimée en i822, les professeurs ne devant continuer à toucher leur traitement que jusqu'en 1824. Si cette mesure eût été rigoureusement appliquée, Cousin, en 1824, aurait pu se trouver sans fonction ni traitement dans l'Université. Tel était le libéralisme de la Restauration, que, par une illusion rétrospective, on se plalt quelquefois à rappeler comme l'âge d'or du régime parlementaire.

Quels étaient donc les griefs qui pouvaient autoriser le gouvernement à des mesures aussi se-

m VICTOR COUSIN.

vères? Cousin avait-il fail appel aux passions politiques? Avait-il, comme plus tard Michelet et Quinet, ou d'autres professeurs, fait de sa chaire une tribune? II ne le parait pas. Cette même année 1820 ayait été consacrée par lui à l'exposition de la philosophie de Kant et de la Critique de la raison pure. L'année précédente avait eu pour objet la philosophie écossaise et la philosophie sensualiste du xviii' siècle. Quoi de moins incendiaire? Nous avons résumé le cours de 1818 : c'était, on l'a vu, delà métaphysique pure, sous la forme la plus transcendante. Où donc était le danger, où donc était le venin de cet enseignement d'un caractère si spéculatif? Uniquement dans trois ou quatre leçons de haute morale, où, fondant la morale, comme Fichte, sur le principe de la liberté, il tirait de ce principe la justification des droits de l'homme, et toute une théorie du libéralisme. Ce furent surtout, la leçon d'ouverture de la fin de 1818, et celle de 1819, ainsi que la douzième leçon du cours de 1820 qui purent paraître suspectes à un pouvoir de plus en. plus ombrageux ; ces leçons qui contenaient la philosophie du libéralisme s'étaient pourtant maintenues aune hauteur toute philosophique, comme il convient à l'enseignement ; elles ne contenaient aucune allusion aux circonstances contemporaines.

aucune amertume politique, aucun trait de polémique agressive. Que ce fût là cependant la vraie cause de la disgrâce de Victor Cousin, c'est ce qui résulte de tous les documents ^ . Dans cette retraite de Victor Cousin, nous pouvons saisir sur le vif à la fois et les rares qualités et les lacunes de son esprit et de son talent. D'une part, c'était sans doute une preuve de force et d'énergie chez un si jeune homme d'être capable de se retirer, €omme il .le fit alors, du monde des vivants et dans une absolue solitude pour se livrer à l'étude et à la publication des manuscrits de Pro* dus, en faveur desquels le gouvernement avait bien voulu lui faire des loisfrs. Ce fut encore une marque de force que cedévouementexclusif etsans partage à la philosophie dans son sens le plus austère. Qu'un -jeune homme de vingt-huit ans, qui venait d'obtenir par la parole un succès prodigieux et tout nouveau en France, et, par là, une grande popularité, qui venait d'être victime d'une iniquité injustifiable, qui était lié, d'ailleurs, avec tout ce

1 . Voir les articles d'Augustin Thierry et de Kératry, rapportés comme pièces justiflcatives dans la publication de M. Vacherot (Introduction aux leçons de 1820, p. 135), ainsi que la page de M. de Rémusat citée plus haut, p. 157. Voir aussi, en sens inverse, Maugras, Coun de philosophie morale, p. 259.

qu'il y avait de plus éminent dans le parti libéral» qu'un tel homme eût été tenté de profiter de toutes ces ouvertures pour entrer dans la vie publique, sinon au Parlement, car il n'avait pas l'âge, au moins dans la presse, comme firent Dubois, Thiers, Carrel et Mignet, et s'ouvrir, par là, un champ d'ambition qui n'avait rien de disproportionné avec son talent, qui aurait eu le droit de l'en blâmer ou même de s'en étonner? Il aurait pu, comme Lamennais plus tard, entretenir sa popularité et préparer sa revanche par des brochures à tapage et à sensation. Il aurait pu, au moins, s'il ne voulait pas toucher à la politique, se livrer à la littérature, qui lui inspira plus tard une si vive passion et pour laquelle il avait reçu de la nature des dons si heureux et si brillants. En un mot, sevré tout à coup, dans l'âge qui en est le plus avide, de la gloire et du succès, il aurait pu les chercher par d'autres voies, sans que personne eût lieu de s'en plaindre. Que fait-il? Rien de tout cela : il se livre aux travaux les plus ardus, rendant à la philosophie des services inestimables, mais presque sans gloire. La publication des œuvres complètes de Descartes, la seule édition qu'il y ait eu en France, la traduction des Dialogues de Platon ^ la publication de six

LA DISGfiiACE. 185

volumes de Proclus, et cela en quelque sorte invita Minervaj car son talent pour la philologie n'était pas égal au goût singulier et passionné que lui inspirait cette science; enfin quelques articles d'érudition dans des recueils savants : voilà les occupations de Cousin pendant ces années de détresse où la pauvreté et le silence venaient tout à coup interrompre une carrière ouverte sous les auspices les plus éclatants. La vraie raison d'une conduite aussi remarquable tient à une des plus rares qualités de Cousin, qui n'a pas, je crois, été signalée : c'est qu'il n'avait pas besoin de succès extérieur ; il vivait de son propre feu. De quel côté que ce feu le portât, vers Proclus quand il était jeune, ou vers madame de Longueville quand il était vieux, il s'en nourrissait intérieurement, sans se soucier du dehors. Cette indifférence au succès extérieur se montra plus tard, après sa retraite définitive, par le refus qu'il fit toujours d'être nommé directeur de TAcadémie française. C'était cependant encore un moyen de se mettre en contact avec le public et de retrouver les applaudissements de sa jeunesse. M. Guizot, si austère, ne dédaigna jamais ce petit regain de gloire et de popularité, très légitime d'ailleurs : l'Académie se prêtait à son désir, et le public en savait gré à l'illustre

vieillard. Cousin se contenta des succès de plume. Il était d'ailleurs indifférent aux éloges, et, quand on essayait plus ou moins gauchement de lui faire quelque compliment, il vous coupait la parole et parlait d'autre chose. Il avait le don de se suffire à lui-même, et j'en vois la preuve dans la retraite austère qu'il s'imposa pendant tout le temps de sa disgrâce.

Voilà les mérites; n'hésitons pas aussi à signaler les faiblesses et les limites. Évidemment, si Victor Cousin eût été un métaphysicien créateur comme Descartes, Kant ou Hegel, cette retraite au moment de la plus grande force de l'âge et de Tesprit ( de vingt-huit à trente-six ans) eût dû être pour lui une occasion de reprendre et de rassembler ses pensées, de les poursuivre et de les enchaîner dans un grand système. C'était le moment ou jamais de faire un livre. N'eût-il fait que reprendre son cours de 1818, le rédiger, le compléter, lui donner une forme définitive, cela eût mieux valu que d'attendre trente ans pour le revoir et le remanier quand il en avait perdu le souvenir, quand les idées s'en étaient défraîchies pour lui, quand d'autres pensées et d'autres intérêts occupaient son esprit. Il aurait pu alors en faire son œuvre; mais cette œuvre n'a pas été faite. La vérité, c'est que Victor

Cousin a été avant tout un grand professeur, un grand remueur d'idées par la parole publique. Si c'est là ce qu'on a voulu dire en déclarant qu'il n'a été qu'un orateur, on a eu raison; si on veut dire, au contraire, que cet orateur n'était pas un penseur, rien de plus injuste; car peu d'hommes de nos jours ont mis plus d'idées dans la circulation ; seulement> pour penser, il avait besoin du coup du fouet de renseignement- Il retrouva toute sa verve en 1828, en remontant dans sa chaire. Mais, lorsqu'il était seul en tête à tête avec lui-môme, sa pensée se glaçait; il lui fallait une matière et il aimait mieux Térudition. Ses amis eux-mêmes, dans ce temps-là, ressentirent vivement ce regret, et Jouffroy l'exprime avec discrétion dans un article du Globe; il justifie le maître et le loue même de sa sagesse; mais on sent bien que le disciple voit le défaut de la cuirasse, tout en reconnaissant que M. Cousin a rendu plus de services à la philosophie en faisant connaître les grands systèmes qu'en y ajoutant lui-même un système de plus^

Que si cependant, au cours de la période dont nous nous occupons, Victor Cousin n'a pas accom-

1. Voir cet article cité par Damiroa dans V Essai sur la philo^ Sophie du XIX* sièeU, t. II, p. 176^

pli l'œuvre que nous eussious désirée, il en a tracé l'esquisse dans un document remarquable, la Préface delà première édition des Fragments philosophiques. Écrite du style le plus nerveux et parfois même le plus éloquent, mais toujours conforme à Faustérité philosophique, condensant en propositions hardies et énigmatiques toutes les idées de 1818etl819avecquelquechosede plus, laissant entrevoir, sous ces formules mystérieuses, des profondeurs infinies, celte préface fit une très grande sensation et fut considérée comme un événement dans le monde philosophique. Elle consomma la ruine du condillacisme et fit de Cousin le véritable chef de l'école nouvelle. Pour nous, elle n'est que le résumé de ce que nous avons appris dans les cours précédents; et beaucoup de choses qui parurent obscures dans cette préface se trouvent éclaircies dans les documents que nous avons analysés, mais que le public ne connaissait pas.

Nous retrouvons en effet, dans la préface de 1826, toutes les doctrines précédemment exposées, mais sous des formes nouvelles ou avec quelques développements nouveaux.

4* La méthode d'observation, acceptée comme point de départ, et, par là, la philosophie du xix* siècle rattachée au xvm*.

c La méthode d'observation est bonne en ellemême. Elle nous est donnée comme l'esprit du temps, qui lui-même est l'œuvre de l'esprit général du monde. Nous n'avons foi qu'en elle, nous ne pouvons rien que par elle; et pourtant, en Angleterre et en France, elle n'a pu jusqu'ici que détruire sans rien fonder. Parmi nous, son seul ouvrage en philosophie est le Système de la sensation transformée. A qui la faute? Aux hommes, non à la méthode. La méthode est irréprochable ; mais il faut l'appliquer selon son esprit. Il ne faut qu'observer; mais

il faut observer tout Les faits, voilà donc le

point de départ, mais non le terme de la philosophie. >

2"" L'ontologie ou la métaphysique défendue contre les partisans exclusifs du xv!!!"" siècle, mais donnée comme une conséquence de la psychologie.

< La psychologie est la condition et comme le

vestibule de la philosophie Le premier effet

d'une application sévère de la méthode est d'ajourner l'ontologie. Elle l'ajourne, elle ne la détruit pas... La méthode expérimentale qui, appliquée à un seul ordre de phénomènes, incomplets et exclusifs, détruisait l'ontologie, relève ce qu'elle avait renversé et fournit elle-même à l'ontologie un instrument sûr et des bases larges et légitimes. >

S"" Le passage de la psychologie à Toniologie par le moyen des principes absolus de la raison.

c La raison n'est ni plus ni moins certaine que la volonté et la sensibilité. La certitude une fois admise, il faut la suivre partout où elle conduit rigoureusement, fût-ce même à travers l'ontologie...

9 Les lois de la pensée démontrées absolues, rinduction peut s'en servir sans crainte : les principes absolus obtenus par l'observation peuvent légitimement nous conduire là où l'observation ellemême n'a plus de prise immédiate. Or, parmi les lois de la pensée données par la psychologie, les deux lois fondamentales qui contiennent toutes les autres sont la loi de causalité et la loi de sub^ stances; et, comme elles sont absolues, elles nous élèvent à une cause absolue et à une substance absolue ^>

4"" La théorie des trois classes de faits : les faits sensibles, les faits intellectuels et les faits volontaires. Cette division, devenue classique, et qui

1. Pour le développement de ces idées, voir Tua des chapitres précédents : les Deux Programmes {p. 99, ch. v). De nos jours, on a proposé un moyen plus simple et plus rapide de passer de la psychologie à Tontologie : c*est de faire de Tabsolu un objet immédiat de la conscience. On verra plus loin (ch. x) que cette idée a été proposée également par Victor Cousin dan l'iirgument du premier Àlcibiade.

LA DISGRACE. I7t

reste, malgré tout, la plus commode de toutes date en effet parmi nous de Victor Cousin.

c La sensation et les notions qu'elle fournit ou auxquelles elle se mêle constituent bien un ordre réel de phénomènes dans la conscience; mais il s'y rencontre aussi d'autres faits également incontestables qui peuvent ^e résumer en deux grandes classes : les faits volontaires et les faits rationnels. La volonté n'est pas la sensation; car souvent elle la combat, et c'est même dans cette apparition qu'elle se manifeste évidemment. La raison n'est pas non plus identique à la sensation; car, parmi les notions que nous fournit la raison, il en est dont les caractères sont inconciliables avec ceux des phénomènes sensibles, par exemple, les notions de cause, de substance, de temps, d'espace,, d'unité. »

5"" La réduction de toutes les catégories à deux fondamentales : la substance et la cause, théorie que nous avons déjà rencontrée (p. 79) dans le cours de 4818.

c Selon moi, toutes les lois de la pensée peuvent se réduire à deux : savoir la loi de la causalité et celle de la substance. Ce sont là les deux lois essentielles et fondamentales dont toutes les autres ne sont qu'une dérivation et un développement. Je

crois avoir démontré que si on examine syntbéiiquement ces deux lois, la première dans Tordre de la nature des choses est celle de la substance, la seconde celle de la causalité, tandis qu'analytiquement et dans Tordre d'acquisition de nos connaissances, la loi de causalité précède celle de la substance, ou plutôt toutes les deux nous sont données Tune avec Tautre et sont contemporaines dans la conscience. »

7» La théorie de Taperception pure ayant pour effet de sauver Tobjeclivité de la raison *.

« Tout Teffort de mes leçons de 1818 fut d'ôler à ces notions le caractère de subjectivité que celui de nécessité leur impose en apparence, de les rétablir dans leur indépendance, et de tirer la philosophie de Técueil où elle était venue échouer au moment même de toucher au port... Sous la relativité et la subjectivité apparente des principes nécessaires, j'atteignis et je démêlai le fait instantané, mais réel, de Taperception spontanée de la vérité, aperception qui ne se réfléchissant point ellemême passe inaperçue dans les profondeurs de la conscience, mais y est la base véritable de ce qui, plus tard, sous une forme logique et entre les

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